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[musique] Chanteurs Kabyles
Du 7 au 9 avril à la Cité de la Musique (Paris)
Parrainé par Idir, l’indémodable, ce volet du programme de la Cité de la Musique consacré au concept de “métissages” propose l’image dynamique et progressive d’une musique kabyle qui évolue avec son temps. Loin de figer les traditions, Takfarinas, Iness Mezel et Akli D vivent au rythme de la modernité française, faisant sonner les guitares électriques et bousculant les immobilismes sociaux avec les mots de l’engagement.

À mille lieux de cette Kabylie rurale fantasmée souvent mise à l’honneur dans les rencontres associatives qui réunissent le public communautaire aux grandes dates anniversaires, comme la Fête des Fleurs, le rendez-vous de la Cité de la Musique s’adresse aux forces vives. S’ils gardent un lien fort avec leur culture, faisant de la langue amazigh l’étendard de leurs chansons, les artistes de ce programme incarnent une génération dont la vie et les préoccupations se trouvent au cœur de la société française. L’entrée dans l’âge adulte, ces créateurs ne l’ont pas vécue en Algérie, mais dans le tourbillon des grandes villes de l’Hexagone, où leurs parents n’ont eu de cesse de prendre leur place en contribuant par leur dynamisme au progrès d’une nation qui a parfois eu des ratés dans sa bonne volonté affichée d’intégration.

Takfarinas : un style flamboyant
L’aîné d’entre eux, Takfarinas, débarque en France en 1979. S’il garde au cœur une grande tendresse pour son quartier de Tixeraïne, la ville kabyle sur les hauteurs d’Alger, il va se démarquer bien vite de la poésie folk chantée par son “grand frère” Idir, qui lui donne sa chance en 1980, lui proposant de faire la première partie de son concert à l’Olympia. Sur sa lancée, Tak’ (c’est son surnom) ne tarde pas à faire parler de lui brandissant son mandole électrique à double manche (comme la guitare de McLaughlin dans le Mahavishnu Orchestra). Auteur, compositeur prolifique, Takfarinas ne s’interdit aucun style : rock, reggae, dance… Pourtant, malgré la grande variété de ses chansons, il impose sa marque. Ses arrangements flamboyants, inattendus, ont inauguré un nouveau style pour la chanson kabyle moderne, donnant bien des idées à ses jeunes successeurs.

Iness Mezel : une promesse d’avenir
“Dis-lui de ne jamais désespérer”, tel est le sens d’Iness Mezel, le nom choisi par deux sœurs aux origines kabyle, italienne et française, pour le groupe débordant de charme qu’elles fondèrent en 1995. Il s’avéra que ce bon vœu était promis à l’une, l’autre délaissant la scène pour une vie moins agitée. De la chrysalide feutré où étincelait l’harmonie des deux voix s’épanouit une parolière concernée, déclarant un souverain attachement aux libertés de la femme. Avide d’autres musiques, elle musclait son groupe de phrasés jazz et de rythmes entraînants. Et ses efforts se voyaient couronnés de succès, lorsque les prix de meilleure chanteuse d’Afrique et meilleure artiste d’Afrique du Nord lui étaient décernés lors des Koras All Africa Music Awards 1998. Depuis, Iness Mezel a parcouru le monde entier. Dans l’écrin de l’auditorium de la Cité de la musique, la chanteuse et ses musiciens donneront généreusement “un peu de leur âme pour des idées de résistance”.

Akli D : le “Rebeus des bois”
Abondante tignasse et corps puissant, Akli D se moque bien des allures affectés des chanteurs de variété ou de raï. Le nom de son ancien groupe, Les Rebeus des bois, était un pied de nez pour valoir ce que de droit. Issu d’une famille de musiciens, tout comme Takfarinas, il a conquis son art à la manière des bateleurs de rue, au contact direct avec son public. Pas de tricherie chez ce chanteur à la fibre sensible derrière son apparence de bûcheron. Si son style est nourri de poésie et de musique kabyles, il a tracé sa route à contre courant de la copie conforme de ses aînés. Sa soif de connaître l’a conduit en Californie, en quête de fusion rock et groove, puis en Irlande, où il expérimenta l’extraordinaire affinité qui unit les traditions des musiques berbères et celtes. Avec son banjo pour fidèle compagnon, Akli D fait de l’art le sens de sa vie. Acteur, compositeur, auteur et chef d’orchestre, il insuffle à ses concerts une telle force de conviction, qu’avec lui, on a envie de croire en l’avenir.

François Bensignor
[28/03/2006]

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