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[Maghreb] Contes du bled
Zaïna, cavalière de l’Atlas, de Bourlem Guerdjou. Il était une fois dans l’oued, de Djamel Bensalah
En abordant des thématiques très contrastées : passé héroïque, sur le mode de la fresque épique dans Zaïna, cavalière de l’Atlas ou présent cocasse et miraculeux, sur le mode de la comédie de mœurs, dans Il était une fois dans l’oued, deux films récents nous délivrent, à leur manière des nouvelles du bled. Ils n’ont guère d’autres convergences, sinon que leurs réalisateurs, Bourlem Guerdjou et Djamel Bensalah, appartiennent à la même génération de cinéastes issus de l’immigration magrébine et qu’ils témoignent, à leur manière, de leur attachement aux personnages et aux histoires liés à leur communauté.

Zaïna, cavalière de l’Atlas
Confins marocains brûlés de soleil ou pris dans la neige et le verglas, poussières d’or soulevées par les cavalcades ou ruelles chamarrées des souks, nous campons tout de suite au cœur du conte oriental, en des temps immémoriaux. Et aussitôt l’intrigue qui se noue sous nos yeux ne va pas déroger à la tradition...
Le puissant Omar, méchant mais pas tout à fait, un héros, fût-il impitoyable, doit garder son sens de l’honneur et sa part de lumière (Simon Abkarian nous offre une plausible réincarnation d’Omar Sharif, stature et posture imposantes, moustaches et regard de braise), va affronter l’intrépide Mustapha, gentil mais pas tout à fait, la virilité et le nomadisme imposent des comportements inflexibles et parfois cruels. On n’a pas toujours le loisir de s’embarrasser de famille et de sentiments quand on est un aventurier de grands chemins (Sami Bouajila méconnaissable, basané et endurci par les intempéries du désert et les aléas de la vie).
Le premier enjeu est de (petite) taille, mais hors de prix. Il s’agit d’exercer un tutorat, et plus si affinités, sur la frèle Zaïna (Aziza Nadir), esseulée et désemparée depuis la mort de sa mère.
La rivalité entre les deux hommes, chacun épaulé d’un clan de fidèles, va se dérouler sur fond de compétition équestre. Il faut arriver dans les délais au départ de la course de l’Agdal, y participer victorieusement, y faire triompher, en bravant les coutumes, une candidate impêvue, dissimulée sous les voiles et les turbans.
On devine la suite après moult péripéties.
Cette épopée cavalière à la Kessel ne manque pas de souffle. L’auteur très intimiste de Vivre au paradis (1998) et ses interprètes se sont heureusement laissés griser par la démesure des grands espaces, des actions trépidantes et des sentiments héroïques.
Les spectateurs, notamment les plus jeunes, à leur tour, se laisseront exalter et emporter, cœur battant, par les galops.

Il était une fois dans l’oued
Au nom de quoi pourrait-on avoir quelques préventions ?
Djamel Bensalah est une sorte de récidiviste heureux. Il provoque à priori pour mieux séduire à postèriori. Sa démarche, souvent surdéterminée par ses titres ( Silence ou existe, Y a du foutage dans l’air, Le ciel, les oiseaux et ta mère) peut faire redouter des bouffonneries un peu rase-bitume. Mais dans le pire des cas, pourquoi les banlieues, les quartiers dits défavorisés, leurs populations jeunes ou moins jeunes, leurs habitants métissés si souvent laissés pour compte, n’auraient-ils pas droit à leur contingent de franche rigolade ? Le nanar populaire peut bien avoir lui aussi droit de cité. La bonne surprise avec ce réalisateur et son scénariste Gilles Laurent, en pleine forme, c’est qu’ils invalident ce discours débonnaire, allant bien au-delà du service minimum.
On va trouver dans ce dernier exercice tous les ingrédients nécessaires au goût du jour, mais sans se priver des grains de sel qui vont rehausser la saveur de la pochade : rapports Français/immigrés/autochtones, économies parallèles des quartiers, place rigoriste ou ostentatoire de l’Islam, vacances au bled, mariages arrangés, circoncision, privation ou abus d’alcool, drague et virginité, mixité, métissage, double culture et demi intégration.. Tout est là. De quoi rire et de quoi réflêchir. Les puristes redouteront le trop-plein. Les autres ne bouderont pas leur plaisir.

Algérophile obsessionnel, Johnny Leclerc, père normand et mère alsacienne, s’incruste sous le nom improbable d’Abdel Bachir, dans une authentique et hospitalière famille maghrébine de la cité (Julien Courbey sympa et presque crédible, même quand il en fait des tonnes). Il part en clandestin pour de tumultueuses vacances en Oranie. Son copain Yacine n’a pas les mêmes motivations (l’épatant David Saracino dont la prestance fait penser à Jalil Lespert). D’abord hostile à ce retour rituel au bled avec père (Sid Ahmed Agoumi), mère (Amina Annabi) et petit frère crampon (Mehdi Kerouani), il saute sur l’occasion quand il s’agit de se soustraire à une embrouille de quartier. Grave.
Sur le bateau, nos deux lascars font connaissance avec la jolie Nadia (Karina Testa) et sa pulpeuse copine Najet, pardon Nadège (Marilou Berry) qui leur ont durablement tapé dans l’œil. Les ennuis commencent avec les douaniers algèriens très tâtillons...
La suite, vous la connaissez déjà. On ne va pas vous gâcher les vacances. Le film est à la hauteur des espérances...

André Videau
[26/11/2005]

Mots-clés : Maghreb, Algérie, Maroc
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