
Cest en scooter quon zigzaguera entre voitures et travaux du tram
pour rejoindre le Théâtre de la Sucrière au Parc François
Billoux, où Métissons a installé son port dattache
depuis trois ans. Il y a un siècle environ, les Italiens, dont lémigration
sétait poursuivie durant cinq décennies, représentaient
un cinquième de la population marseillaise, un peu moins dun quart
des 400 000 Italiens exilés en France étant concentrés
du côté de la cité de Pagnol et Raimu. Cest dire si
le focus Italie de Métissons devrait trouver un écho
dans la mémoire collective des Marseillais.
Marseille italienne
Bien quaujourdhui lintégration des Italiens semble
avoir plutôt réussi, elle ne sest pas faite sans heurts.
Dans les usines, sur les chantiers de Marseille et ses environs, la main duvre
italienne a été accusée de voler le pain des travailleurs
français. Les agressions à légard de ces étrangers
venus du pays voisin nétaient pas rares et certains dentre
eux y ont perdu la vie. Le temps aidant, la société française
a bien fini par intégrer ses immigrés économiques, choisis
ou pas, et les violences exercées sur les familles innocentes ny
auront rien changé... Voilà sans doute lune des leçons
dhistoire que ce programme 2006 nous incite à méditer. Et
il se pourrait bien que le thème soit esquissé dans les interventions
spontanées des spectateurs qui participeront pendant les deux soirées
aux ateliers décriture, cette année en français et
en italien, animés par la traductrice de Pirandello et de Pasolini, Margueritte
Pozzoli. Le 28 juillet, celle-ci proposera une rencontre littéraire agrémentée
de lectures de textes et dextraits de films autour du thème : La
gourmandise dans la littérature et le cinéma italiens.

Hommage à Léo Ferré. Au centre Gianmaria Testa - ©
DR
Poésie et polyphonie
La première des deux soirées musicales du festival sera ouverte
par Mystères, spectacle de la chanteuse Silvia Malagugini
avec la Compagnie Nonna Sima. Cest aux mystères du Moyen-Âge,
aux harmonies de la Renaissance, au mélange de loralité
avec les arts savants, aux influences musicales des cultures orientales de la
Méditerranée sur les musiques populaires italiennes que réfère
ce spectacle.
Il sera suivi par lHommage à Léo Ferré rendu par
le pianiste de jazz italien Roberto Cipelli. Sa rencontre fortuite avec luvre
de Ferré lui fit leffet dun coup de foudre. Ce que
jai découvert dans Ferré est si proche de ma façon
de voir le monde et la musique, explique-t-il, que jai pensé à
le partager en y associant des musiciens que jestime. Le chanteur
Gianmaria Testa portera les paroles du grand Léo et de poètes
italiens quil aimait : Cesare Pavese, Luigi Tenco. Il sera entouré
par la trompette inspirée de Paolo Fresu, la contrebasse de lItalien
Attilo Zanchi et la batterie du Français Philippe Garci.

Corou de Berra, ensemble vocal dirigé par Michel Bianco . © DR
Corou de Berra, ensemble vocal dirigé par Michel Bianco, démarrera
la deuxième soirée de musique avec son répertoire de chants
polyphoniques issu de travaux de collectages effectués dans larc
Sud des Alpes. Un spectacle qui met en évidence les cousinages culturels
qui reliant entre elles les provinces transfrontalières du Piedmont et
de la Provence, du Pays Niçois et de la Ligurie.
Rythmes et tarentelle
Virtuose du tambourin, Alfio Antico nous initie à lâpreté
mystique des montagnes de Sicile. Ses doigts sur la peau tendue rappellent le
martèlement des sabots dévalant vers la gorge. Le frissonnement
des cymbalettes évoque les cloches des brebis éparpillées
dans la montagne. La musique dAlfio Antico, berger autodidacte, fait ressurgir
la profondeur de la nature.

Alfio Antico - © DR
Avec son rite de possession pour la guérison des femmes piquées
par la tarentule, araignée quasi-mythique, la tarentelle a fasciné
les voyageurs depuis le XVIe siècle. Mais cest une musique dépoussiérée
de ses relents de sorcellerie quEugenio Bennato a rendu à la danse
populaire contemporaine avec Taranta Power. Il a fondé ce groupe à
la fin des années 1990, après trente ans dune carrière
largement consacrée à redonner un souffle neuf aux traditions
musicales italiennes, notamment au sein de la Nuova Compagnia de Canto Popolare
puis du groupe Musicanova.
Constatant limpact du rythme effréné de la tarentelle sur
son jeune public amateur de rave parties à la fin des années
1990, Eugenio Bennato a décidé de consacrer son travail à
cette tradition commune à toutes les régions du Sud de lItalie,
Sicile comprise. Son anthologie de la tarentelle, qui réunit les fruits
dun patient collectage auprès des anciens, a contribué à
la reconnaissance de certains tenants emblématiques de cette tradition.
Grâce à son action en profondeur, Eugenio Bennato est aujourdhui
le chef de file dune véritable école du renouveau
de la tarentelle.
Et cest avec lapothéose de cette danse quil qualifie
de libératoire et dionysiaque que lon commencera à
rêver des dix ans de Métissons.