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[festival] Festival Musiques Métisses
Du 24 au 28 mai, Ile de Bourgines, Angoulême
Pour sa 31ème édition, le festival confirme son ancrage dans une francophonie ouverte sur l’Afrique, comme en témoignent les grands noms de l’affiche : Cesaria Evora, Salif Keïta, Amadou et Mariam, etc. Bien implanté dans l’agglomération de la ville d’Angoulême, son champ d’action s’étend dorénavant à une dizaine de villes de la région, qui accueillent les artistes en résidence.

Traditionnellement programmé durant le long week-end de la Pentecôte, le festival angoumoisin se rabat cette année sur celui de l’Ascension. Effet positif : le temps fort qui se déroule sur l’île de Bourgines s’étend à cinq jours. C’est autant de gagné pour son public ouvert, divers et métissé qui, chaque année, prend plaisir à déambuler dans les allées du village de toile, d’une scène gratuite à l’autre, profitant des récents coups de cœur de Christian Mousset, infatigable programmateur globe-trotter.

Coups de cœur
Cette année, le directeur artistique a jeté son dévolu sur l’un des jeunes artistes les plus charismatiques de l’île Maurice : Lélou Menwar. Chanteur aux allures de rasta, Menwar (main noire) s’implique dans le combat pour la reconnaissance de l’identité créole, dans un pays où les nantis affichent un certain mépris à l’égard des descendants d’esclaves, bien qu’ils représentent près d’un tiers de la population. Son style, où les rythmes 6/8 du séga se mêlent aux chœurs africains, est baptisé “sagaï”. En février 2006, Christian Mousset est allé le rejoindre à Maurice afin de réaliser l’enregistrement de l’album Ay Ay Lolo, publié sur son label Marabi.
L’une des qualités qu’il faut reconnaître au directeur du festival, c’est sa fidélité à l’égard des artistes dont il a résolu de favoriser les débuts sur la scène internationale. Certains d’entre eux figurent dans la programmation 2006, et non des moindres : la Capverdienne Cesaria Evora et le Malien Salif Keïta. D’autres n’ont pas encore atteint la notoriété de leurs aînés, mais n’en possèdent pas moins les qualités artistiques requises pour poursuivre une belle carrière. Malouma, chanteuse mauritanienne à la voix envoûtante et à l’œil malicieux, en fait partie, de même que Nathalie Natiembé portant le maloya réunionnais à des sommets d’énergie poétique, ou encore le Malgache Rajery, époustouflant de feeling et de virtuosité sur sa harpe tubulaire valiha alors qu’il est privé de l’usage d’une main.

Artistes en résidence
Lélou Menwar fait partie des quatre groupes invités en résidence par Musiques Métisses. Présents en amont du festival dans certaines villes de la région Poitou-Charentes, dans le département de la Charente et l’agglomération d’Angoulême, les artistes consacrent l’essentiel de leur séjour à rencontrer des publics locaux. Des moments d’échanges, des ateliers ont lieu dans des établissements scolaires, des centres sociaux, des écoles de musique, MJC et autres associations, suivis par des concerts dans chaque ville partenaire. Les trois autres groupes en résidence sont les Guadeloupéens de Voukoum, les Malgaches de Naïnako et les Réunionnais de la Famille Lélé. En allant retrouver ces derniers, habitués de Musiques Métisses depuis l’époque où feu leur père Granmoun Lélé menait la danse, Christian Mousset a dû braver le chikungunya au pire moment de l’épidémie. Il en fut l’une des nombreuses victimes...

Francophonie
L’espace francophone, au sens large du terme, a toujours constitué un terrain privilégié pour la programmation de Musiques Métisses. Et c’est une francophonie illuminée de toutes ses différences linguistiques et culturelles qui s’exprimera cette année sur les scènes du festival. Une Francophonie dans laquelle le mahorais de Mikidache et le malinké de Ballaké Sissoko dialoguent sans complexe avec l’arabe de Malouma, l’amazigh d’Akli D ou le malgache de Malagasy All Stars. Une Francophonie où les racines antillaises et béninoises du Parisien Julien Jacob inventent de nouvelles formes de danse avec la musique profondément métisse de l’Ivoirienne Dobet Gnahoré qui chante en fon, malinké, baoulé, bété ou dida avec son groupe cosmopolite. Une francophonie dont la diversité est le meilleur atout pour l’avenir.

François Bensignor
[23/05/2006]

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