|
|

|
[autobiographie] 17, rue Bleue, film français de Chad Chenouga
Diffusion sur Arte le 4 mai à 22h40
17, rue bleue, premier long-métrage de Chad Chenouga avait été
salué par la critique à sa sortie sur les écrans fin 2001.
Le public nétait pas non plus resté insensible au charme rétro
de ce récit quasi-autobiographique, situé dans les années
60. En ce temps-là, limmigration ne montrait pas le bout de loreille,
ne donnait pas de la voix, elle rasait les murs quelle construisait. Lheure
nétait ni aux revendications identitaires, ni aux démonstrations
des intégrations performantes ou calamiteuses, encore moins à la
percée cinématographique de la génération beur.
Cest tout le mérite du jeune réalisateur Chad Chenouga davoir
su porter un regard plein de sensibilité sur un passé un peu oublié.
Nous vous conseillons de ne pas rater la diffusion de ce film le 4 mai à
22h40 sur Arte. Pour accompagner cette projection, nous reprenons la chronique
parue dans la revue Hommes & Migrations (janvier/février - 2002 - no1235).

Quand le film débute, au cur des années
soixante, le fabuleux destin de Adda (Lysiane Meis), jeune femme dorigine
algérienne, semble à son apogée. Son amant en titre, nommé
Merlin, comme lenchanteur (Marc Berman), lui fait visiter leur future
demeure, laquelle officialisera un peu plus une liaison qui pose encore quelques
problèmes. Lépoque, on sen doute, ne voyait pas dun
très bon il les amours dun patron de laboratoire pharmaceutique
avec lune de ses employées, maghrébine de surcroît
et mère de deux enfants dont un seul, le cadet, est si lon peut
dire légitime. Mais les gages de la réussite (et du bonheur) sont
là, presque tous tangibles : maison, bijoux, toilettes et cette DS 19
blanche, symbole de la panacée sociale que le couple exhibe
et
bientôt un legs, en bonne et due forme, pour assurer lavenir.
Adda a fait ce quil fallait pour en arriver là. Oubliée,
la petite Arabe exilée pour cacher un enfant bâtard. Elle est une
jeune femme au vrai chic parisien, sans une pointe daccent, insouciante,
légère et moderne avec sa coiffure et ses robes de starlette genre
Dany Saval ou Mylène Demongeot. Et puis brutalement, Merlin est terrassé
par une crise cardiaque. Un mal foudroyant qui vient presque sanctionner une
inconduite et met à bas tous les rêves encore en construction.
Après ce prologue digne dun roman photo ou dune romance désuète
des sixties, cest le fils aîné, Chad (Nassim Sakhoui puis
Abdel Halis), qui va prendre la situation en main. Dans tous les sens du terme
puisque, on laura compris, le personnage et le réalisateur sont
une même personne. Le film se revendique comme une autobiographie à
peine corrigée, au prisme des émotions du créateur devenu
adulte et de sa prise de distance et de liberté par rapport aux souvenirs.

Parce quelle refuse davoir été séduite et
abandonnée, Adda va avoir recours à toutes les manuvres,
à tous les subterfuges pour détourner à son profit un héritage
qui lui échappe. La légitime ayant beau jeu de faire
valoir ses droits puisque le testament na été ni déposé,
ni signé, quimporte, elle fait un faux qui ne trompera personne.
Les gros ennuis commencent. Alors Adda saccroche à des chimères.
À coup de médications de plus en plus abusives, elle fait remonter
les fantômes et les fantasmes dune jeunesse quelle avait voulu
refouler. Un trésor est dans le mur mitoyen quil faut fracasser.
Chad porte dans la paume de ses mains les stigmates de la fortune
Rien ny fait : ni la violence de sa mère venue du bled (Chafia
Boudraa, terrifiante), qui lui impose une véritable séance dexorcisme,
ni les prévenances un peu conventionnelles de ses surs Leila et
Yasmine (Saïda Jawad et Rania Meziani) et de sa copine Françoise
(Isabelle Nanty), ni la séparation forcée davec son plus
jeune fils, Samir (Aimen Ben Ahmed). Adda, de plus en plus dépendante
des drogues et hallucinée, sombre dans la folie. Lappartement du
17, rue Bleue, en attendant lexpulsion, se transforme en gourbi misérable,
barricadé et envahi de cafards. Cest Chad qui va tenter de gérer,
dans une violence pas toujours contenue et des élans de tendresse irrépressible,
tout ce désordre intérieur, tout en faisant bonne figure à
lextérieur.

Le meilleur de ce premier film singulier est là, dans les déchirements
et les raccommodements de ladolescent qui deviendra un jour le réalisateur
de sa propre histoire. Créature et créateur comme, pour les uns
et les autres, à un moment il aura été, lui fils de personne,
frère, père et (presque) amant. On comprend sans peine quil
était vital pour lauteur de se débarrasser dun passé
aussi lourd de conséquences. On est étonné quil le
réussisse du premier coup (pas tout à fait, car il a déjà
réalisé quelques estimables courts-métrages) avec une telle
maîtrise. Une uvre tout en douceur pour décrire une réalité
brutale qui a laissé des marques. À vie.
André Videau
[27/04/2005]
|
|
|
|
|
|
|
| |
17, rue bleue
Film français de Chad Chenouga
Durée : 1h 35min.
Année de production : 2000
Sortie en salles : 21 novembre 2001
Production : Arte France Cinéma, BFC Productions, Quo Vadis Cinéma
Diffusion : Rezo films
|
|
| |
Consultez l'ensemble de la rubrique "Cinema". |
|
|