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[diversité culturelle] Une année au ciné
12 films qui ont marqué l'année 2005
En cette fin d'année, Altérités et son spécialiste cinéma, André Videau, vous présentent un choix de douze films qui ont marqué 2005. En 2004, nous avions eu un coup de coeur pour L’esquive de Abdellatif Khéchiche et Le grand voyage de Ismaël Ferroukhi. Pour cette année 2005, riche en films très différents (documentaires, fictions, films d'ici, films de là-bas, comédies, drames, ...), nous décernerons un palmarès du meilleur acteur toutes catégories...

Documentaires (de combat) :

Un monde moderne
Film français de Sabrina Malek et d'Arnaud Soulier, 2005.
Durée : 1h24. Production : VLR Productions, Les Films de Mars. Distribution : Les Films de Mars. Sortie en salles le 7 septembre 2005


© Les Films de Mars

Le titre est, bien sûr sarcastique. L’image d’Epinal, enfin de Saint Nazaire, c’est la sortie majestueuse des chantiers de l’Atlantique du rutilant paquebot Queen Mary II. De quoi s’enorgueillir de ce fleuron des constructions navales françaises ! Sauf à connaître les dessous de la splendeur et les pratiques scandaleuses : sous-traitance et intérim, auxquelles a eu recours Alstom, le maître d’œuvre, tout au long de la fabrication. Pratiques qui avaient l’avantage de diminuer les coûts mais au mépris des droits élémentaires des travailleurs, pour la plupart d’origine immigrée.
Ils étaient venus par vagues, fortement ethnicisées, selon les combines de recrutement : les Yougoslaves, les Asiatiques…, en quête d’eldorado (un travail, un salaire décent, une situation régularisée, l’acquisition d’un pécule et d’un savoir... ). Ils n’ont connu que l’exploitation et les désillusions et maintenant le licenciement comme des malpropres au profit d’autres pigeons.
Un réquisitoire accablant. Et vogue le navire !

Le cauchemar de Darwin
Film austro-franco-belge d’Hubert Sauper, 2003
Durée : 1h47. Production : Mille et Une Productions, Saga Films. Distribution : Ad Vitam. Sortie en salles le 2 mars 2005.


© Ad Vitam

Tout sur la perche du Nil, poisson prédateur qui dépeupla le Lac Victoria avant de modifier les équilibres écologiques et par-delà les habitudes alimentaires et les structures sociales et économiques de la région.
Tout semblait pourtant devoir aller pour le mieux. Le nouveau poisson proliférait. L’exportation en était friande. Le conditionnement des filets engendrait une industrie performante. Les populations accouraient vers les emplois créés... Et puis le système ne tarda pas à montrer ses tares, répugnantes comme les carcasses des poissons qui polluaient l’environnement. Tous les maux endémiques de l’Afrique semblaient se donner rendez-vous. Ne manquent peut-être même pas les trafiquant d’armes, fusils contre nourriture en quelques sortes, pour alimenter les guerrillas. Mais, pendant ce temps les prostituées de Mwanza entonnent “Tanzania, Tanzania” devant les pilotes ukrainiens ébahis.
Un film qui va vous estomaquer.

Histoire/Mémoire

Le promeneur du Champ de Mars
Film français de Robert Guédiguian, 2004.
Avec Michel Bouquet, Jalil Lespert, Philippe Fretun
Durée : 1h57. Production : Agat Films & Cie, Film oblige, Arte France. Distribution : Pathé. Sortie en salles le 16 Février 2005.


© Pathé distribution

Les derniers jours de François Mitterand selon le récit du journaliste Georges-Marie Benhamou. Une reconstitution pleine d’empathie, filmée par la caméra prévenante de Robert Guédiguian, un réalisateur resté fidèle, malgré les déconvenues, aux idéaux de l’union de la gauche, exprimés à son arrivée au pouvoir en mai 1981.
Deux surprises dans l’interprétation : Michel Bouquet, si différent, si semblable, en un mot hallucinant dans la drôlerie comme dans le pathétique ou la rouerie, Jalil Lespert, jeune disciple qui se veut impertinent et se fait dévorer comme l'un des fameux ortolans, par un maître à l’affection gourmande et à l’intelligence toujours aux aguets. Un duo inoubliable.

Avant l’oubli
Film français d’Augustin Burger, 2004.
Avec Sami Bouajila, Nieve de Medina, Frédéric Pierrot.
Durée : 1h40. Production : Canal +. Distribution : Albares productions. Sortie en salles le 15 juin 2005


© Albares productions

Les Algériens en France, plus particulièrement à Marseille, à la fin des années 50. Plus que la guerre d’Algérie proprement dite, ce sont les querelles intestines entre FLN et Mouvement National Algérien (MNA) qui agitent les communautés immigrées.
Ali Redjala (Sami Bouajila) est un jeune intellectuel activiste chargé de collecter des fonds et d’animer le réseau des porteurs de valise. Un poste aussi exposé ne devrait guère laisser de place à l’amour…
Un film modeste et sensible, rendu passionnant par la pertinence de son interprète principal.

J’ai vu tuer Ben Barka
Film français de Serge Le Peron, 2005.
Avec Charles Berling, Simon Abkarian, Josiane Balasko.
Durée : 1h41. Production : Production Maïa Films, Casablanca Films. Distribution : Rezo Films. Sortie en salles le 2 novembre 2005.

Un état des lieux et un point convaincant sur une enquète qui garde encore quelques zones d’ombres.
Alors qu’il a rendez-vous avec des collaborateurs français pour la réalisation d’un film documentaire sur le Tiers monde qui devrait ouvrir dans quelques mois la conférence de La Havane, le leader marocain Mehdi Ben Barka ( Simon Abkarian) est enlevé en plein Saint Germain des Prés.
Le film démonte le complot ourdi par les forces de sécurité marocaine, les barbouzes françaises et sans doute la CIA qui aboutira à l’élimination (la disparition) du politicien. Charles Berling est, avec beaucoup d’ambiguité, Figon, l’ordonnateur involontaire de ce crime d’état perpétré en octobre 1965.

Un mariage, un enterrement

La fiancée syrienne
Film israëlien de Eran Riklis, 2004.
Avec Clara Khoury, Makram Khoury, Hiam Abbass.
Durée : 1h36. Production : Mact Productions, Eran Riklis Productions Ltd, Neue Impuls Film, Arte France. Distribution : Océan Films. Sortie en salles le 9 mars 2005.


© Océan films

Une comédie très enlevée sur les péripéties d’un mariage frontalier.
Nous sommes dans l’enclave druze du Golan syrien, occupé par Israël (!). On voit l’imbroglio. La cocasserie digne de Labiche se mèle à des réalités et à des accents beaucoup plus dramatiques.
Il faut que tellement de forces contraires s’harmonisent pour que la mariée franchisse le check-point en temps et heure. Des comédiens jubilatoires mettent en forme cette histoire prise sur le vif qui n’épargne aucune des parties prenantes et égratigne même, au passage, les forces onusiennes.
La comédie a de sacrés vertus pour épingler ou stigmatiser les faits de société qui empoisonnent nos vies.

Tenja
Film marocain d’Hassan Legzouli, 2004.
Avec Roschdy Zem, Aure Atika, Abdou El Mesnaoui.
Durée :1h20. Production : Production Why Not Productions. Distribution : Pierre Grise Distribution. Sortie en salles le 2 février 2005.


© Pierre Grise Distribution

Quand Nordine, petit entrepreneur du Nord-Pas-de-Calais (Nord’in Auto) entreprend de rapatrier la dépouille de son père dans son pays d’origine, le Maroc qu’il ne connaît pas, il ne se doute pas que ce road-movie funéraire va peut être bouleverser le cours tranquille de sa vie. D’incidents de parcours en rencontres amicales ou sentimentales, le voyage se transforme en quête identitaire. Le petit ch’timi découvre sa part de sud.
Le solide Roshdy Zem trouve une fois de plus un rôle à la mesure de son talent qui est en constante affirmation.

Melting pot : commerce et pèlerinage

Les mauvais joueurs
Film français de Frédéric Bolckjian, 2004.
Avec Pascal Elbé, Simon Abkarian, Isaac Sharry.
Durée : 1h25. Production : Production Pyramide Films, France 3 Cinéma, Canal +. Distribution : Pyramide. Sortie en salles le 20 avril 2005.


© Pyramide Distribution

Dans le quartier du Sentier, à Paris, la crise du textile frappe, l’une après l’autre, tous les groupes ethniques. Voilà que la communauté arménienne qui a tenu le haut du pavé, doit céder du terrain devant la pénétration tentaculaire des Chinois.
Un film haletant comme une partie de bonneteau avec des comédiens pleins d’enthousiasme (Simon Abkarien, Pascal Elbé, Isaac Sharry, Linh Dan Pham, Teng Fei Xiang).

Saint Jacques... La Mecque
Film français de Coline Serreau, 2004.
Avec Muriel Robin, Artus de Penguern, Jean-Pierre Darroussin.
Durée : 1h52. Production : Téléma Productions, France 2 Cinéma, Eniloc. Distribution : UGC. Sortie en salles le 12 octobre 2005.

On ne peut pas dire que c’est la foi qui les étouffe ou les pousse, les drôles de pélerins en route pour Saint-Jacques-de-Compostelle sous la conduite du Gentil Organisateur Pascal Légitimus.
Entre disputes acerbes, gags et dialogues désopilants et séquences féérico-oniriques qui ne dépareraient pas une histoire sainte sans odeur de sainteté, Colline Serreau, à son habitude, brosse une fresque acidulée de notre société interculturelle. Au tableau d’honneur, une insolite Muriel Robin qui délaisse sa hargne interfamiliale pour découvrir les bonheurs du mélange des cultures en apprenant à lire à un petit beur à croquer (Aymen Saïdi).

Insertion : sport et danse

Rize
Film américain de David Lachapelle, 2004.
Avec Tommy the Clown, Lil C, Miss Prissy
Durée : 1h24. Production : HSI Productions, Lionz Den. Distribution : Lions Gate Films Inc., La Fabrique de Films. Sortie en salles le 21 septembre 2005.


© La Fabrique de Films

Ni capoeira, ni hip hop, mais quelque chose d’approchant : le krumping. Nous sommes à South-Central, quartier chaud de Los Angeles. Un éducateur utilise cette danse guerrière et ses affrontements codifiés et stylisés (sous forme de battle) pour canaliser les pulsions violentes des bandes.
La méthode et le film sont trépidants et entraînants mais il faut une bonne dose d’utopie pour croire encore que ces remèdes si souvent mis à contribution, sont capables de réparer la fracture sociale et de ramener la sérénité dans des corps et des cœurs déjà bien chahutés.
Avec son rythme irrésistible et contagieux, l’optimisme du film est néanmoins contagieux.

Chok-dee
Film français de Xavier Durringer, 2004.
Avec Dida Diafat, Bernard Giraudeau, Florence Vanida Faivre.
Durée : 1h45. Production : Stéphan films, France 2 Cinéma, Canal +, CinéCinémas. Distribution : Rezo Films. Sortie en salles le 16 février 2005.


© Rezo Films

Un film sur mesure qui va comme un gant à Dido, champion banlieusard de boxe thaïe. Même son nom prédestiné a déjà l’air d’être sponsorisé par une grande marque de chaussures de sport. Mais les choses ne sont pas données et pour réussir il faut une volonté inébranlable, de la rage, du talent. Dido ira se former à la source et à la dure et reviendra en France apte à refler tous les titres. Il n’y a pas que Zidane et Brahim Asloum.
A signaler Benard Giraudeau dans une composition impressionnante de vieux manager tendre et crapuleux.

Virgil
Film français de Mabrouk El Mechri, 2004.
Avec Jalil Lespert, Léa Drucker, Jean-Pierre Cassel.
Durée : 1h33. Production : Gaumont, TF1 Films Production, Canal +, TPS Star. Distribution : Gaumont Columbia Tristar Films. Sortie en salles le 7 février 2005.


© Gaumont Columbia Tristar Films

Quelque chose a craqué dans la carrière de Virgil, boxeur à l’avenir prometteur. Il a plutôt choisi un travail alimentaire dans une gargote de sandwiches grecs depuis que son père purge une peine de prison. Quitte à entretenir l’illusion du vieux à coups de récits d’entrainements, de matchs...
Mais comment sortir de l’imposture quand il apprend que le détenu atteint d’un cancer va bénéficier d’une remise de peine ?
Une belle histoire d’hommes et de boxeurs avec un tête-à-tête mémorable entre Jean-Pierre Cassel et Jalil Lespert.

Plus de chroniques
Le cauchemar de Darwin, J’ai vu tuer Ben Barka, La fiancée syrienne Tenja, Les mauvais joueurs, Saint Jacques…La Mecque et Virgil ont donné lieu à une chronique plus approfondie dans la rubrique cinéma de la revue Hommes & Migrations.

Le palmarès d'Altérités
Et à l’heure des récompenses et pour terminer cette année cinématographique sur une note enjouée, nous attribuons le prix du meilleur acteur toutes catégories à Jalil Lespert, tête d’affiche dans trois films (Le promeneur du Champ de mars, Virgil, Le petit lieutenant) où il joue à partie égale avec des “monstres sacrés”: Michel Bouquet, Jean-Pierre Cassel, Nathalie Baye.
Félicitations aussi à quelques outsiders : Lubna Azabal, Simon Abkarian, Sami Bouajila, Roschdy Zem, Nicolas Cazalé.

André Videau
[26/12/2005]

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