 [théâtre] Gens de Séoul, d'Oriza Hirata
Au théâtre de Chaillot (Paris) jusqu'au 28 octobre
1910
: le Japon annexe la Corée. Dans Gens de Séoul, Oriza Hirata,
l'une des figures les plus connues du théâtre contemporain japonais,
fixe l'action quelques mois avant cette invasion. Été 1909, le
spectateur passe une après-midi dans la salle à manger des Shinozaki,
une famille japonaise installée à Séoul. Durant une heure
et demie, l'auteur s'attache à décrire les rapports quotidiens
qui se jouent entre les Shinozaki et leurs serviteurs, leurs voisins ainsi qu'un
intrigant et loufoque illusionniste. A travers des échanges d'apparence
anodine, Oriza Hirata parvient à faire ressortir toute l'arrogance colonialiste
et un racisme devenu ordinaire. Au détour d'une conversation sur la finesse
de la langue coréenne entre Aiko et les domestiques, la fille aînée
des Shinozaki réplique avec naturel et conviction : (
)
même les Coréens, ils devraient pouvoir faire de la belle littérature,
hein. Alors, justement, c'est là que la langue devient un problème.
Et la langue, c'est la culture n'est-ce pas. Si on leur offre la culture, les
gens de n'importe quel pays peuvent avoir une littérature. Même
les Coréens. Il faut bien admettre que Gens de Séoul
surprend de prime abord mais réussit incontestablement à séduire.
Outre la mise en scène très fluide d'Arnaud Meunier, la langue
est ici maniée avec une grande originalité. Certains personnages
répondent par simples interjections, les répliques se superposent
alors que d'autres sont inaudibles. Enfin, la réflexion sur le colonialisme
est livrée sans accusation mais comme matière à questionnement
sur l'attitude de chacun dans son rapport aux autres.
Maya Larguet
[17/10/2006]
Repères
:
Gens de Séoul, texte d'Oriza Hirata mis en scène par Arnaud
Meunier
Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h
Théâtre de Chaillot
Salle Gémier
1, place du Trocadéro
75016 Paris
Renseignements : 01 53 65 30 00
Site web
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