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[Algérie] Les jardiniers de la rue des Martyrs
Arte - lundi 10 février 2003 à 22h45
Dans les jardins ouvriers, des hommes âgés en majorité à la retraite cultivent leur petit lopin de terre sous le soleil clément du nord de la France.

A l'occasion de l'année de l'Algérie en France, les télévisions publiques programment une série de documents inédits. Du 10 au 19 février 2003, Arte nous propose ainsi une programmation spéciale Algérie, avec Pacification en Algérie, un documentaire d'André Gazut en deux parties, La guerre sans images, de Mohamed Soudani, avec le photographe Michaël von Graffenried, et Les jardiniers de la rue des martyrs, de Leïla Habchi et Benoît Prin. Ce documentaire de 90 mn, diffusé le lundi 10 février à 22h 45 dans Grand format , nous livre une galerie de portraits magnifiques de retraités algériens qui reviennent sur leurs parcours, sur un ton mélancolique et apaisé.

Dans les jardins ouvriers à la lisière du quartier du Pont-Rompu à Tourcoing, des hommes âgés en majorité à la retraite cultivent leur petit lopin de terre sous le soleil clément du nord de la France. Il y a d'un côté les Français, de l'autre les Arabes. Avant eux, il y avait les Belges. "Avec eux, c'était pareil, on comprenait rien à ce qu'ils disaient !".
Roger, le président de la section, 71 ans, ouvre et ferme les robinets les jours d'arrosage. Le point d'eau dans l'allée principale est le lieu de rassemblement obligé. "Ils prennent toute l'eau", grommelle l'un. Roger, affable et le sourire un brin énigmatique, assure que tout le monde a accès à cette denrée précieuse, sans distinction. "Le jardin ouvrier, c'est la qualité, pas la quantité", dit-il, l'oeil malicieux rivé sur les grosses patates "bonnes pour les vaches". En contre-point, la caméra de Leïla Habchi et Benoît Prin nous donne à voir l'abondante production potagère des jardiniers arabes comme pour signifier que la misère n'est pas loin. Après une longue vie de labeur dans les mines ou le textile, les mains de ces hommes étonnamment alertes occupent leur passe-temps de retraités à travailler la terre pour un complément de nourriture familiale.

Si la réconciliation avec les Français semble aléatoire, les arabes, entre eux, prennent le temps de se parler. Les réalisateurs, qui pourraient être leurs enfants, filment avec pudeur ces anciens qui sortent progressivement de leur réserve. Ils évoquent, parfois avec un zeste d'humour et d'auto-dérision, un passé marqué par la guerre et une liaison sur le mode "je t'aime moi non plus" avec la France, livrant une mémoire multiple qui leur permet de dépasser les combats fratricides d'autrefois. Anciens combattants de la guerre 39-45, ex-militants du FLN et Harkis se côtoient dans l'enclos des jardins, s'échangent leurs souvenirs personnels avec une éloquence plus ou moins volubile, reconstituant ainsi une mémoire commune aux dépends d'une colonisation honnie qui a fait d'eux des "indigènes". Puis ils sont devenus des "immigrés". Ils pensaient vite repartir, ils sont toujours là, attristés par la "deuxième guerre" au pays et ses massacres commis au nom de "l'Islam moderne", ironise l'un. Musulmans tranquilles, leur parole est posée, digne, comme apaisée. Pour autant, elle recèle une mine d'expériences et une conscience de soi insoupçonnées. "Un vieux qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle", dit-on en Afrique. Ces vieux-là semblent avoir encore tant de choses à nous dire, mais leurs portraits respirent heureusement une grande vitalité. Regardons-les et écoutons.

Mogniss H. Abdallah, agence IM'média
[01/02/2003]

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