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[football] Joue la comme Zidane
Zidane, un portrait du XXIe siècle de Philippe Parréno et Douglas Gordon et Beur blanc rouge de Mahmoud Zemmouri
Les hasards de l’actualité (qui font parfois bien les choses) mettent en parallèle deux films qui n’ont d’autres points communs que de donner une place au football. Place prépondérante ici, dans une fresque artistique renforcée par tous les moyens de la technologie de pointe en matière d’image, prétexte là, à donner libre cours à la comédie pour taquiner l’actualité tout en tirant quelques leçons de faits de société pas si anodins.

A tout seigneur tout honneur, Zidane est présent dans ces deux films. D’où notre générique, un rien opportuniste. Car si l’enfant de La Castellane, devenu idole mondiale, est traité comme tel durant les 90 minutes du portrait brossé par les plasticiens Philippe Parréno et Douglas Gordon, il ne fait qu’une apparition subalterne dans la comédie de Mahmoud Zemmouri, d’ailleurs incapable de calmer les esprits surchauffés.
Presque rien de commun donc, en dehors de la présence sur le terrain de ce joueur d’élite, dans le match de championnat espagnol en avril 2005 entre le Réal de Madrid et Villaréal au Stade Santiago Bernabeu et dans le match amical France-Algérie en octobre 2001 au Stade de France.

Zidane, un portrait du XXIème siècle de Philippe Parreno

Le titre annonce la couleur. Il ne s’agit pas d’un reportage, mais d’une œuvre artistique revendiquée. Ni succession de performances ni déroulement d’une carrière, encore moins éléments de biographie ou secrets d’alcôve. Pour faire court (et un peu caricatural) plus une épure digne d’Arte que d’un commentaire de L’Equipe ou de Paris-Match.
Pourtant le simple nom du joueur, parfois réduit à son diminutif, suffit à mobiliser les foules, à déchaîner les passions et parfois à engendrer les malentendus. On le voit bien dans les salles qui projettent le film et qui en partie se vident en cours de spectacle et dans l’attention passionnée de ceux qui restent. Les préoccupations des auteurs n’étaient pas le déroulement et l’issue du match. Ils n’avaient qu’un seul objectif, avec leurs 17 caméras synchronisées, mêlant le scope et la haute définition, coller à la peau de Zidane, ne rien rater de ses sourires et de ses souffrances, de ses jets de salive et de ses gouttes de sueur, de ses feintes avec l’adversaire ou de ses services avec les partenaires (sans que ceux-là , les Beckam, ou Ronaldo, ou Roberto Carlos, ne sortent de l’anonymat), de ses rares paroles réduites dans le feu de l’action à des onomatopées. Jusqu’à ce que, comme Icare, il soit fauché en plein vol, par ce carton rouge qui l’expulse du terrain à quelques minutes de la fin. Final tragique pour notre héros mais dont les fidèles savent bien qu’il se relèvera. Film culte pour tous ceux qui redoutent une retraite annoncée (du Réal et de l’équipe de France après la Coupe du Monde) et qui auront la consolation suprême, d’avoir une fois partagé les grandeurs et les misères de ses efforts. Magie du cinéma au service de la magie du football.

Beur blanc rouge, film de Mahmoud Zemmouri

Restaurateur à ses heures, Mahmoud Zemmouri, nous concocte régulièrement, à partir d’éléments très actuels, des farces assez enlevées (et parfois un peu indigestes) même si au final la bonne humeur l’emporte et la satire ne manque pas de sel.
On ne change pas une recette qui gagne et on retrouve dans ce 6e film les ingrédients qui firent le succès de Prends 10000 balles et casse-toi (1981), Les folles années du twist (1983), De Hollywood à Tamanrasset (1991), L’honneur de la tribu (1993), 100% arabica (1997). Des emprunts directs à l’actualité et aux moeurs de ce temps pour en dénoncer les abus et en corriger les effets pervers dans de grands éclats de rire. On pourrait avoir des desseins plus noirs. Reste bien sûr la manière.
Voilà donc la remuante Belleville à la veille d’un match qui fera date : la rencontre amicale de footbal France-Algérie. Chacun a choisi son camp, notamment parmi nos trois lascars ; Brahim le frimeur (Yasmine Belmadi), Mouloud le sage (Karim Belkedra) et le Gaulois de service, algérophile de surcroît, Gaby le boulanger (Julien Courbey).
On connaît la suite : ce qui aurait pu être la fête du sport et de la fraternisation va tourner à l’aîgre du fait des agissements de quelques énergumènes surexcités. Ni Ziidane et ses prestigieux co-équipiers blacks-blancs-beurs tout auréolés de leurs lauriers internationaux, ni l’équipe nationale algèrienne sincèrement navrée d’être prise au piège, n’y pourront rien.
Sur ce fait divers qui fit couler beaucoup d’encre, et de salive et de fiel, Mahmoud Zemmouri trousse une comédie souvent hilarante qui non seulement ramène les choses à leur plus juste proportion, mais se permet de distribuer quelques cartons jaunes. On aime assez que le cinéma rigolo, mine de rien, se fasse moraliste. Signalons une ébouriffante distribution de comédiens d’ici et de là-bas qui auraient gagné à ne pas être un peu trop laissés à leur numéro d’acteurs (Nozha Khouadra, Chafia Boudra, Rabah Loucif, Biyouna, Aymen Saïdi, Yacine Mesbah...).

André Videau
[29/05/2006]

Mots-clés : football, cinéma, sport
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