 [cinéma] Festival Cannes et banlieues
Du 17 au 26 mai 2007 en banlieue parisienne
Dix villes de la banlieue parisienne diffusent à tour de rôle - et gratuitement - sur écran géant un des films projeté simultanément au Festival de Cannes. En bonus, un court-métrage retracera les 60 ans du festival devenu la plus grande manifestation de cinéma au monde. A l’origine de cette initiative, le réalisateur-producteur Luc Besson, qui a démarré sa carrière en Seine-Saint-Denis et qui y réinstalle sa société, Europa Corp. Il envisage aussi d’y ouvrir la Cité européenne du cinéma, et de lancer une fondation pour les jeunes de banlieue.
Initiatives volontaristes pour favoriser un accès populaire au festival de Cannes
Depuis le début des années 80, des politiques culturelles volontaristes font miroiter l’idée d’un accès populaire au flamboyant Festival de Cannes. Pourtant, rares sont ceux qui obtiennent la fameuse accréditation, véritable sésame pour approcher les stars du 7ème art. Parmi les heureux élus, citons les jeunes invités par le ministère de la Jeunesse et des sports à décerner le prix de la jeunesse à un film choisi parmi les deux sélections officielles du Festival : “La Compétition” et “Un Certain Regard”. En 1984 déjà, Mehdi Charef avait reçu ce prix pour Le Thé au Harem d’Archi Ahmed, considéré comme un film pionnier du “cinéma beur” ou du “cinéma des banlieues”.
Cette année, soixante jeunes encadrés par l’Oroleis, une association qui œuvre à l’insertion par la culture, sont invités à participer au festival et à y réaliser des reportages sur les métiers du cinéma (diffusion sur le site de France 5).
D’autres initiatives en marge du festival, en particulier dans les cités environnantes, ont été expérimentées pour ne pas donner à la population locale l’impression d’être exclue de la fête, alors même que l’exclusion sociale est le thème de certains films primés. On se souvient ainsi encore de Rosetta, des frères Dardenne, Palme d’or en 1999.
Mais, en 2006, la montée des marches des acteurs du film Indigènes de Rachid Bouchareb (voir nos chroniques), leur prix collectif d’interprétation masculine et le brio avec lequel Djamel Debbouze et sa bande ont épaté jury et auditoire, marquent sans doute un tournant. La France métisse et multilingue, célébrée à la tribune par l’artiste Vincent Cassel, a désormais eu droit de cité au cœur même du festival et du monde cinématographique.
Associer les jeunes à l’aventure du cinéma et à son industrie, le nouveau pari de Luc Besson
Luc Besson, réalisateur et producteur prolixe, président du jury en 2000, n’est pas en reste pour relever le défi. Depuis des années, il a montré son intérêt pour la culture urbaine qui émerge des banlieues, en produisant notamment des films comme Taxi, Yamazaki ou Banlieue 13, pour lesquels il s’est entouré d’IAM, Joey Starr, Dj Spank, etc.
Après l’embrasement de novembre 2005 et la réflexion qui s’ensuit sur l’urgence de valoriser les quartiers dits difficiles et leurs potentialités, il se propose d’associer les jeunes directement à l’aventure du cinéma et à son industrie. Pour ce faire, il a lancé une nouvelle fondation. Les mauvaises langues disent déjà que Luc Besson pourrait chercher à tirer des avantages personnels de son affichage en faveur des jeunes des banlieues, qui représenterait surtout un alibi social pour son ambitieux projet économique implanté en banlieue : il a décidé de réinstaller sa propre société, EuropaCorp, en Seine-Saint-Denis, où il ambitionne en outre de créer une Cité européenne du cinéma, sorte de CineCittà à la française, dans une ancienne centrale EDF de Saint-Denis.
Quels films de Cannes seront-ils effectivement diffusés ? Suspense…
Cependant, le réalisateur-producteur dispose d’une indéniable force de séduction. Il a ainsi convaincu Gilles Jacob, le directeur du Festival de Cannes, de l’intérêt de sa dernière trouvaille : organiser, parallèlement aux projections sur la croisette, des retransmissions simultanées des films sur écran géant chaque soir dans une ville de banlieue différente. Ces séances en plein air, gratuites, permettront au public de voir en quasi exclusivité une partie des films sélectionnés. Et Luc Besson a déclaré son intention de passer le festival sur place avec les habitants. Seul bémol, on attendra jusqu’au dernier moment l’accord ferme des producteurs, dont certains semblent encore réticents. Une des craintes formulées est de voir des spectateurs filmer l’écran avec un caméscope ou un portable, pour ensuite proposer les images en téléchargement sur internet. Du coup, il y a un réel suspense autour des films qui seront diffusés. Verra-t-on les films vedettes tels My Blueberry Nights, de Wong Kar Wai, avec la chanteuse de jazz américaine Norah Jones, De l’Autre côté, du germano-turc Fatih Akin ? Ou encore Océan’s 13, de Steven Soderbergh, avec Catherine Zeta-Jones, Georges Clooney et Al Pacino, cet acteur qui a fasciné tant de jeunes avec sa fameuse réplique dans Scarface : “J’ai des mains faites pour l’or, et elles sont dans la merde” ?
Au-delà des films en compétition, on peut aussi s’interroger sur l’accès ou non aux œuvres diffusées à Cannes dans des circuits moins médiatisés. Il serait en effet dommage que l’on fasse l’impasse, par exemple, sur Cartouches gauloises, le dernier film de Mehdi Charef présenté par l’Algérie, ou encore les pépites à découvrir dans les Cinémas du Sud, sans oublier celles du festival “off”…
Mogniss H. Abdallah Agence IM'média
[15/05/2007]
Repères
:
Festival Cannes et banlieues
Jeudi 17 mai : Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)
Vendredi 18 mai : Chanteloup-les-Vignes (Yvelines)
Samedi 19 mai : Garges-lès-Gonesse (Val d'Oise)
Dimanche 20 mai : Sarcelles (Val d'Oise)
Lundi 21 mai : Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne)
Mardi 22 mai : Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne)
Mercredi 23 mai : Sevran (Seine-Saint-Denis)
Jeudi 24 mai : Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)
Vendredi 25 mai : La Courneuve (Seine-Saint-Denis)
Samedi 26 mai : Les Ulis (Essonne)
Fondation Luc Besson
Site web 
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