De 1789 à 1965 : Les
textes fondateurs
Article 1er de la Déclaration des Droits de lHomme et du Citoyen
du 26 août 1789 : Les hommes naissent et demeurent libres et
égaux en droits. Le principe de non-discrimination est directement
issu du principe dégalité qui fut solennellement affirmé
dés la révolution française comme la base fondamentale
de tout régime démocratique.
Suite à la seconde guerre mondiale et à la barbarie du régime
nazi, la communauté internationale a mis en place les premiers instruments
normatifs et institutionnels du droit international des Droits de l'Homme.
Ils condamnent toute distinction fondée sur lorigine réelle
ou supposée des individus (Déclaration universelle des Droits
de l'Homme de 1948, Convention européenne de sauvegarde des Droits de
l'Homme et des Libertés Fondamentales de 1950, Convention OIT C111 relative
à la discrimination en matière professionnelle de 1958).
En France, le préambule de la constitution de la 4ème République
(1946) stipule que le peuple français proclame à
nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni
de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés.
La Constitution de la 5ème République (1958) proclame
solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la
souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis
par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée
par le préambule de la Constitution de 1946. Ces 2 textes fondateurs
ont donc aujourdhui encore valeur constitutionnelle.
Le 21 décembre 1965, les NationsUnies vont adopter la Convention
internationale pour lélimination de toutes les formes de discrimination
raciale. Premier texte international à traiter spécifiquement
de cette question, elle oblige les Etats signataires à poursuivre
par tous les moyens appropriés et sans retard une politique tendant à
éliminer toute forme de discrimination raciale et à favoriser
l'entente entre toutes les races.
De 1965 à 1995 : Les
lois françaises contre le racisme
Ces trois décennies sont marquées par le vote des principaux
textes français prohibant la discrimination raciale mais aucun dispositif
institutionnel spécifique nest alors mis en place. Ainsi, lentrée
en vigueur en France de la Convention a été suivie par ladoption,
le 1er juillet 1972, de la loi Pleven relative à la lutte contre
le racisme. Elle instaure une répression aggravée pour les propos
à caractère raciste et créé linfraction pénale
de discrimination raciale.
En 1978, la loi Informatique et Libertés qui crée
la Commission nationale Informatique et Liberté (CNIL) interdit la mention
dans un fichier manuel ou informatisé de certaines données nominatives
considérées comme sensibles, dont les origines raciales,
les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou les appartenances
syndicales des personnes.
Soucieux de mieux protéger les personnes victimes de discrimination
dans le cadre de la vie professionnelle, la loi Auroux du 4 août
1982 intègre dans le Code du travail un nouvel article L122-45 qui prohibe
la sanction ou le licenciement dun salarié fondé sur son
origine, son appartenance à une ethnie, une nation ou une race,
et la loi Le Pors portant droits et obligations des fonctionnaires
du 13 juillet 1983 rappelle expressément l'interdiction de faire des
distinctions entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions [...]
ou de leur appartenance ethnique.
En 1990, la loi Gayssot tendant à réprimer tout acte
raciste, antisémite ou xénophobe prohibe les propos révisionnistes
et/ou négationnistes et crée des peines complémentaires
applicables au délit de discrimination raciale. De plus, elle officialise
la Commission nationale consultative de Droits de lHomme (CNCDH) et lui
confie la mission de remettre le 21 mars de chaque année un rapport au
Gouvernement sur La lutte contre le racisme et la xénophobie
qui fait le bilan de la situation française et de ses évolutions.
Le 21 mars est la date retenue par lONU pour la Journée internationale
pour lélimination de la discrimination raciale, en souvenir
des 69 personnes tuées par la police au cours de manifestations pacifiques
contre lApartheid, le 21 mars 1960 à Sharpeville (Afrique du Sud).
De 1995 à 2003 : la relance
et la consolidation du dispositif ?
En octobre 1998, le Haut-Conseil à lIntégration remet
au Premier ministre un rapport intitulé Lutte contre les discriminations
: faire respecter le principe d'égalité qui constate que
le nombre de condamnations prononcées reste très faible par rapport
à limportance réelle au quotidien des comportements discriminatoires.
Pour que les victimes soient réellement et efficacement protégées,
il préconise que les pouvoirs publics engagent une politique volontariste
et crée une autorité chargée de laccompagnement des
victimes.
En mars 1999 est publié un rapport du conseiller dEtat J-M Bélorgey
intitulé Lutter contre les discriminations, Rapport à madame
la Ministre de lEmploi et de la Solidarité. Il se penche
spécifiquement sur les stratégies institutionnelles et normatives
permettant de lutter contre les discriminations raciales, et préconise
la création dune autorité indépendante chargée
du traitement individualisé des dossiers et de la formulation de propositions
dactions.
Au cours de lannée 1999, le gouvernement met en place les Commissions
départementales daccès à la citoyenneté (Codac)
chargées de promouvoir localement le droit à lintégration
et la lutte contre les discriminations, et le Groupe détude
sur les discriminations (Ged), un groupement dintérêt
public chargé danalyser les phénomènes discriminatoires
et de formuler des propositions.
Suite aux Assises de la Citoyenneté et de la lutte contre les discriminations
qui se sont tenus le 18 mars 2000 à Paris, le Ministère de lEmploi
et de la Solidarité crée un numéro vert pour les personnes
témoins ou victimes de discrimination raciale : le 114. Opérationnel
depuis le 16 mai 2000, sa gestion a été confiée au Ged
qui est alors renommé Groupe détude et de lutte contre
les discriminations (Geld). Le traitement local des appels reçus
au 114 est confié aux Codac.
La même année, le Conseil de lUnion européenne adopte
la directive communautaire 2000/43/CE du 29 juin 2000 relative à la mise
en oeuvre du principe de l'égalité de traitement entre les personnes
sans distinction de race ou d'origine ethnique. Elle définit la notion
de discrimination et prévoit une nouvelle répartition de la
charge de la preuve en matière civile au profit des victimes. Elle
doit être transposée par les Etats membres avant juillet 2003.
La loi relative à la lutte contre les discriminations du 16 novembre
2001 procède à une réforme en profondeur du dispositif
français : elle étend le domaine de la discrimination prohibée,
elle instaure une nouvelle répartition de la charge de la preuve devant
les Prudhommes, elle confère aux syndicats et aux associations
le droit dagir en justice, elle augmente les pouvoirs denquête
de linspection du travail, elle renforce la protection des fonctionnaires,
etc. Elle est complétée en 2002 par la loi de modernisation
sociale qui répartit la charge de la preuve civile de la discrimination
en matière daccès au logement et prohibe, dans le Code pénal
et le Code du travail, le harcèlement moral.
Liens utiles
- Historique
du dispositif de lutte contre la discrimination raciale (Geld) 
- Textes français
et internationaux
de référence sur la lutte contre le racisme et les discriminations
(La documentation Française) 