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[immigration] L’Ange de goudron
Film canadien de Denis Chouinard
Après Clandestins, Denis Chouinard revient sur le thème de l’immigration avec un long-métrage de fiction personnel et attachant dans lequel évolue une famille algérienne bouleversée par l’engagement politique du jeune fils.

Nous sommes à Montréal. Le film s’ouvre par une vue panoramique sur la mosquée et enchaîne sur la prière des fidèles. Puis nous entrons dans l’intimité d’une famille d’immigrés algériens installée au Québec depuis trois ans : Ahmed Kasmi (le père) est couvreur, Naïma (la mère) fait de la couture chez elle, l’aîné Hafid suit (ou devrait suivre) des études d’informatique tandis que la petite Djamila va à l’école. Dehors il fait froid et la citoyenneté canadienne tarde à arriver. Il faut bien se tenir pour la mériter… Mais le jeune Hafid ne l’entend pas de cette oreille. Alors que le père se tue à couler le goudron, le fils milite activement au sein d’un groupe décidé à ne pas laisser les sans-abris sans abris et les sans-papiers sans papiers… Lorsque les parents découvrent la vie parallèle de leur fils, il est peut-être déjà trop tard… Pourtant, Ahmed retrouve Huguette, la petite amie de son fils, qui lui propose de partir avec elle à sa recherche.“Ton fils, mon mec”, prévient cette jeune tatoueuse et militante au caractère bien trempé. Le voyage peut alors vraiment commencer vers les montagnes enneigées du Nord du Canada au cours duquel Ahmed s’immerge dans un monde qu’il ignorait jusque-là. Lorsque la confrontation a lieu, un moment parmi les plus forts, le père en prend plein la figure - son fils lui reproche ni plus ni moins de toujours courber l’échine hier en Algérie face aux intégristes et au gouvernement comme aujourd’hui face aux autorités - ne rétablissant “l’ordre” générationnel qu’en recourant à une gifle au demeurant plutôt bien acceptée.

Bien qu’il n’échappe pas à certains clichés, notamment cette scène où Ahmed est mis en demeure de boire de l’alcool pour obtenir des informations sur son fils, un peu comme un rite initiatique d’intégration à la société d’accueil, Denis Chouinard a signé là une chronique sans fausse prétention, vraisemblable et attachante. Il donne chair et corps au problème des “papiers”, mot magique et tragique à la fois. Alors que Naïma Kasmi, enceinte, revient compléter son dossier auprès de l’employé qui l’avait quelques jours plus tôt reçue avec son mari, l’homme a perdu toute sa cordialité… La caméra ne juge pas, elle met au jour le décalage entre un employé qui a un travail, un agenda, des rendez-vous… et les requérants pour lesquels il s’agit d’une question autrement plus vitale…

Lorsque le film s’achève, la famille Kasmi est définitivement intégrée : dans le drame glacé du cimetière mais avec la nationalité canadienne en poche…
L’Ange du goudron est aussi une réflexion personnelle sur l’immigration et l’engagement politique dans une contrée devenue depuis les années quatre-vingt-dix une destination importante des réfugiés et émigrés algériens. Ce film est à découvrir parce que les acteurs sont convaincants, les paysages somptueux et la musique de toute beauté.
Denis Chouinard a dédié son second long-métrage à Semira Adamu, jeune Nigériane de vingt ans morte en Belgique en 1998 lors d’une sixième et ultime procédure d’expulsion.
Chérifa Benabdessadok
[06/10/2003]

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