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[réfugiés] In this world
Le nouveau film de Michael Winterbottom
Entre documentaire et fiction, ou plutôt fiction tournée “comme si c’était vrai”, In this world a été inspiré au réalisateur britannique Michael Winterbottom par les drames permanents que constitue la mort d’hommes et de femmes cherchant à quitter leurs pays pour vivre mieux ailleurs. Comme un million de réfugiés chaque année, Jamal et Enayat, Afghans réfugiés au Pakistan, ont recours au service des passeurs. Un voyage long et périlleux pour un avenir incertain sur une terre ni promise ni accueillante, mais riche objet de tous les imaginaires.


Guidé par des cartons précisant les lieux et les dates, le spectateur assiste au périple d’un tout jeune orphelin afghan, Jamal qui accompagne son cousin adulte Enayat pour un voyage qui coûte d’emblée à la famille 20 000 euros cédés au passeur censé les acheminer jusqu’à Londres par voie terrestre.

Chaque année, précise la voix-off, un million de réfugiés ont ainsi recours aux services des passeurs. Une carte animée “spectacularise” ce voyage pas comme les autres. Au point de départ, en février 2002, Jamal partage la vie des 53 000 Afghans réfugiés au camp de Shamshatoo près de Peshawar au Pakistan (les premiers sont là depuis l’intervention soviétique en 1979, les derniers ont fui les bombardements américains)

À l’arrivée, en août 2002, Jamal, travaille dans un restaurant de la capitale anglaise et informe par téléphone son oncle qu’Enayat n’est plus “de ce monde” (d’où le titre du film). Entre le départ et l'arrivée, il a fallu passer en Iran, en être refoulé et retrouver un nouvel itinéraire, puis traverser à pied la frontière irano-turque (dans une séquence où l’image quitte la mise en scène réaliste pour se décomposer dans un flou artistique), gagner la ville italienne de Trieste dans le conteneur d’un bateau, prendre le train pour le désormais célèbre centre de Sangatte et aborder à Londres sous l’essieu d’un camion…

Petits risques et grands périls, traitements plus ou moins inamicaux par les passeurs successifs, sont filmés sans pathos, la mise en scène se veut discrète tout en employant des procédés narratifs classiques et une musique trop souvent en surcharge.

L’intérêt majeur de cette “ciné-réalité”, efficacement interprétée par des amateurs, réside dans l’évocation d’un sujet qui a gagné en visibilité médiatique à défaut de traitements sérieux et approfondis. Servi par une belle image et un montage serré, le film a obtenu, il faut s’en réjouir, l’Ours d’or au dernier Festival de Berlin ainsi que le prix du Jury œcuménique et celui du Film pour la paix.

Mais In this world court un risque majeur : cherchant une autre voie à la fiction engagée, il reste dans une sous-information et dans une absence de dramatisation préjudiciables. On ne sait pas d’où provient l’importante somme d’argent qui sert à payer les passeurs et les frais du voyage. On ne sait rien non plus de la filière de passeurs (Qui organise ? Comment ? Qui en profite ? Comment ?). On n'en sait pas plus sur l’embauche de Jamal ni sur ses conditions de vie… On apprend à la fin du film que débouté de sa demande d’asile, il est, en tant que mineur, autorisé à séjourner au Royaume-Uni jusqu’à la veille de sa majorité.

In this world est à voir sans attendre mais sans en attendre une quelconque clarification du phénomène qu’il entend dénoncer.

Chérifa Benabdessadok
[06/11/2003]

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