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[élections] Rêves de France à Marseille
Un film de Jean-Louis Comolli et Michel Samson
Rêves de France à Marseille, le dernier film de la série concoctée depuis 1989 par Jean-Louis Comolli et son compère Michel Samson est selon le mot de Michel Wieviorka un “pavé dans la mare”. Tendant à élucider les mécanismes d’éviction qui touchent les candidats et cadres politiques issus de l’immigration, ils portent un coup cruel mais non sans humour et malice. Si les mésaventures de Tahar Rahmani servent de fil rouge au film, le film donne à voir et à entendre toute une série de protagonistes marseillais hauts en couleurs : candidats issus de l’immigration de gauche comme de droite, militants associatifs, citoyens, responsables...

Lorsque le réalisateur Jean-Louis Comolli et le journaliste Michel Samson décident de filmer la campagne des municipales de mars 2000, ils craignent de faire un film trop consensuel. D’ailleurs le film s’ouvre sur la fête de la Massilia de juin 1999 : Marseille est de toutes les couleurs, le ciel est bleu, l’ambiance est au beau fixe et la sensualité non fantasmatique. Puis gros plan sur une réunion du Conseil municipal où Tahar Rahmani, conseiller socialiste et vice-président du groupe, fait une intervention calme, intelligente et argumentée. Tahar Rahmani semble être tout sauf un apparatchik ni un “Beur de service”. On en conclut que tout logiquement, puisque tant de responsables politiques, à droite comme à gauche, en appellent à la participation de tous et chacun reconnaissant un déficit de représentation des populations immigrées, il va être reconduit en position éligible. Et là, c’est le pataquès. La logique et les déclarations d’intention ne tiennent pas face aux habitudes partisanes et osons le mot, peu démocratiques.

C’est donc le cafouillage assez aberrant autour de la candidature de Tahar Rahmani et du ferme soutien que lui apporte son ami Philippe Sanmarco qui va servir de fil rouge au documentaire, un peu malgré ses réalisateurs : “Il n’est pas exclu que le fait de filmer Tahar ait accentué, précipité son cas. Nous ne pouvions pas imaginer que le Parti socialiste allait commettre cette erreur précisément sous nos caméras”, affirme Jean-Louis Comolli. L’erreur prend une tonalité ubuesque car personne ne peut expliquer à Michel Samson, qui mène les entretiens, les raisons qui ont présidé à son éviction dans un premier temps puis à sa réintégration en position éligible sur ordre du Bureau national du Parti. Au fil des réunions desquelles filtrent devant les spectateurs quelques échos, on comprend que se sont accumulés deux facteurs d’exclusion : le nombre restreint de postes à pourvoir par rapport au nombre de candidats (“on ne peut pas faire rentrer trois litres d’eau dans une bouteille”, dit approximativement l’un des décideurs) ajouté au fait que ne disposant pas de “parrain” de taille au sein du sérail Tahar Rahmani a été oublié…

Si les mésaventures de Tahar Rahmani servent de fil rouge au film, Rêves de France à Marseille donne à voir et à entendre toute une série de protagonistes marseillais hauts en couleurs : candidats issus de l’immigration de gauche comme de droite, militants associatifs, citoyens, responsables,... dans une ville qui a comme principale caractéristique de faire cohabiter dans un même espace urbain les riches et les pauvres. “Ici, précise Comolli, les germes de la contradiction sociale sont présents en même temps et au même endroit”.

Il faut malgré tout souligner que ce carnet de bord de l’élection municipale à Marseille est tout à fait cruel pour le Parti socialiste, mais il ne peut rien dire du comportement de la droite. Celle-ci ne discute pas et n’ouvre pas ses pratiques à l’œil de la caméra.

Ce film n’est ni misérabiliste ni défaitiste : il s’en dégage un potentiel de combat et une énergie qui rappellent, de loin en loin, la première Marche des Beurs, il y a exactement vingt ans, le 26 novembre 1983. Il faut espérer que l’initiative “Donnons-nous des couleurs ! Pour une représentation politique des citoyens dans leur diversité”(voir notre chronique) à laquelle la sortie du film sert de coup d’envoi saura transmettre cette énergie et la complexité du débat.

Chérifa Benabdessadok
[01/12/2003]

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