À mille lieux de cette Kabylie rurale fantasmée souvent mise
à lhonneur dans les rencontres associatives qui réunissent
le public communautaire aux grandes dates anniversaires, comme la Fête
des Fleurs, le rendez-vous de la Cité de la Musique sadresse aux
forces vives. Sils gardent un lien fort avec leur culture, faisant de
la langue amazigh létendard de leurs chansons, les artistes de
ce programme incarnent une génération dont la vie et les préoccupations
se trouvent au cur de la société française. Lentrée
dans lâge adulte, ces créateurs ne lont pas vécue
en Algérie, mais dans le tourbillon des grandes villes de lHexagone,
où leurs parents nont eu de cesse de prendre leur place en contribuant
par leur dynamisme au progrès dune nation qui a parfois eu des
ratés dans sa bonne volonté affichée dintégration.

Takfarinas : un style flamboyant
Laîné dentre eux, Takfarinas, débarque
en France en 1979. Sil garde au cur une grande tendresse pour son
quartier de Tixeraïne, la ville kabyle sur les hauteurs dAlger, il
va se démarquer bien vite de la poésie folk chantée par
son grand frère Idir, qui lui donne sa chance en 1980, lui
proposant de faire la première partie de son concert à lOlympia.
Sur sa lancée, Tak (cest son surnom) ne tarde pas à
faire parler de lui brandissant son mandole électrique à double
manche (comme la guitare de McLaughlin dans le Mahavishnu Orchestra). Auteur,
compositeur prolifique, Takfarinas ne sinterdit aucun style : rock, reggae,
dance
Pourtant, malgré la grande variété de ses chansons,
il impose sa marque. Ses arrangements flamboyants, inattendus, ont inauguré
un nouveau style pour la chanson kabyle moderne, donnant bien des idées
à ses jeunes successeurs.

Iness Mezel : une promesse davenir
Dis-lui de ne jamais désespérer, tel est le sens
dIness Mezel, le nom choisi par deux surs aux origines kabyle, italienne
et française, pour le groupe débordant de charme quelles
fondèrent en 1995. Il savéra que ce bon vu était
promis à lune, lautre délaissant la scène pour
une vie moins agitée. De la chrysalide feutré où étincelait
lharmonie des deux voix sépanouit une parolière concernée,
déclarant un souverain attachement aux libertés de la femme. Avide
dautres musiques, elle musclait son groupe de phrasés jazz et de
rythmes entraînants. Et ses efforts se voyaient couronnés de succès,
lorsque les prix de meilleure chanteuse dAfrique et meilleure artiste
dAfrique du Nord lui étaient décernés lors des Koras
All Africa Music Awards 1998. Depuis, Iness Mezel a parcouru le monde entier.
Dans lécrin de lauditorium de la Cité de la musique,
la chanteuse et ses musiciens donneront généreusement un
peu de leur âme pour des idées de résistance.

Akli D : le Rebeus des bois
Abondante tignasse et corps puissant, Akli D se moque bien des allures
affectés des chanteurs de variété ou de raï. Le nom
de son ancien groupe, Les Rebeus des bois, était un pied de nez pour
valoir ce que de droit. Issu dune famille de musiciens, tout comme Takfarinas,
il a conquis son art à la manière des bateleurs de rue, au contact
direct avec son public. Pas de tricherie chez ce chanteur à la fibre
sensible derrière son apparence de bûcheron. Si son style est nourri
de poésie et de musique kabyles, il a tracé sa route à
contre courant de la copie conforme de ses aînés. Sa soif de connaître
la conduit en Californie, en quête de fusion rock et groove, puis
en Irlande, où il expérimenta lextraordinaire affinité
qui unit les traditions des musiques berbères et celtes. Avec son banjo
pour fidèle compagnon, Akli D fait de lart le sens de sa vie. Acteur,
compositeur, auteur et chef dorchestre, il insuffle à ses concerts
une telle force de conviction, quavec lui, on a envie de croire en lavenir.