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[Chine] Blind Shaft, film chinois de Li Yang
D'après Le Puits, roman de Liu Qingbang.
Blind Shaft du réalisateur chinois Li Yang, adapté
du roman Le Puits de son compatriote Liu Qingbang, dresse le
portrait de deux campagnards ordinaires du nord de la Chine. Song et Tang commettent
un meurtre au fond dune mine illégale et obtienne des propriétaires
une indemnité en échange de leur silence. L'argent est reversé
à la famille pour l'achat de nourriture et pour payer les frais de scolarité
des enfants. Dès lors, ils se mettent à la recherche d'une prochaine
victime, habités par un cruel dilemme : tuer un enfant ou condamner ses
propres enfants à abandonner lascenseur social quest encore
lécole pour ceux qui peuvent payer les frais de scolarité
Que les Parisiens, Toulousains et Lyonnais se réjouissent : ils
peuvent encore aller voir Blind Shaft du réalisateur chinois Li
Yang adapté du roman de son compatriote Liu Qingbang. Que les autres
habitants de France ne désespèrent pas, ils peuvent lire ce roman
traduit du chinois par Marianne Lepolard édité par Bleu de Chine
sous le titre Le puits paru en même temps que la sortie
du film. Que ceux qui peuvent soffrir la double expérience nhésitent
pas car luvre écrite comme le film recèlent des qualités
remarquables. Mais aussi pour une raison extérieure à la valeur
intrinsèque de ces deux uvres : le roman a été édité
et primé en Chine et son auteur est membre de lassociation des
écrivains chinois depuis 1996, alors que le film a été
interdit et que son auteur craint de devoir continuer à filmer de façon
quasi-clandestine. Signe révélateur dun pays où sexercent
plusieurs systèmes, mêlant ainsi incohérences et bizarreries,
ce paradoxe est dautant plus prégnant que Blind Shaft colle
assez fidèlement au livre
 Le noyau de lhistoire contée par Liu Qingbang, manifestement inspirée
dun fait réel, est assez lapidaire : deux hommes, Tang Zhaoyang
et Song Jinming, cherchent une victime idéale parmi ceux
qui, comme eux, ont dû abandonner leurs familles dans les villages pour
trouver du travail, ils lentraînent au fond dune mine de charbon
où ils se sont fait embaucher. Là, après lavoir amadouée,
ils la tuent, provoquent un éboulement dont ils sortent sains et saufs,
rejoignent la surface où ils feignent de pleurer la victime quils
ont présentée comme un parent, et recueillent une indemnité
en échange de leur silence.
Voilà donc un partenariat bien huilé tel quil
est décrit dans le premier paragraphe du roman, alors quils ont
commis on ne sait combien de forfaits et quils sapprêtent
à choisir une nouvelle Cible : le mot est
écrit avec une majuscule pour mieux souligner la déshumanisation
dans laquelle Tang et Song - mais aussi les patrons de ces mines illégales
ainsi que les fonctionnaires et autres responsables du Parti qui les couvrent
moyennant pots de vin - tiennent leurs semblables. Cest à une froide
autopsie de la dégradation des rapports sociaux et des rapports humains
que se livre Liu Qingbang dans la description de ces deux campagnards ordinaires
de la Chine actuelle. Lun et lautre parlent de leurs crimes passés
ou à venir comme d'un boulot où il sagit de
respecter quelques règles de discrétion et des échéances.
Ils sont pères de famille et très préoccupés par
le sort de leurs enfants mais, obsédés par largent, ils
tuent comme on vole un pain
Lécriture est au scalpel et le
dispositif narratif sobre mais lintérêt du lecteur est happé
par lintrigue. Ainsi, dès quils ont choisi une énième
cible, qui sera la dernière, en la personne dun jeune homme de
seize ans, naïf et confiant, le partenariat commence à
se lézarder. Dès lors le suspense sinstalle sous ses diverses
facettes : du point de vue dramatique car le lecteur sest attaché
au jeune homme auquel il a envie de souffler ce quil sait, du point de
vue moral aussi : oseront-ils aller jusquau bout malgré la jeunesse
de leur proie ?
 Si le film diffère du roman en adoptant un dénouement encore
plus pessimiste, il a réussi grâce à lexpérience
du documentaire de son auteur et à une mise en scène qui va droit
au but, à bâtir une uvre qui fera date. La déshérence
des provinces chinoises abandonnées par les autorités du pays,
le passage dun communisme dur au capitalisme sauvage y sont rendus avec
la force de limage qui apporte un puissant éclairage sur ce flagrant
délit quest lexistence de mines de charbon illégales.
Placé dès les premières images de Blind Shaft comme
témoin du meurtre au fond dune mine, et donc à sindigner
du comportement des deux acolytes, le spectateur est amené progressivement
à constater lampleur du mal : ces deux hommes ne sont pas les seuls
en cause, ils ont des valeurs et des préoccupations dignes dun
être humain (nourrir sa famille, payer lécole à ses
enfants), ils sont aussi victimes des contradictions dune
Chine qui sest ouverte au libéralisme sans asseoir les outils de
régulation pour protéger ses prolétaires. Cest ainsi
que découvrant peu à peu la personnalité de leur jeune
proie, lun dentre eux va commencer à hésiter prétextant
de la nécessité de faire passer lenfant à lâge
adulte en linvitant à boire et en le forçant pratiquement
à se rendre au bordel
où de jeunes prostituées leur
apprennent les nouvelles paroles dun chant révolutionnaire désormais
cyniquement dédié à la gloire du capitalisme. Pour tous,
le choix est difficile, pour Song, il est infernal : tuer ce gosse, ou condamner
ses propres enfants à abandonner lascenseur social quest
encore lécole pour ceux qui peuvent payer les frais de scolarité.
Ni le film ni le livre ne sont dabstraites condamnations de groupes
homogènes, ils proviennent dabord dune réflexion sur
la souffrance, sur la responsabilité individuelle. Ils sont aussi, de
ce fait, une ferme condamnation de la primauté de largent sur les
valeurs humaines les plus simples. Lhistoire se passe en Chine mais elle
pourrait sadapter à toutes les régions du monde. Cest
peut-être ce message que le dernier festival du film asiatique de Deauville
a clairement entendu en attribuant à Blind Shaft plusieurs de
ses distinctions : Lotus du meilleur film, Lotus du meilleur réalisateur,
Lotus du meilleur acteur (Wang Baoqiang), Prix de la critique et Prix du jury
tandis que le Festival de Berlin lui attribuait lOurs dargent de
la meilleure contribution artistique.
Voilà une excellente entrée en matière pour lAnnée
de la Chine en France qui sest ouverte en ce mois doctobre pour
sachever en juillet 2004.
Chérifa Benabdessadok
[31/10/2003]
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Blind Shaft
Un film de Li Yang
Chine, 2003
Durée : 1h32 mn
Production : Tang Splendour Films Limited, Hong-Kong
Distribution : Océan Films, France
Site du film
 Le livre :
Le Puits, Liu Qingbang, traduit du chinois et annoté par Marianne Lepolard, éditions Bleu de Chine, 2003, 160 pages, 18 euros.
Présentation
du livre
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