Documentaires (de combat) :
Un monde moderne
Film français de Sabrina Malek et d'Arnaud Soulier, 2005.
Durée : 1h24. Production : VLR Productions, Les Films de Mars. Distribution
: Les Films de Mars. Sortie en salles le 7 septembre 2005

© Les Films de Mars
Le titre est, bien sûr sarcastique. Limage dEpinal, enfin
de Saint Nazaire, cest la sortie majestueuse des chantiers de lAtlantique
du rutilant paquebot Queen Mary II. De quoi senorgueillir de ce fleuron
des constructions navales françaises ! Sauf à connaître
les dessous de la splendeur et les pratiques scandaleuses : sous-traitance et
intérim, auxquelles a eu recours Alstom, le maître duvre,
tout au long de la fabrication. Pratiques qui avaient lavantage de diminuer
les coûts mais au mépris des droits élémentaires
des travailleurs, pour la plupart dorigine immigrée.
Ils étaient venus par vagues, fortement ethnicisées, selon les
combines de recrutement : les Yougoslaves, les Asiatiques
, en quête
deldorado (un travail, un salaire décent, une situation régularisée,
lacquisition dun pécule et dun savoir... ). Ils nont
connu que lexploitation et les désillusions et maintenant le licenciement
comme des malpropres au profit dautres pigeons.
Un réquisitoire accablant. Et vogue le navire !
Le cauchemar de Darwin
Film austro-franco-belge dHubert Sauper, 2003
Durée : 1h47. Production : Mille et Une Productions, Saga Films. Distribution
: Ad Vitam. Sortie en salles le 2 mars 2005.

© Ad Vitam
Tout sur la perche du Nil, poisson prédateur qui dépeupla le
Lac Victoria avant de modifier les équilibres écologiques et par-delà
les habitudes alimentaires et les structures sociales et économiques
de la région.
Tout semblait pourtant devoir aller pour le mieux. Le nouveau poisson proliférait.
Lexportation en était friande. Le conditionnement des filets engendrait
une industrie performante. Les populations accouraient vers les emplois créés...
Et puis le système ne tarda pas à montrer ses tares, répugnantes
comme les carcasses des poissons qui polluaient lenvironnement. Tous les
maux endémiques de lAfrique semblaient se donner rendez-vous. Ne
manquent peut-être même pas les trafiquant darmes, fusils
contre nourriture en quelques sortes, pour alimenter les guerrillas. Mais, pendant
ce temps les prostituées de Mwanza entonnent Tanzania, Tanzania
devant les pilotes ukrainiens ébahis.
Un film qui va vous estomaquer.
Histoire/Mémoire
Le promeneur du Champ de Mars
Film français de Robert Guédiguian, 2004.
Avec Michel Bouquet, Jalil Lespert, Philippe Fretun
Durée : 1h57. Production : Agat Films & Cie, Film oblige, Arte France.
Distribution : Pathé. Sortie en salles le 16 Février 2005.

© Pathé distribution
Les derniers jours de François Mitterand selon le récit du journaliste
Georges-Marie Benhamou. Une reconstitution pleine dempathie, filmée
par la caméra prévenante de Robert Guédiguian, un réalisateur
resté fidèle, malgré les déconvenues, aux idéaux
de lunion de la gauche, exprimés à son arrivée au
pouvoir en mai 1981.
Deux surprises dans linterprétation : Michel Bouquet, si différent,
si semblable, en un mot hallucinant dans la drôlerie comme dans le pathétique
ou la rouerie, Jalil Lespert, jeune disciple qui se veut impertinent et se fait
dévorer comme l'un des fameux ortolans, par un maître à
laffection gourmande et à lintelligence toujours aux aguets.
Un duo inoubliable.
Avant loubli
Film français dAugustin Burger, 2004.
Avec Sami Bouajila, Nieve de Medina, Frédéric Pierrot.
Durée : 1h40. Production : Canal +. Distribution : Albares productions.
Sortie en salles le 15 juin 2005
© Albares productions
Les Algériens en France, plus particulièrement à Marseille,
à la fin des années 50. Plus que la guerre dAlgérie
proprement dite, ce sont les querelles intestines entre FLN et Mouvement National
Algérien (MNA) qui agitent les communautés immigrées.
Ali Redjala (Sami Bouajila) est un jeune intellectuel activiste chargé
de collecter des fonds et danimer le réseau des porteurs de valise.
Un poste aussi exposé ne devrait guère laisser de place à
lamour
Un film modeste et sensible, rendu passionnant par la pertinence de son interprète
principal.
Jai vu tuer Ben Barka
Film français de Serge Le Peron, 2005.
Avec Charles Berling, Simon Abkarian, Josiane Balasko.
Durée : 1h41. Production : Production Maïa Films, Casablanca Films.
Distribution : Rezo Films. Sortie en salles le 2 novembre 2005.
Un état des lieux et un point convaincant sur une enquète qui
garde encore quelques zones dombres.
Alors quil a rendez-vous avec des collaborateurs français pour
la réalisation dun film documentaire sur le Tiers monde qui devrait
ouvrir dans quelques mois la conférence de La Havane, le leader marocain
Mehdi Ben Barka ( Simon Abkarian) est enlevé en plein Saint Germain des
Prés.
Le film démonte le complot ourdi par les forces de sécurité
marocaine, les barbouzes françaises et sans doute la CIA qui aboutira
à lélimination (la disparition) du politicien. Charles Berling
est, avec beaucoup dambiguité, Figon, lordonnateur involontaire
de ce crime détat perpétré en octobre 1965.
Un mariage, un enterrement
La fiancée syrienne
Film israëlien de Eran Riklis, 2004.
Avec Clara Khoury, Makram Khoury, Hiam Abbass.
Durée : 1h36. Production : Mact Productions, Eran Riklis Productions
Ltd, Neue Impuls Film, Arte France. Distribution : Océan Films. Sortie
en salles le 9 mars 2005.

© Océan films
Une comédie très enlevée sur les péripéties
dun mariage frontalier.
Nous sommes dans lenclave druze du Golan syrien, occupé par Israël
(!). On voit limbroglio. La cocasserie digne de Labiche se mèle
à des réalités et à des accents beaucoup plus dramatiques.
Il faut que tellement de forces contraires sharmonisent pour que la mariée
franchisse le check-point en temps et heure. Des comédiens jubilatoires
mettent en forme cette histoire prise sur le vif qui népargne aucune
des parties prenantes et égratigne même, au passage, les forces
onusiennes.
La comédie a de sacrés vertus pour épingler ou stigmatiser
les faits de société qui empoisonnent nos vies.
Tenja
Film marocain dHassan Legzouli, 2004.
Avec Roschdy Zem, Aure Atika, Abdou El Mesnaoui.
Durée :1h20. Production : Production Why Not Productions. Distribution
: Pierre Grise Distribution. Sortie en salles le 2 février 2005.

© Pierre Grise Distribution
Quand Nordine, petit entrepreneur du Nord-Pas-de-Calais (Nordin Auto)
entreprend de rapatrier la dépouille de son père dans son pays
dorigine, le Maroc quil ne connaît pas, il ne se doute pas
que ce road-movie funéraire va peut être bouleverser le cours tranquille
de sa vie. Dincidents de parcours en rencontres amicales ou sentimentales,
le voyage se transforme en quête identitaire. Le petit chtimi découvre
sa part de sud.
Le solide Roshdy Zem trouve une fois de plus un rôle à la mesure
de son talent qui est en constante affirmation.
Melting pot : commerce et pèlerinage
Les mauvais joueurs
Film français de Frédéric Bolckjian, 2004.
Avec Pascal Elbé, Simon Abkarian, Isaac Sharry.
Durée : 1h25. Production : Production Pyramide Films, France 3 Cinéma,
Canal +. Distribution : Pyramide. Sortie en salles le 20 avril 2005.

© Pyramide Distribution
Dans le quartier du Sentier, à Paris, la crise du textile frappe, lune
après lautre, tous les groupes ethniques. Voilà que la communauté
arménienne qui a tenu le haut du pavé, doit céder du terrain
devant la pénétration tentaculaire des Chinois.
Un film haletant comme une partie de bonneteau avec des comédiens pleins
denthousiasme (Simon Abkarien, Pascal Elbé, Isaac Sharry, Linh
Dan Pham, Teng Fei Xiang).
Saint Jacques... La Mecque
Film français de Coline Serreau, 2004.
Avec Muriel Robin, Artus de Penguern, Jean-Pierre Darroussin.
Durée : 1h52. Production : Téléma Productions, France 2
Cinéma, Eniloc. Distribution : UGC. Sortie en salles le 12 octobre 2005.

On ne peut pas dire que cest la foi qui les étouffe ou les pousse,
les drôles de pélerins en route pour Saint-Jacques-de-Compostelle
sous la conduite du Gentil Organisateur Pascal Légitimus.
Entre disputes acerbes, gags et dialogues désopilants et séquences
féérico-oniriques qui ne dépareraient pas une histoire
sainte sans odeur de sainteté, Colline Serreau, à son habitude,
brosse une fresque acidulée de notre société interculturelle.
Au tableau dhonneur, une insolite Muriel Robin qui délaisse sa
hargne interfamiliale pour découvrir les bonheurs du mélange des
cultures en apprenant à lire à un petit beur à croquer
(Aymen Saïdi).
Insertion : sport et danse
Rize
Film américain de David Lachapelle, 2004.
Avec Tommy the Clown, Lil C, Miss Prissy
Durée : 1h24. Production : HSI Productions, Lionz Den. Distribution
: Lions Gate Films Inc., La Fabrique de Films. Sortie en salles le 21 septembre
2005.

© La Fabrique de Films
Ni capoeira, ni hip hop, mais quelque chose dapprochant : le krumping.
Nous sommes à South-Central, quartier chaud de Los Angeles. Un éducateur
utilise cette danse guerrière et ses affrontements codifiés et
stylisés (sous forme de battle) pour canaliser les pulsions violentes
des bandes.
La méthode et le film sont trépidants et entraînants mais
il faut une bonne dose dutopie pour croire encore que ces remèdes
si souvent mis à contribution, sont capables de réparer la fracture
sociale et de ramener la sérénité dans des corps et des
curs déjà bien chahutés.
Avec son rythme irrésistible et contagieux, loptimisme du film
est néanmoins contagieux.
Chok-dee
Film français de Xavier Durringer, 2004.
Avec Dida Diafat, Bernard Giraudeau, Florence Vanida Faivre.
Durée : 1h45. Production : Stéphan films, France 2 Cinéma,
Canal +, CinéCinémas. Distribution : Rezo Films. Sortie en salles
le 16 février 2005.

© Rezo Films
Un film sur mesure qui va comme un gant à Dido, champion banlieusard
de boxe thaïe. Même son nom prédestiné a déjà
lair dêtre sponsorisé par une grande marque de chaussures
de sport. Mais les choses ne sont pas données et pour réussir
il faut une volonté inébranlable, de la rage, du talent. Dido
ira se former à la source et à la dure et reviendra en France
apte à refler tous les titres. Il ny a pas que Zidane et Brahim
Asloum.
A signaler Benard Giraudeau dans une composition impressionnante de vieux manager
tendre et crapuleux.
Virgil
Film français de Mabrouk El Mechri, 2004.
Avec Jalil Lespert, Léa Drucker, Jean-Pierre Cassel.
Durée : 1h33. Production : Gaumont, TF1 Films Production, Canal +, TPS
Star. Distribution : Gaumont Columbia Tristar Films. Sortie en salles le 7 février
2005.

© Gaumont Columbia Tristar Films
Quelque chose a craqué dans la carrière de Virgil, boxeur à
lavenir prometteur. Il a plutôt choisi un travail alimentaire dans
une gargote de sandwiches grecs depuis que son père purge une peine de
prison. Quitte à entretenir lillusion du vieux à coups de
récits dentrainements, de matchs...
Mais comment sortir de limposture quand il apprend que le détenu
atteint dun cancer va bénéficier dune remise de peine
?
Une belle histoire dhommes et de boxeurs avec un tête-à-tête
mémorable entre Jean-Pierre Cassel et Jalil Lespert.
Plus de chroniques
Le cauchemar de Darwin, Jai vu tuer Ben Barka, La fiancée
syrienne Tenja, Les mauvais joueurs, Saint Jacques
La Mecque et Virgil
ont donné lieu à une chronique plus approfondie dans la rubrique
cinéma de la revue Hommes & Migrations.
Le palmarès d'Altérités
Et à lheure des récompenses et pour terminer cette
année cinématographique sur une note enjouée, nous attribuons
le prix du meilleur acteur toutes catégories à Jalil Lespert,
tête daffiche dans trois films (Le promeneur du Champ de mars,
Virgil, Le petit lieutenant) où il joue à partie égale
avec des monstres sacrés: Michel Bouquet, Jean-Pierre Cassel,
Nathalie Baye.
Félicitations aussi à quelques outsiders : Lubna Azabal, Simon
Abkarian, Sami Bouajila, Roschdy Zem, Nicolas Cazalé.