
À une époque où obtenir un visa pour un artiste africain
est devenu une gageure, alors que le concept de francophonie sest
partiellement vidé de son sens culturel dans notre pays, courageusement
le festival limousin tente de poursuivre son uvre. La morosité
du contexte lui a pourtant fait perdre des couleurs... Hier encore principal
lieu de découverte de la création africaine en matière
darts de la scène, on y verra cette année peu de spectacles
issus du continent.
Dans ces conditions, pas question de bouder la première française
de Carmen Falinga Awa, ambitieuse fresque alliant danse, théâtre
et musique chorégraphiée et mise en scène par Irène
Tassembedo. Fort digne dintérêt également, ladaptation
française de Sozaboy, uvre dramatique du Nigérian
Ken Saro Wiwa. Autre création africaine particulièrement intrigante,
Shift
Center, du chorégraphe kenyan Opiyo Okach, promet
de brouiller les limites habituelles de lespace investi par les artistes
et le public.
Pour la deuxième année, les Rencontres de la Villette Hors les
Murs vont faire bouger Limoge. Étendards hip-hop (avec le groupe Sofaa
de Ouagadougou) et slam (avec les Parisiens de Bouchazoreillslam) brandis,
elles présentent un plateau de quatre compagnies hip-hop et trois pièces
de théâtre, dont une intéressante création franco-malienne
et une série de sketches, musique et danse subversifs en
provenance dHaïti. Sans oublier les nécessaires ateliers,
projections, débats, etc.
Côté musique, le lieu convivial du Zèbre propose sept spectacles.
À ne pas manquer, le nouveau répertoire très original du
Béninois Julien Jacob, imprégné de ses expériences
françaises. Toujours pleine de la résonance des pierres et des
vagues, la voix du Malgache Bordelais Erick Manana et son ensemble sont toujours
tout à fait recommandables. Le trio franco-sénégalo-suisse
Buru a su aussi créer un son bien à lui, où le saxo se
mêle à la guitare mandingue. LIvoirien Baba Touré
frappe le djembé en maître tambour, entraînant son ensemble
Attougblan en une apothéose de percussions. Née en France, la
chanteuse Norig épouse les musiques dEurope de lEst.Nourri
aux traditions splendides de sa région natale, le Banat, le jeune quatuor
roumain Banatica ira aussi porter lémotion des clarinettes et du
cybalum dans sept salles des environs. Quant aux Suisses de Stimmhorn, ils opèrent
un saisissant rapprochement entre le cor des Alpes et les techniques vocales
mongoles. Souhaitons que les Francophonies continuent à promouvoir ces
créations originales et métissées qui donnent un sens à
lespace francophone.