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[parcours de vie] Gens du Salto. Mémoires de Portugais qui ont fui vers la France dans les années 60.
Les films de José Vieira sur l'immigration portugaise en DVD
Avec La Photo déchirée, chronique dune émigration
clandestine, documentaire de 52 mn diffusé sur France 2 le 5 mars
2004, lauteur-réalisateur José Vieira
nous avait immergé dans la mémoire encore vive des gens du salto.
O salto - littéralement le saut en portugais
- ne désigne pas un léger pas de danse, mais le dangereux passage
clandestin par-delà les frontières des émigrés qui
fuient la misère, les menées coloniales de larmée
et la dictature du régime salazariste dans les années 60. Un nouveau
double DVD et un livret illustré par des fac-simili de documents administratifs
et darticles de presse dépoque, permettent de revoir le film
et de butiner dans un menu très varié pour en savoir plus sur
tel ou tel aspect de lodyssée des quelque 1 400 000 portugais
partis sur les routes de lexil.
Un outil pédagogique à entrées multiples
Les bonus du accompagnant le film La Photo déchirée
(voir
notre chronique) sont précieux, en ce sens quil font du
petit coffret Gens du salto un outil pédagogique unique sur le
sujet. Outre le foisonnement de données très variées, il
offre la possibilité de revenir sur le documentaire, en restituant certaines
séquences dans une dimension plus complexe, telle cette étonnante
discussion de groupe dans un café au Portugal. Alors que danciens
émigrés clandestins plutôt débonnaires se racontent,
un pêcheur en exercice sen prend à ces immigrés qui
reviennent de France avec les indemnités chômage et qui pêchent
dans ses eaux, le privant de son pain quotidien. Lui, dit ne pas envisager de
partir : Celui qui veut émigrer doit avoir des amis. Et ces
amis-là, en ce moment, ils ne maident pas. Il se fait
gentiment chambrer. Et les passeurs ? Dans lassistance, certains reconnaissent
tout au plus avoir participé à la contrebande transfrontalière
de produits, sans sattarder sur déventuelles connivences
dans le trafic humain. La caméra dirigée par José Vieira,
participative, sait garder la bonne distance pour, ambiguïtés comprises,
rendre tous ces portraits touchants.

Dautres portraits sont loccasion de rappeler la place de lexpression
culturelle dans la prise de conscience antimilitariste et anticolonialiste des
émigrés. Dans Les Chants du déserteur, José
Machado, qui a fait partie des quelque 100 000 insoumis expatriés, fredonne
un de ces airs connus qui la aidé à tenir le coup. Et lon
peut entendre des extraits de textes et chansons de Reynaldo Ferreira, José
Afonso, et Adriano Correia de Oliveira, comme Demoiselle aux yeux tristes,
ou encore de Luis Cilia, sur des images fixes terribles de la tête dun
Noir qui roule sur le sol de lAngola. Rappelons que
la diffusion clandestine à la radio dune autre chanson de José
Afonso, Grando Vila Morena, avait donné le signal de la Révolution
des illets du 25 avril 1974.
Les archives familiales des sans-papiers des Trente glorieuses
On dirait quon écrit mieux les vers quand on a du
chagrin soupire la mère de José Machado en relisant
une de ses lettres aux accents poétiques envoyées à son
fils en exil. Trente ou quarante ans après, de nombreuses pièces
ont été conservées. Un autre déserteur a même
gardé son billet de train vers linconnu et compte bien
lencadrer. Parmi ses papiers, il y a aussi loriginal de la fiche
de la Pide, la police politique du régime de Salazar, sa carte militaire,
un passeport grossièrement trafiqué, ...

Les archives familiales comprennent aussi de nombreux documents administratifs
à entête de la République française. Paradoxalement,
les sans-papiers des Trente glorieuses regorgeaient de papiers,
souvent des récépissés de demande de carte de séjour
à renouveler sans cesse en attendant une possible régularisation,
des cartes dhabitant à titre précaire et révocable,
... La course aux papiers, le face-à-face avec ladministration,
les baraques sordides au pied des HLM, ont été autant de sources
dun sentiment dhumiliation indélébile pour les enfants
comme pour les parents. Les gens du salto noublient pas ces
énièmes courses dobstacles. Beaucoup ont longtemps tu leur
histoire personnelle. Mais aujourdhui, stimulés par le réalisateur
José Vieira qui lui-même cherche son histoire dans celle
des autres, ils témoignent, comme apaisés. A les voir
ainsi, et sachant ce quils ont enduré, on se dit que lassignation
au statut de sans-papier ou de clandestin nest
pas une fatalité. On peut sen sortir. Un message despoir,
sans doute, pour les nouveaux migrants qui viennent sous dautres
cieux, parmi dautres gens.
Mogniss H. Abdallah Agence IM'média
[03/11/2005]
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Portrait et interview de José Vieira (consulter)

Gens du Salto, de José Vieira
Coffret 2 DVD
La Huit, 2005
Présentation et vente en ligne sur www.lahuit.com
La Huit
218 bis, rue de Charenton
75012 Paris
DVD 1 :
La photo déchirée / A fotografia rasgada - 52 mn (voir
notre chronique)
DVD 2 :
Partie vidéo :
Les chants du déserteur / Os cantos do desertor - 27 mn
Seixas, Paris, Londres / Seixas, Paris, Londres - 40 mn
La traversée pour Paris / A travessia para Paris - 12 mn
Un aller simple / Um ida só -13 mn
Complices dévasion / Cúmplices de evasão -14
mn
Passagers clandestins / Passageiros clandestinos
Partie DVD-ROM :
- Les archives du salto / Os arquivos do salto : Portugais à la une :
presse / Portugueses em destaque-imprensa.
- Plus de 70 articles de presse ( Le Monde, La Croix, L'Humanité, Le
Figaro, Sud Ouest ...). Les sans papiers des Trente Glorieuses / Os sem papéis
dos anos 60.
- Des documents (lettres, rapports, films, articles) accusent ceux qui exploitent
cet exode.
Le livret (48 pages ) :
Le réalisateur retrace ici le récit de sa propre émigration
initiée par son père en 1963. Fac-simili d'articles de presse,
documents officiels des autorités françaises et archives familiales
ponctuent la trame qui se tisse entre souvenirs personnels et mémoire
collective, entre récit individuel et histoire commune.
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Rubrique portrait :
José Vieira. La mémoire qui flanche - [5/11/2005] - Lire
Rubrique cinéma :
La photo déchirée, chronique dune émigration clandestine
- [23/02/2004] - Lire
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