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[musiques du monde] Festival Métissons
Les 29 & 30 juillet à Marseille
À la charnière des mois symboles de vacances, Métissons s’habille aux couleurs de l’Espagne pour sa huitième édition. Des racines andalouses aux grands poètes de la liberté, du flamenco aux métissages qui font sa renommée, le programme promet émotions et passion. Mais ce qui rend surtout le festival bien différent des autres, c’est la convivialité de son espace d’expression propice aux échanges. Métissons est aussi un forum de débats et relaie cette année l’opération d’Action mondiale contre la pauvreté “2005 : Plus d’excuse !”
Dans un festival ouvertement militant, porte-parole des déshérités
en bute à larrogance des puissants, qui mieux que Paco Ibañez
peut incarner la résistance à la violence instituée ? Ce
fils de militants anarchistes exilés à Perpignan en 1948, a cultivé
la poésie comme un baume. Pour soigner les esprits épris de liberté,
victimes des politiques danéantissement mises en uvre par
le pouvoir franquiste, il a roulé comme les vagues les mots des grands
poètes : Luis de Góngora, Federico García Lorca, Rafael
Albertí
Sans autre effet que son timbre de voix, chaud comme les
larmes, il a su incarner la lutte de tout un peuple contre la dictature. Et
au-delà, celle de ses compagnons argentins, chiliens, réunis dans
le petit cercle dartistes exilés politiques hispanophones du Montparnasse
des années 1970. Même sil est retourné vivre parmi
les siens, dans une Espagne heureusement ramenée à la démocratie,
la personnalité de Paco Ibañez, qui porte ses 70 ans avec beaucoup
dallure, a laissé une marque indélébile sur la chanson
française. Dans la ferveur des curs battants, ses rares prestations
publiques sont la promesse de frissons au diapason des belles âmes.

Autre moment de choix, considérant la rareté relative de leurs
tournées françaises, le concert de Radio Tarifa mérite
aussi quon sy arrête. Ce groupe incarne, en effet, la génération
qui a redonné sa place à lEspagne dans le concert des nations
libres. Formé à Madrid en 1990, il est le résultat de la
rencontre entre trois individus dune grande créativité :
le guitariste percussionniste espagnol Fain S. Duenas, le chanteur flamenco
Benjamin Escoriza et le Français Vincent Molino spécialiste des
instruments à vent médiévaux (flûtes traversières
en bois, nay, hautbois du Poitou, cromorne de la Renaissance...). Entouré
dun ensemble à géométrie variable, le trio a su élaborer
un style sans équivalent, mêlant rock, flamenco, maqâm et
motet, sous-tendu par une conception très pertinente des racines de la
musique européenne.

En France et en Espagne, on a essayé de jeter hors du territoire
qui se trouve au sud de l'Europe tous les éléments culturels hérités
des Arabes et de la Méditerranée, explique Fain S. Duenas.
Mais c'est comme si notre culture avait été amputée
dun bras et dune jambe. Pour nous, il est essentiel de retrouver
cette partie perdue de notre culture. Les quarts de ton des mélodies
d'Oum Kalsoum, par exemple, existaient déjà dans la musique des
Romains, qui avait 24 tons et des gammes tout à fait semblables à
celles que l'on utilise au Moyen-Orient. Il nous semble que la musique orientale
est directement héritée des Romains. Si aujourd'hui, on écoutait
un ensemble de musique romaine, on aurait l'impression que c'est de la musique
syrienne ou égyptienne. Il y a un vrai problème actuellement dans
nos sociétés dEurope de lOuest : la référence
à une musique arabe empêche de voir d'où elle vient. Ce
blocage culturel provient d'une politique européenne à sens unique
menée pendant des siècles.

Les préjugés qui ont nourri les champs de bataille européens
par le passé ont la vie dure et toute initiative, si modeste soit-elle,
en faveur du rapprochement, de léchange culturel mérite
dêtre encouragée. Cati Antonelli, la directrice du festival
Métissons, en est intimement persuadée. À ses yeux, laménagement
despaces de convivialité dans lagréable cadre du parc
François Billoux, surplombant le port de commerce à lOuest
de la ville, tient une importance primordiale. Le Village associatif réunit
tous les membres du Collectif Métissons. Quil sagisse de
libraires différents, dun disquaire éclairé, dassociations
de quartier pour la promotion de la culture berbère ou dorganismes
faisant partie de grands réseaux comme Amnesty International, Artisans
du monde, Greenpeace ou SOS Racisme, toutes ces structures soutiennent laventure
Métissons. Latelier décriture initié en 2004
par lassociation marseillaise Cris Écrits a si bien fonctionné
quil se poursuit cette année autour de la thématique 2005.
Également au programme, une rencontre littéraire, L'Espagne
d'aujourd'hui sous le regard de deux écrivains : Francisco Casavella
et Jose Manuel Fajardo. Mais le thème essentiel soulevé
lors de cette huitième édition de Métissons concerne lannulation
de la dette et la lutte contre la pauvreté. Deux débats sont organisés
avec le concours du Comité pour lAnnulation de la Dette du Tiers
Monde (CADTM France). Dans le cadre de lAction mondiale contre la pauvreté,
Métissons sassocie également à la coalition 2005
plus dexcuses afin de mobiliser les consciences et dinterpeller
les dirigeants pour quils prennent des mesures concrètes visant
à éradiquer lextrême pauvreté.
François Bensignor
[15/07/2005]
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