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[documentaire] Le pays où l’on ne revient jamais, un film de José Vieira
Diffusion le 16 mai 2006 à 0h30 sur France 3
Le mythe du retour apparaît comme une vieille lune depuis que l’on sait que la plupart des immigrés sont là pour rester. Pourtant, certains clichés ont la vie dure. Ainsi, il est courant d’entendre dire que les Portugais rentrent tous au pays d’origine après une dure vie de labeur dans l’émigration. Après nous avoir retracé avec brio le “grand saut” des migrants fuyant la misère, le régime de Salazar et ses menées coloniales en Afrique dans le film La Photo déchirée, le réalisateur José Vieira s’est attelé à déconstruire cet énième stéréotype d’un prétendu “particularisme” portugais, avec un nouveau film, Le Pays où l’on ne revient jamais.

José Vieira ne se contente pas de se référer aux seules statistiques, trop désincarnées. Il s’appuie sur sa propre expérience familiale, sans craindre les paradoxes. En effet, dans ce document plus personnel encore que les précédents, il relate plusieurs histoires de retour au pays. A commencer par celle de son père, dont il trace un portrait émouvant. Venu en France à l’âge de 50 ans, entre 1961 et 1963 il ne sait plus, ce père forgeron est rentré au début des années 80, et n’a plus remis les pieds en France. Son garçon s'était alors offert une petite caméra super 8. Depuis, quand il est allé au Portugal, José Vieira a empoigné sa caméra pour réamorcer ses tentatives de dialogue, pour comprendre les motivations d’un paternel plus enclin à retourner travailler qu’à s’exprimer sur ses choix. En contre-point, le réalisateur en herbe s’est obstiné à filmer ce qu’il appelle des “images d’Epinal” du dur labeur d’autrefois, comme la forge de papa ou les travaux aux champs, des images répétées de manière obsessionnelle renvoyant à une sorte de nostalgie qui donne l’illusion de s’affranchir de la réalité et de délivrer du temps présent. Loin d’être anecdotiques, ces images constituent autant des représentations du pays d’enfance de José Vieira - il a quitté son village, Oliveira de Frades, à l’âge de six ans - qu’un cadre plus ou moins conscient permettant à ses propres yeux de réhabiliter son père.

L’émigration, une faute ?
Autour de la forge, ce dernier a retrouvé ses repères et en un mot, sa dignité. Il n’est plus cet homme de nulle part, sans histoire, marginalisé dans l’émigration jusqu’au sein de sa propre famille, et qui ne sait plus parler, au point de faire honte à ses enfants. Pour lui, le retour a permis de fermer une parenthèse, celle de l’émigration en France, vécue comme l’erreur de sa vie. Ce sentiment de faute, si bien traduit par le sociologue Abelmalek Sayad dans ses travaux sur “la double absence”, il la formule face à la caméra du fiston. “Non, je n’ai pas perdu la mémoire, mais il y a des choses qu’il convient de ne pas dire”, ajoute-t-il. Et pas question de relativiser, comme le suggère José Vieira, quand il lui dit que sa décision d’émigrer, finalement, a peut-être été la meilleure chose qu’il ait fait. “Avec mes questions maladroites, je n’ai pas réussi à lui dire combien nous avions été injustes avec lui”, commente en voix-off le fils, un brin dépité. On devine alors de multiples disputes, pudiquement tues dans le film, notamment avec la mère, disparue trop tôt, pour qui le retour a constitué un retour en arrière, une renonciation à une certaine indépendance acquise en France.

L’immigration est une rupture qui ne se referme pas
La France, c’était mieux. “Je regrette maintenant d’être parti”, reconnaît José Maria, lui aussi rentré au Portugal pour retrouver sa dignité sans trop se soucier des desirata de sa femme. Le Pays où l’on ne revient jamais fourmille de témoignages d’hommes et de femmes, rentrés parce que mis à la retraite sans avoir les moyens financiers de rester vivre décemment en France. Isolés dans des villages en voie de désertification et qui ne connaissent plus les solidarités humaines d’antan, loin de leurs enfants et petits-enfants, ces gens “finissent par se sentir absents où qu’ils soient ”. Les nouvelles générations reviennent au pays pour les vacances, et n’ont guère l’envie de défricher leurs terres à l’abandon. Leur maison, elles sont désormais tentées, quand ce n’est pas déjà fait, de la construire là où elles travaillent et où vivent leurs enfants. Certes, nous dit José Vieira, mais “nos enfants nous interpellent pour que cet héritage d’un pays, d’un ailleurs qu’ils aiment et revendiquent, ne soit pas abandonné. Ils ne ressentent pas comme nous cette mélancolie de l’étranger qui débarque dans un lieu autrefois familier”.

Mogniss H. Abdallah
Agence IM'média
[16/05/2006]

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