
Consacré aux musiques africaines, le festival Africolor sest toujours
bien gardé de lécueil communautariste. Dès les premières
éditions, le souci de son directeur artistique, Philippe Conrath, était
le mélange des populations. Le pari fut dabord réussi avec
la nuit de Noël malienne. Le public malien y a trouvé une reconnaissance
de sa culture et a vu sa citoyenneté confortée. Le public français
la vécue comme une alternative bienvenue au rituel consumériste,
faisant lexpérience de la chaleur familiale de voisins dont il
pouvait goûter la culture musicale dans sa réalité, mille
fois plus vivifiante que tout folklore de mode. Le succès sest
prolongé avec la Fête Kaf réunionnaise,
qui a donné des ailes à la carrière de Danyel Waro, de
retour cette année après une série de concerts en Chine
et sa rencontre explosive avec le public marocain du festival Gnaoua dEssaouira.
Place aux jeunes !
Africolor a toujours programmé des artistes africains qui
vivent dans leur pays et dautres qui ont une carte de séjour en
France. La suite logique, cest de programmer des artistes nés en
France et qui développent les musiques africaines, explique Philippe
Conrath. Depuis deux ou trois ans, jai constaté une poussée
très forte dartistes français qui jouent les musiques et
les instruments dAfrique, explique Philippe Conrath. Jai
voulu présenter ces jeunes musiciens qui, au lieu daller apprendre
la musique au conservatoire, vont travailler au Mali, au Sénégal,
à la Réunion

Les soirées consacrées à ces jeunes artistes ont été
baptisées Parasitage. Au cours des mêmes soirées
sont programmés des artistes dorigine africaine, nés ou
grandis en France, qui simprègnent des musiques qui les ont bercées
et vont re-explorer la tradition de leurs parents. En mettant léclairage
sur ce phénomène, on voit bien quen termes dintégration,
de métissage, les gens ont déjà pris beaucoup davance.
Ils se posent les questions différemment, remarque Philippe
Conrath.
Le 26 novembre à Saint-Ouen, Mains duvres, propose lafrobeat
rap de Fanga (Montpellier) et la danse fusion de Kankélé
(Paris), ainsi que les Camerounais Kristo Numpuby, compositeur prolifique
spécialiste des rythmiques assiko, et Muntu Valdo,
dont la voix ne laisse personne insensible.
Le 6 décembre à Montreuil, le Théâtre Berthelot accueille
lafricanroll dAfrica Combo (Valence) et le néo-maloya
des VontNusPieds (Nantes), ainsi que le Comorien Mikidache, qui
sest déjà attaché le public anglais, et Tibô
Evora, qui sinspire avec bonheur de ses racines capverdiennes.
Rendez-vous des Afriques
De nombreux artistes venus dAfrique sont encore à découvrir
au programme dAfricolor 2005. Je continue à me battre
pour obtenir des visas et à défendre la libre circulation des
artistes, explique Philippe Conrath. De ce point de vue, les contraintes
sont de plus en plus ahurissantes : dans certains pays, les ambassades vont
jusquà demander les extraits de casier judiciaire des artistes.
Tout est fait pour dissuader.

Les amateurs de mélodies de lOcéan Indien auraient tort
de manquer la venue exceptionnelle de la star des Comores, Zaïnaba
(25/11 Le Bourget).On pourra apprécier aussi les traditions dAfrique
Australe avec le Sud Africain Dizu Plaatjies et sa troupe (3/12 Saint-Denis).
Ou succomber aux charmes de la nouvelle sensation capverdienne, Mayra Andrade
(9/12 Epinay-sur-Seine). LAngolais Lulendo nous donne rendez-vous
pour son retour très attendu (9/12 Montreuil). Quant au bassiste camerounais
Etienne Mbappé, très demandé en studio, il jouera
ses propres compositions (16/12 Aulnay-sous-Bois).

Créations
Cest devenu une tradition, Africolor est toujours laboutissement
de rencontres créatives entre musiciens de cultures différentes.
Emblématique du genre, Sur le Fil est une création
bâtie à Bamako sur les sonorités de cordes parentes par
le violoncelliste de jazz Vincent Courtois et le trio du Malien Zoumana
Téréta, virtuose du petit violon traditionnel so kou (2/12
Saint-Denis). Dautres créations sannoncent savoureuses. La
rencontre au sommet entre Adama Dramé, djemfola incontournable,
et Jean-Philippe Rykiel, magicien des synthés uvrant depuis
un quart de siècle à laventure des musiques africaines modernes
(30/11 Le Pré Saint Gervais). Namou permettra au trio breton
KEJ de remplacer les samples enregistrés au Mali pour nourrir
sa musique par le djembé de Mare Sanogo, le dozon ngoni
dAmadou Diallo, la flûte peule et le chant de Yacouba
Moumouni (1/12 Stains). Pour la Fêt Kaf, le trio
du Réunionnais René Lacaille associera la musique
longtemps au forro du chanteur brésilien Valdir dos Santos
(17/12 Le Blanc-Mesnil).
Programme complet sur le site dAfricolor.