Recherche
> Recherche avancée


[cinéma] Tant de guerres...
Dans quelques films récents
Guerres coloniales, Première Guerre Mondiale, conflits du Moyen-Orient, guerres économiques : plus que jamais, les guerres, toutes les guerres, semblent une inépuisable source d’inspiration pour les cinéastes de tous horizons. Voici quelques exemples de ces films, sans souci de hiérarchie ni de chronologie.

Plus que jamais, les guerres, toutes les guerres, semblent une inépuisable source d’inspiration pour les cinéastes de tous horizons. Les grands cinémas nationaux en avaient même fait un genre, quasi autonome, le film de guerre aussi caractéristique que le polar, ou film noir, le western, la comédie de mœurs ou musicale, le drame psychologique…
Au cours de ces dernières années, les enjeux patriotiques et leurs épopées exaltantes semblent avoir cédé le pas devant des témoignages plus critiques, plus attentifs aux aléas de l’histoire, exaltant moins les vertus des vainqueurs que le courage des vaincus. Des films de guerre en fait souvent favorables à la paix. Des films en tout cas qui essayent de nous plonger au cœur de la mêlée avec le souci d’une plus grande objectivité ou un esprit partisan qui ne craint pas de voler au secours du plus faible, de démonter les mécanismes engendrant les conflits, d’en dénoncer les responsabilités politiques, d’en dénombrer les dommages collatéraux.
Voici quelques exemples sans souci de hiérarchie ni de chronologie.

La trahison

Des guerres coloniales de la France
L’Indochine : Le silence des rizières, film français de Fleur Albert
Dans ce film documentaire en forme d’enquête, la réalisatrice suit le voyage de Maï et de sa mère Thuy Cam à la recherche d’un pan perdu de leur histoire. Elle va ainsi nous dévoiler le destin d’une poignée de Français d’obédience communiste qui, à leurs risques et périls, s’engagèrent dans la lutte anticoloniale pour soutenir la révolte du peuple vietnamien. André, le père de Maï et l’époux de Thuy Cam, aujourd’hui disparu, fut l’un d’eux. Le miracle est que, sur le parcours mémorial des deux femmes, des survivants sont encore là pour témoigner alors que Dien Bien Phu est tombé en mai 54 et que “la sale guerre” est reléguée dans “les poubelles de l’histoire”. Un film rare et indispensable même s’il ne répond pas à toutes les interrogations et ne dissipe pas tous les doutes.

L’Algérie : La trahison, film français de Philippe Faucon
Années 60, quelque part dans les Aurès. Sobre carnet de route d’un commando de la pacification. Malgré la modération et l’évidente bonne volonté du lieutenant Roques (Vincent Martinez dans son meilleur rôle) quatre jeunes recrues algériennes qui font leur service dans l’armée française, désarçonnées par la tournure des événements, désertent et rejoignent leurs frères d’armes du FLN. Un film courageux qui préserve la dignité de chacun. A plus d’un titre exemplaire et indispensable en ces temps d’hystérie mémorielle.

De la Première Guerre mondiale

Joyeux Noël, film français de Christian Carion
Trêve des confiseurs par-delà les tranchées en ce Noël 1914. Cantiques, bombances et fraternité avant les combats enragés et la boucherie que l’on sait. Le film polyglotte est censé réparer un oubli, car l’épisode n’a pas marqué durablement les consciences, même si on peut y voir l’amorce d’une réconciliation universelle.
Les Américains ont aimé qui ont sélectionné le film pour les Oscars (mais le prix du meilleur film étranger est finalement allé à La marche de l’Empereur de Luc Jaquet).

Des conflits du Moyen-Orient

Munich, film américain de Steven Spielberg
Il retrace la vengeance du Mossad après la prise d’otages qui a coûté la vie à 9 athlètes de la délégation israélienne aux Jeux Olympiques de 1972 à Munich. 11 terroristes dûment identifiés périront au terme d’une traque méticuleuse. Le film de Spielberg, qui met en question les méthodes du terrorisme comme de l’anti-terrorisme, a soulevé des mécontentements dans les deux camps, preuve de son absence de concessions comme de parti pris. Eric Bana est à la tête d’une brillante distribution cosmopolite où s’illustrent notamment les Français Matthieu Kassowitz, Matthieu Amalric et Michaël Lonsdale.
Reste que la complexité de chaque attentat et leur éparpillement dans diverses métropoles, que le réalisateur saisit superbement et qui en singularisent les données, ne dissimulent pas tout à fait l’effet répétitif qui donne quelques longueurs au film. Cela est un peu incompatible, malgré le grand savoir-faire de l’auteur, avec le climat tendu d’un thriller.

A perfect day, film libanais de Joana Hadji Thomas et Khalil Joreige
Un jour comme les autres dans les traumatismes du Beyrouth de l’après-guerre. Bien éloigné de la perfection affichée. Tandis que les chantiers de la reconstruction mettent à jour des cadavres non identifiés comme pour embrouiller les amnésies et les mémoires, Malek, la trentaine (Ziad Saad) et sa mère Claudia (Julia Kassar) qui le surprotège, vont surmonter leurs différents pour enfin officiellement déclarer la mort de leur père et mari disparu depuis 15 ans. Tous les destins individuels, celui du fils atteint de narcolepsie (il s’endort soudainement), celui de la mère inconsolable et passablement castratrice, de la fiancée qui veut rompre (Alexandra Kahwagi)…, semblent aller à contrario des intenses vibrations de la ville. Un premier film. Une révélation.

Jarhead, film américain de Sam Mendès
Ces têtes de jarre, ou de cruche, sont les Marines propulsés dans la guerre d’Irak, bien entraînés et galvanisés, pour casser de l’Arabe et éventuellement détruire l’arsenal nucléaire ou bactérien de Saddam Hussein. Las, l’ennemi reste invisible et les arsenaux introuvables, comme dans un nouveau désert des Tartares et les rêves de gloire vont s’ensabler dans l’absurde. Aux frustrations épiques s’ajoutent les brimades du quotidien, les désagréments de la promiscuité, la suffocation du climat… Un petit chef d’œuvre anti-héroïque avec un Jake Gylenhal qui n’avait pas attendu Le secret de Brockbach Mountain pour être remarquable.

Du côté des guerres économiques

Syriana, film américain de Stephen Garghan
Avec un savoir-faire consommé une partie du gratin hollywoodien taille des croupières à la politique de Georges W. Bush et dénonce l’Amérique officielle qui se soucie avant tout de ressources énergétiques, d’armement et de marchés pétroliers en se donnant des airs de chevalier blanc engagé dans la sauvegarde des droits de l’Homme. Une Amérique qui trouve des alliés naturels dans les émissaires et intermédiaires de régimes corrompus et de mafias locales ou internationales où grenouillent affairistes, politiciens déchus ou encore en place, extrémistes et intégristes de tous poils.
Un film coup de poing qui serait encore plus percutant si les intentions étaient mieux définies et les intrigues un peu moins enchevêtrées.

Lords of war, film américain d’Andrew Nicol
Voilà bien le nerf de beaucoup de guerres : le commerce clandestin des armes. Pour réussir dans ce business à hauts risques et aux exorbitantes plus-values, il faut bien sùr le sens des affaires, l’absence de scrupules et un cynisme à toutes épreuves. Yuri, émigrant ukrainien (Nicolas Cage au top), semble posséder toutes les qualités requises pour satisfaire les demandes des combattants tout en donnant bonne conscience aux fournisseurs et en préservant leur anonymat. Dans ce mécanisme bien rodé, il n’était pas prévu que son fils bien-aimé allait renâcler et précipiter les embrouilles.
La chute d’un caïd est un classique du cinéma américain qui est capable de dénoncer les manquements de certains individus pour épargner le système.

André Videau
[22/03/2006]

Mots-clés : cinéma, guerre
Cinema récents
  Tant de guerres... - [22/03/2006]
 
  Une année au ciné - [26/12/2005]
 
  Contes du bled - [26/11/2005]
 
  Gens du Salto. Mémoires de Portugais qui ont fui vers la France dans les années 60. - [03/11/2005]
 
  Nuit noire à Paris, le 17 octobre 1961 - [16/10/2005]
 
Archives
  Consultez l'ensemble de la rubrique "Cinema".  

     
© Cité nationale de l'histoire de l'immigration - 2007