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[banlieue] France, quartiers d'été
Camping à la ferme de Jean-Pierre Sinapi et Voisins,
voisines de Malik Chibane
Deux films pour sévader un peu du blues des cités : les
jeunes (et les moins jeunes) habitants des banlieues ne sont pas fatalement des
épouvantails semant la terreur et faisant un calvaire de la vie en HLM.
Deux nouvelles productions, résolument optimistes, capables de nous mettre
du baume au cur sans verser systématiquement dans le moralisme ou
lidéologie euphorisante.
Depuis le succès de La haine (Matthieu Kassowitz,1995), le cinéma
na pas manqué de nous décrire le mal endémique des
banlieues, et pas seulement à grand renfort de boites aux lettres défoncées,
de murs tagués, dascenseurs en panne... drogues et deals, violences
et viols, chômage et discrimination
Voilà le lot habituel
dun misérabilisme tout azimut parfois complaisamment étalé.
Il aura fallu le succès triomphal (et inespéré) de Lesquive
(Abdellatif Kéchiche, 2002), exquis marivaudage dans un collège
en zone difficile, pour bouleverser la donne en évitant néanmoins
la chronique lénifiante. Les jeunes (et les moins jeunes) habitants des
banlieues ne sont pas fatalement des épouvantails semant la terreur et
faisant un calvaire de la vie en HLM. Derrière un langage et une gestuelle,
souvent exacerbés, se cachent (à peine) des trésors dhumour
et de tendresse.
Voici deux nouvelle productions, résolument optimistes, capables de nous
mettre du baume au cur sans verser systématiquement dans le moralisme
ou lidéologie euphorisante.

Camping à la ferme
Ce ne sont pas des agneaux Jean-Rachid, Luigi, Larbi, David, Assane
et Bouba, les six lascars qui débarquent en rase campagne flanqués
de leur éducateur. Pas des forbans non plus. Ils ont écopé
de quelques jours de prison-ferme pour de menus larcins. Sils
sacquittent correctement de leur TIG (travaux dintérêts
généraux) leur condamnation sera effacée et ils pourront
retourner, indemnes, à leur quotidien gaffeur et fastidieux. Cest
lidée conjointe du législateur, de la juge dapplication
des peines (Julie Gayet) et de la mairesse de la commune daccueil (Nadine
Marcovici).
Les choses ne vont pas tout à fait se dérouler selon les pronostics,
entre méfiance et effarement des ruraux (quelques bonnes et mauvaises
têtes campées par Jean-François Stévenin, Dominique
Pinon, Bruno Lochet...) et notre demi-douzaine de citadins agités et
incompétents (heureux casting de débutants avec Rafik Ben Mebarek,
Jean-Noël Cridlig-Veneziano, Hassan Ouled-Bouarif, Yves Michel, Aghmane
Ibersiene, Marc Mamadou). Véritable échantillonnage dorigines
diverses mais aux comportements stéréotypés malgré
leur portable, leur pittbull, leur drague ou leur prière tout aussi ostentatoires
et leur apparence de tribu homogène conforme à leur réputation,
ils ne vont pas tarder à révéler aux autres et à
eux-mêmes des individualités attachantes.
Cest leur moniteur Amar qui connaît toutes les ficelles (lexcellent
Roschdy Zem) qui, sans démagogie ni caporalisme, sera leur véritable
accoucheur en compagnie de quelques éléments féminins capables
de mettre leur machisme en déroute (Julie Delarme et Linda Bouhenni)
et surtout dun auxiliaire tout à fait imprévu : un fils
de fermier trisomique (Mickaël Masclet) qui après avoir été
la risée du groupe, en deviendra la mascotte, au point de repartir avec
eux à la conquête... de la périphérie.
Bien sûr, ce film réjouissant porte la patte du romancier-scénariste
Azouz Begag, entre temps promu ministre, ce qui nest pas banal. Mais on
y trouve aussi les qualités du tandem Jean-Pierre Sinapi réalisateur
et de son adaptateur dialoguiste Daniel Tonachella, dont les uvres précédentes
(Nationale 7 et Vivre me tue, 2000 et 2003) portaient la même marque
de générosité et de bonne humeur pour réfuter la
théorie aberrante de lirrémédiable dangerosité
des exclus
Voisins, voisines

Pas de dépaysement avec le nouvel opus de Malik Chibane, chantre de
Goussainville et de Sarcelles ( après Hexagone, 1994 et Douce
France, 1995).
Nous sommes au cur de la banlieue, laboratoire fortuit de la France plurielle.
Cest la banlieue qui est mon encrier proclame fièrement
lauteur.
Résidence Mozart - batiment H. Parfois des musiciens, des peintres, des
arbres ou des fleurs pour faire rêver, parfois des lettres ou des numéros
pour rappeler les dures réalités. Dans le genre, ce nest
pas le pire. Des blocs de dimensions raisonnables où la plupart des locataires
ont accédé à la propriété. Ce qui na
pas pour autant aplani toutes les difficultés structurelles, ni réglé
- loin de là - les problèmes de voisinages un peu trop contigus.
Mais Malik Chibane ne nous présente pas un catalogue de doléances,
ni une compilation de faits divers, plus ou moins sordides ou pathétiques,
pour alimenter les rubriques à sensation.
Cest une chronique au jour le jour et à fleur de peau, scandée
et commentée comme une fable hip-hop par le rap de proximité de
Insa San (Moussa Diop). Il y a dans ce choix formel dune sorte de conte
contemporain toute la volonté déchapper à la dramatisation
, au misérabilisme et aux fracas de lactualité, mais aussi
une bonne dose dhumour et de dérision.
Cest parce quil est un peu en panne dinspiration et harcelé
par son manager, que le chanteur-compositeur décide de sautoproduire
et de puiser ses thèmes dans son environnement immédiat, en laissant
à sa guise la folle du logis (limagination)
prendre le relais quand la réalité est un peu trop morne. Si vous
suivez mon regard, vous découvrez que Malik Chibane a monté, avec
des bouts de chandelle et des tonnes dobstination, sa propre boîte
de prodAlhambra, pour pouvoir continuer à nous parler
des lieux et des gens qui le touchent de près, et affabuler si ça
lui chante.
Bien sûr, on peut trouver que par moments la démarche est un peu
poussive, que les situations exposées (le couple, le vieillissement...)
restent superficielles, que les personnages sont trop souvent inconsistants
Quimporte, puisque, malgré les rythmes scandés du rap et
la belle énergie de lautre meneur de jeu, Paco Garcia, le nouveau
concierge au passé trouble mais au présent limpide (Frédéric
Diefenthal, fidèle complice), la nonchalance est voulue. Les choses de
la vie ne sacharnent pas à nous briser lâme au milieu
des drames et des spasmes.
Et puis il y a dans les anecdotes de réelles trouvailles auxquelles les
interprètes se prêtent avec une séduisante modestie (Fellag,
Anémone, Berroyer, Sarah Maldoror, Nora Armani, Hakim Sahraoui, Gwendoline
Hamon...).
Un plaidoyer pour la douceur de vivre ensemble. Un joli film à regarder,
à écouter, comme un rap bien tempéré.
André Videau
[02/08/2005]
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Camping à la ferme
Film français de Jean-Pierre Sinapi, 2004
Avec Roschdy Zem, Rafik Ben Mebarek, Jean-Noël Cridlig-Veneziano
Durée : 1h 32min.
Production : France 3 Cinéma, StudioCanal, Rhône-Alpes Cinéma
Distribution : Pan Européenne Edition
Site du film

Voisins, voisines
Film français de Malik Chibane, 2004
Avec Frédéric Diefenthal, Anémone, Jackie Berroyer
Durée : 1h 30min.
Production : Alhambra Films, Caroline Production, Box Air Productions
Distribution : Eurozoom
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