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[documentaire] Noirs, un documentaire d’Arnaud Ngatcha
Sur France 5 les 7 et 10 mai et sur France 3 le 12 mai
Le 10 mai 2006, la France commémore, pour la première fois de son histoire, l’abolition de l’esclavage. Dans le cadre de cet événement, France 3, France 5 et France Ô proposent une programmation spéciale du 5 au 13 mai. Noirs, l’identité au cœur de la question noire, très bon documentaire d’Arnaud Ngatcha, en fait partie.


Joseph Ndiaye, conservateur de la maison des esclaves sur l'ile de Gorée-Sénégal
Photo : Nathalie Guyon © France 5

“J’avais vécu sur un mythe d’être française et blanche.” Étonnante phrase dans la bouche d’une Noire, Maryse Condé en l’occurrence. La présidente du comité pour la mémoire de l’esclavage (voir notre chronique) s’exprime ainsi dans le documentaire d’Arnaud Ngatcha, Noirs, l’identité au cœur de la question noire, diffusé sur France 5 et France 3 à l'occasion de la première Journée de commémoration de l’esclavage. “En 2005, la question de l’esclavage est ressortie au sein de la communauté noire. Je me suis demandé, moi qui suis franco-camerounais, comment je me situais par rapport à cette histoire. L’idée de Noirs était née”, raconte l’auteur.

Histoire et identité
Le documentaire aborde l’histoire de l’esclavage mais aussi celle de la colonisation et de l’immigration africaine pour comprendre leur impact tant sur la construction identitaire des Noirs que sur leur représentation dans la société française. Arnaud Ngatcha illustre et affine sa réflexion à travers une série d’entretiens avec des personnalités aux sensibilités diverses, telles qu’Aimé Césaire, Christiane Taubira, Kofi Yamgnane ou encore Gaston Kelman, mais aussi avec des historiens et des anonymes, à travers des images d’archives et des documents récents.
L’histoire semble être au cœur de la construction identitaire. “La mémoire actuelle, chez les communautés issues de l’esclavage se vit encore sous le mode de la blessure”, déclare Jacky Dahomey, membre du haut Conseil à l’intégration. “On avait confiance en la France. Elle nous a déçus. (…) La France fait semblant d’oublier mais elle n’a pas oublié. C’est ce qui fait de la peine”, confie encore Ousmane Kasse, dans son habit de tirailleur sénégalais. Une fois encore, revient la nécessité de dire la vérité et de reconnaître les erreurs. “Qu’il s’agisse d’esclavage, de colonisation ou d’immigration, il faut prendre en compte ce passé pour que les descendants de ceux qui ont vécu cela, et qui sont aujourd’hui des citoyens français, puissent comprendre”, insiste l’auteur.


Ousmanee Kasse, tirailleur sénégalais
Photo : Nathalie Guyon © France 5

Une vision apaisée
Arnaud Ngatcha déroule aussi le fil chronologique de la revendication identitaire des Noirs de France. Récente, elle est marquée par deux dates symboliques. Le 23 mai 1998, 40 000 personnes défilent à Paris sous le slogan “Esclavage : crime contre l’humanité”. Serge Romana, président du comité du 23 mai raconte : “ce n’était pas une démarche de revendication mais d’apaisement. (…) Une société, une communauté, un groupe humain, un peuple ne peut pas vivre dignement si l’on n’honore pas ses morts”. Puis, vient le 10 mai 2001. La loi Taubira, qualifiant la traite négrière et l’esclavage de crimes contre l’humanité, est adoptée.
La grande qualité du documentaire d’Arnaud Ngatcha découle de sa capacité à dénoncer des stéréotypes tout en livrant une réflexion apaisée, loin de tout manichéisme, sur l’identité et la représentation des Noirs dans la société française. Ici, point de concurrence des mémoires, pas de stigmatisation ni de victimisation et encore moins de revanche à prendre. Juste après avoir déploré qu’il a fallu 150 ans pour que la France reconnaisse l’esclavage comme un crime contre l’humanité, l’auteur rappelle aussi, non sans fierté, que c’est le seul pays à avoir accompli cette démarche.


Arnaud Ngatcha et l'écrivaine Maryse Condé
Photo : Nathalie Guyon © France 5

Etre noir, aujourd’hui, en France
Au bout du compte, que signifie être noir, aujourd’hui, en France ? “Il n’y a pas de communauté noire. Une communauté peut être religieuse, philosophique, mais pas platement raciale. On a enfermé les noirs dans une communauté raciale, ce qui fait que beaucoup de Noirs croient aujourd’hui qu’ils sont frères avec tous les Noirs du monde entier”, estime pour sa part Gaston Kelman, écrivain et auteur du désormais fameux Je suis Noir et je n’aime pas le manioc (voir notre portrait). Pour lui, seule vaut la reconnaissance en tant qu’individu.
“C’est vrai qu’au bout du compte et bien qu’ayant en moi une part d’africanité, je ne revendique aucune reconnaissance en tant que descendant d’esclaves. En ce sens, je suis d’accord avec ce que dit Gaston. Mais il faut bien admettre qu’il a dix ans d’avance”, relativise Arnaud Ngatcha qui adhère à ce que Maryse Condé appelle “l’expérience vécue du Noir”. “On ne peut pas nier qu’aujourd’hui, en France, les Noirs, qu’il s’agisse d’Antillais ou d’Africains, doivent faire face aux discriminations et au racisme”, conclut l’auteur.

Maya Larguet
[06/05/2006]

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