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[théâtre] Ahmed le subtil, d’Alain Badiou
Jusqu’au 30 juillet au Vingtième Théâtre, à Paris

Il démêle les fils des intrigues les plus alambiquées, mène par le bout du nez les imbéciles et réunit les amoureux. Vous l’avez reconnu ? Il s’agit de Scapin, grand amateur de fourberies. Sauf que celui-ci sévit à Sarges-les-Corneilles, en banlieue, où il se fait appeler “Ahmed le subtil”. Un fils d’immigrés débrouillard et parfaitement “intégré”, au grand dam des politiciens, qui ne savent plus s’ils doivent tenter de le séduire ou de le chasser du territoire, lui et ses congénères.

L’aventure est des plus emberlificotées, comme il se doit pour ce genre de farce. Le jeune Antoine est amoureux d’une ouvrière africaine que son père, Moustache, un contremaître raciste, rêve de faire expulser grâce à ses appuis auprès de Mme la députée Pompestan. Et pour éviter que l’affaire ne s’ébruite, ces vils personnages utilisent les mauvaises fréquentations de la fille du maire. Vous suivez ? Un tel imbroglio ne fait pas peur à Ahmed, qui va faire jouer ses connaissances de la cité et du milieu politique, et user de ses flatteries pour rouler dans la farine le beauf chauvin en chaussons, le maire communiste attifé de bigoudis lumineux, le syndicaliste niais aux allures de Schtroumpf en sabots et la Pompestan, apprêtée comme une comtesse post-moderne, débordante d’ambition.
L’ambiance est à la satire sociale extravagante tirant à boulets rouges sur les magouilles de la politique locale dont les immigrés font les frais. Dans cette mise en scène décalée à souhait de Françoise Perez-Defigeas, le décor s’inspire de la BD et les personnages ont l’air tout droit sorti d’un monde fantasque à la Alice au pays des merveilles. Le langage de cette pièce, écrite par le philosophe Alain Badiou, est un joyeux mélange de la langue du XVIIIe siècle et de celle de nos quartiers. Ce qui donne : “Ahmed ! Tires nous de ce profond merdier”. Le discours sur le pouvoir et les minorités est, quant à lui, bien contemporain. Certaines répliques, écrites en 1984, résonnent même de façon cinglante, lorsque ces politiciens de pacotille cherchent à se débarrasser des immigrés : “J’appelle le bulldozer et la pompe à eau” ou “On va envahir la cité d’un nuage de CRS ”.
Sandrine Martinez
[12/07/2006]

Mots-clés : théâtre, banlieue

Repères :

Ahmed le subtil
Mise en scène Françoise Perez Defigeas
par la Compagnie T'occupe pas du Chapeau de la Gamine
Site web

Du mercredi au samedi à 19h30 et le dimanche à 15 heures.
Vingtième Théâtre
7, rue des Platrières
75020 Paris
Tél. : 01 43 66 01 13
Site web

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