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[festival] Festival international du film des Droits de l'Homme
Du 22 au 28 mars 2006 au cinéma Action Christine Odéon (Paris)
Le 4ème Festival international du film des Droits de l’Homme confirme la tendance : les associations de solidarité internationale (Médecins sans frontières, Amnesty international, Terre des hommes…) s’engagent dans de lointaines contrées étrangères, mais aussi pour les droits humains à domicile. Les quarante documentaires de création, grands reportages ou programmes courts présentés, tournent autour de thèmes comme le rôle de l’Onu dans la prévention des conflits et le maintien de la paix, l’évolution des sociétés en Amérique latine, mais aussi autour de l’immigration et les menaces dont sont porteurs les projets “éducatifs” de certaines institutions, en France ou aux USA.

ET (Enfant de troupe)
ET, dans le langage courant, évoque un personnage extra-terrestre. Pour Bernard Richard, ces initiales désignent les enfants de troupe. Il sait de quoi il parle, et le raconte à la première personne, sans outrances, dans un documentaire réalisé en 2005 et présenté en avant-première. Pendant huit ans, il a été élève dans une école militaire préparatoire au métier des armes en France. Du temps des expéditions coloniales, son grand cauchemar était d’échouer aux examens et de se retrouver envoyé en Indochine ou en Algérie pour combattre ceux qu’on apprend à l’école à détester et à torturer, des “salauds de Viets” aux “fellouzes”. Il échappera finalement à la “pacification” en Algérie. Mais il aura vécu une “enfance interdite” dans un système éducatif militaire fermé sur lui-même, au sein duquel se manifeste un réel mépris de la société civile : “les civils, tous des gonzesses”, entend-on régulièrement. Or, au-delà de son expérience personnelle, Bernard Richard attire l’attention sur la prégnance, aujourd’hui encore, d’une culture élitiste d’extrême-droite dans ces “petits séminaires” formatant les enfants destinés à une carrière militaire.
Jean-Robert Viallet et Mathieu Verboud, eux, nous font découvrir dans Les Enfants perdus de Tranquility Bay (2005) un camp de redressement lié au fondamentalisme mormon où les enfants internés subissent violences physiques et lavage de cerveau. Certes, il ne s’agit pas de Guantanamo ou de la prison d’Abou Ghraïb, mais l’Irak n’est pas très loin. Ainsi, Occupation Dreamland, de Garrett Scott et Ian Olds (2005), relate le quotidien des jeunes soldats US, qui, au printemps 2004, partent à l’assaut de Fallouja.

Les sociétés civiles contre l’emprise de la peur
Dans un autre registre, Erling Borgen retrace dans l’Ambassadeur, le portrait de John Negroponte, l’ancien ambassadeur des États-Unis en Irak qui, selon la lauréate guatémaltèque du Nobel de la Paix, Rigoberta Menchu, a “porté la guerre et l’horreur dans toute l’Amérique latine”. Les organisations des droits de l’homme l’accusent d’avoir couvert notamment les escadrons de la mort au Honduras. Mais la lutte des sociétés civiles permet parfois d’entrevoir des lueurs d’espoir face à l’emprise de la peur : c’est le message de State of fear, de Pamela Yates et Paco de Onis (2005), qui s’intéresse à la formation de la commission “Vérité et Réconciliation” au Pérou.
En finir avec les guerres, civiles ou militaires, à Haïti, en Tchétchénie, au Darfour, en République démocratique du Congo ou au Libéria. Mais comment ? Tel pourrait être le leitmotiv de la programmation de cette quatrième édition du festival international des films des droits de l’homme, qui n’oublie pas que d’autres conflits - économiques, environnementaux ou sociétaux - guettent, poussant certains à émigrer.

Sur tous les fronts
L’immigration, qui permet à certains de continuer leur combat contre l’oppression sous toutes ses formes, telle Khadia Diallo, Sénégalaise, qui a fondé à Bruxelles le Groupement pour l’abolition des mutilations sexuelles féminines (Mon enfant, ma sœur, songe à la douleur, documentaire de Violaine de Villiers, 2005). Et bien que durablement installés, les héritiers de l’immigration se retrouvent confrontés à de nouveaux conflits, comme la controverse autour de l’affaire du foulard “islamique” (Un racisme à peine voilé, documentaire de Jérôme Host, 2004, retraçant les actions de l’association Une école pour tou-te-s). Ils doivent aussi se battre contre des discriminations sociales plus larges. Dans Réparation(s), un documentaire de Christine Vedel et Mahmoud Chokrollahi (2004), trois ouvriers syndicalistes racontent pourquoi, ils ont saisi le Tribunal des prud’hommes.
Décidément, ce festival est sur (presque) tous les fronts. Il espère aussi être repris en kit dans d’autres régions françaises, tandis que se consolide le Human Rights Film network, un réseau qui réunit une vingtaine de festivals similaires à travers le monde. En 2005, il s’est étendu au Burkina Fasso et aux Balkans, et devrait cette année s’installer à Bangui (République Centrafricaine) et à Lomé (Togo). Et dans un avenir proche, Alliance, l’association qui produit et organise le festival en France, ambitionne de lancer une chaîne de télévision dédiée aux droits humains.

Mogniss H. Abdallah
Agence IM'média
[20/03/2006]

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