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[ailleurs] Dépaysement garanti
Quelques évasions insolites
L’été “a beau pas être beau”, on peut toujours trouver abri contre les désordres atmosphériques dans les salles obscures, havres climatisés qui nous offrent des ailleurs dépaysants. De façon plus aventureuse et à deux pas de chez soi, on peut aussi faire des découvertes ou réparer des oublis. Nous vous proposons ainsi quelques évasions insolites. Vers l’Algérie avec Délice Paloma de Nadir Moknèche, vers l’Iran avec Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, vers l’Argentine avec El Camino de San Diego de Carlos Sorin et La Léon de Santiago Othégui, vers l’Amérique profonde avec Old Joy de Kelly Reichardt et même effectuer un retour au bercail avec 2 days in Paris de Julie Delpy.

Délice Paloma
Biyouna © Les Films du Losange

Délice Paloma, film algérien de Nadir Moknèche
Ce film est une friandise beaucoup plus acidulée que le sorbet au jasmin, spécialité du glacier “La fleur du jour” qui lui donne son titre. On en attendait pas moins du troisième film du jeune réalisateur iconoclaste (après Le harem de Madame Osmane et Viva Laldjérie). Avec sa complice Biyouna irrésistible diva de la télé et des cabarets algérois, il est l’unique représentant de la movida à l’algèrienne. Madame Aldjéria (sic !) aidée de quelques comparses, se pose en bienfaitrice de l’humanité. A coups de filatures, chantages, extorsion de fonds, prostitution et autres gaillardises, elle travaille pour “sa” bonne cause. Œuvrer à la prospérité des siens et surtout réaliser un rêve d’enfance. Dans l’Algérie affairiste des années 90, tout est possible, même de s’emparer d’un bâtiment public et patrimonial (les thermes de Caracalla) pour l’exploiter à des fins personnelles). Suffit d’un peu d’entregent et de bien jouer de “la chipa” (pot de vin). L’aventure se terminera derrière les barreaux, mais la leçon du film n’est pas là. Si le bonheur est à portée de la main, il est dans la tolérance et la diversité.

Persepolis
© Diaphana Films

Persépolis, film iranien d’animation de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
Une bédé à succès (400 000 exemplaires vendus pour la version française), fait un énorme carton à l’écran, tout en restant une bédé. Les stars à l’affiche (Catherine Deneuve, Danielle Darrieux, Chiara Mastroiani, Simon Abkarian) ne faisant que prêter leur voix. Une fillette de la bonne bourgeoisie iranienne entre en rébellion contre toutes les oppressions qui se succèdent à la tête du pays. Avec ses sympathies libertaires, féministes et communistes, elle met la même détermination à combattre le régime du Sha que celui des ayatollahs. Ce n’est pas tout, d’autres vont en prendre pour leur grade. Une escapade en Autriche pour fuir les persécutions et favoriser l’émancipation de l’adolescente, montre l’envers d’un décor surestimé. L’Occident, n’est pas forcément un pays de cocagne. Un bouquet de gags irrésistibles et vengeurs dans un graphisme qui mêle épure et arabesque, réalisme et poésie et affirme fièrement que l’on peut malgré tout être persane.


© DR

El camino de San Diego, film argentin de Carlos Sorin
Au temps de sa splendeur, et même un peu après, le footballeur Diégo Maradona fut l’idole de l’Argentine et par delà de toute l’Amérique latine. Imaginez la stupeur et la ferveur du jeune Tati Bénitez, bûcheron de son état quand il découvre, mis à jour par l’orage, une racine à l’effigie de son joueur favori. D’autant que les nouvelles du champion ne sont pas bonnes. Maradona est au plus mal derrière les murs d’une clinique de la capitale. Tati prend sa statue à son cou et quitte sa région de la forêt de Misiones pour Buenos Aires. S’en suit un pèlerinage en forme de road movie qui n’est pas une satire du comportement des “tifosis” locaux, mais plutôt un hymne chaleureux au bonheur des simples, à la solidarité des humbles. Pour tout dire une leçon d’humanité.


© MK2 Diffusion

La Leon, film argentin de Santiago Othéguy
Malgré un environnement économique en chute libre, le cinéma argentin, sorti de la chape de plomb de la dictature, n’en finit pas de marquer des points. Depuis quelques années, la liste des nouveaux talents s’allonge (Adrian Caétano, Lucrecia Martel, Pablo Trapero...) alors que déjà d’autres révélations se font jour. Avec ce premier long-métrage, d’une profonde originalité, Santiago Othéguy fait plus que retenir l’attention. Dans la touffeur de l’estuaire du fleuve Parana que rend plus évident l’usage d’un implacable noir et blanc, vit une population miséreuse et clairsemée, plus aquatique que terrestre. Les sédentaires sur leurs lopins à la dérive pèchent, coupent des roseaux, jouent au football ou fréquentent le bar. Ils redoutent la concurrence des immigrés dans le partage des maigres ressources. Le climat est malsain et propice à l’exploitation de toutes les haines. Le lien entre ces hommes pourrait être El Leon, le bateau itinérant d’El Turu (Daniel Valenzuela) mais celui- ci, pour sauvegarder son pouvoir, cherche plutôt à envenimer les rivalités. Seul Alvaro (Jorge Roman) qui cultive ses jardins secrets serait en mesure de résister. Entre les deux personnalités que tout oppose, force brute de l’un, goût des livres, de la convivialité et attirance homosexuelle de l’autre, les pulsions vont se déchaîner. Une atmosphère oppressante et glauque qui littéralement coupe le souffle.


© Epicentre Films

Old joy, film américain de Kelly Reichardt
Deux copains, Mark et Kurt, perdus de vue, entreprennent de façon nonchalante et apparemment sans motif décisif, un week-end de randonnée dans une forêt de l’Oregon. Au bout d’un vivifiant périple végétal, il y a comme finalité, des sources en ébullition, autrefois exploitées. Beaucoup plus qu’une sorte de jacuzzi naturel, la balade va offrir un parcours initiatique dopé à la chlorophyle, un bain de jouvence, un retour aux sources. En effet au départ, ils ne vont pas si bien que ça, sans doute taraudés par la nostalgie qui mesure trop bien l’usure du temps qui passe et dévaste. Mark (Daniel London), va céder au conformisme et devenir époux et père. Kurt (Will Oldham) est resté dans une marginalité de façade avec sa physionomie et sa silhouette de vieil ado rock and folk. L’excursion va se transformer en une sorte d’incursion au paradis terrestre après quoi rien ne sera plus pareil. Ce film de Kelly Richardt, qui fut l’assistante de Hal Hartley, nous transporte dans une atmosphère à la Jim Harrisson. Entre conversations (rares) et silences (assourdissants), c’est une bouleversante élégie où s’immisce le léger frémissement de l’espérance. A coup sûr le film le plus revigorant pour un été pourri.


© Rezo Films

2 days in Paris, film français de Julie Delpy
Et pour achever le périple, on peut aussi découvrir Paris avec d’autres yeux. Ceux d’un couple franco-américain en voyage éclair dans la capitale. Lui (Adam Goldberg), designer, effectue son premier séjour dans la capitale avec un solide bagage de préjugés. Elle (Julie Delpy, la réalisatrice), photographe, retrouve avec émotion et dépit, les travers qu’elle a fui, intacts dans sa petite famille comme dans son bon vieux pays. Le film parfois désopilant (surtout dans sa première partie), enfile les clichés et les caricatures. Parfois comme des perles.

André Videau
[28/08/2007]

Mots-clés : ailleurs, cinéma
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