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[festival] Métissons
Les 28 & 29 juillet 2006 au Théâtre de la Sucrière à Marseille
Le neuvième rendez-vous des “musiques et cultures des diasporas” est consacré à l’Italie. Pour l’occasion, Marseille danse la tarentelle du Mezzo Giorno, résonne des polyphonies du Piedmont et de Ligurie, tremble au déferlement des tambours de Sicile, et revisite le génie d’un chanteur amoureux de la Toscane, le regretté Léo Ferré.

C’est en scooter qu’on zigzaguera entre voitures et travaux du tram pour rejoindre le Théâtre de la Sucrière au Parc François Billoux, où Métissons a installé son port d’attache depuis trois ans. Il y a un siècle environ, les Italiens, dont l’émigration s’était poursuivie durant cinq décennies, représentaient un cinquième de la population marseillaise, un peu moins d’un quart des 400 000 Italiens exilés en France étant concentrés du côté de la cité de Pagnol et Raimu. C’est dire si le “focus Italie” de Métissons devrait trouver un écho dans la mémoire collective des Marseillais.

Marseille italienne
Bien qu’aujourd’hui l’intégration des Italiens semble avoir plutôt réussi, elle ne s’est pas faite sans heurts. Dans les usines, sur les chantiers de Marseille et ses environs, la main d’œuvre italienne a été accusée de “voler le pain des travailleurs français”. Les agressions à l’égard de ces étrangers venus du pays voisin n’étaient pas rares et certains d’entre eux y ont perdu la vie. Le temps aidant, la société française a bien fini par intégrer ses immigrés économiques, choisis ou pas, et les violences exercées sur les familles innocentes n’y auront rien changé... Voilà sans doute l’une des leçons d’histoire que ce programme 2006 nous incite à méditer. Et il se pourrait bien que le thème soit esquissé dans les interventions spontanées des spectateurs qui participeront pendant les deux soirées aux ateliers d’écriture, cette année en français et en italien, animés par la traductrice de Pirandello et de Pasolini, Margueritte Pozzoli. Le 28 juillet, celle-ci proposera une rencontre littéraire agrémentée de lectures de textes et d’extraits de films autour du thème : “La gourmandise dans la littérature et le cinéma italiens”.


Hommage à Léo Ferré. Au centre Gianmaria Testa - © DR

Poésie et polyphonie
La première des deux soirées musicales du festival sera ouverte par “Mystères”, spectacle de la chanteuse Silvia Malagugini avec la Compagnie Nonna Sima. C’est aux mystères du Moyen-Âge, aux harmonies de la Renaissance, au mélange de l’oralité avec les arts savants, aux influences musicales des cultures orientales de la Méditerranée sur les musiques populaires italiennes que réfère ce spectacle.
Il sera suivi par l’Hommage à Léo Ferré rendu par le pianiste de jazz italien Roberto Cipelli. Sa rencontre fortuite avec l’œuvre de Ferré lui fit l’effet d’un coup de foudre. “Ce que j’ai découvert dans Ferré est si proche de ma façon de voir le monde et la musique, explique-t-il, que j’ai pensé à le partager en y associant des musiciens que j’estime.” Le chanteur Gianmaria Testa portera les paroles du grand Léo et de poètes italiens qu’il aimait : Cesare Pavese, Luigi Tenco. Il sera entouré par la trompette inspirée de Paolo Fresu, la contrebasse de l’Italien Attilo Zanchi et la batterie du Français Philippe Garci.


Corou de Berra, ensemble vocal dirigé par Michel Bianco . © DR

Corou de Berra, ensemble vocal dirigé par Michel Bianco, démarrera la deuxième soirée de musique avec son répertoire de chants polyphoniques issu de travaux de collectages effectués dans l’arc Sud des Alpes. Un spectacle qui met en évidence les cousinages culturels qui reliant entre elles les provinces transfrontalières du Piedmont et de la Provence, du Pays Niçois et de la Ligurie.

Rythmes et tarentelle
Virtuose du tambourin, Alfio Antico nous initie à l’âpreté mystique des montagnes de Sicile. Ses doigts sur la peau tendue rappellent le martèlement des sabots dévalant vers la gorge. Le frissonnement des cymbalettes évoque les cloches des brebis éparpillées dans la montagne. La musique d’Alfio Antico, berger autodidacte, fait ressurgir la profondeur de la nature.


Alfio Antico - © DR

Avec son rite de possession pour la guérison des femmes piquées par la tarentule, araignée quasi-mythique, la tarentelle a fasciné les voyageurs depuis le XVIe siècle. Mais c’est une musique dépoussiérée de ses relents de sorcellerie qu’Eugenio Bennato a rendu à la danse populaire contemporaine avec Taranta Power. Il a fondé ce groupe à la fin des années 1990, après trente ans d’une carrière largement consacrée à redonner un souffle neuf aux traditions musicales italiennes, notamment au sein de la Nuova Compagnia de Canto Popolare puis du groupe Musicanova.

Constatant l’impact du rythme effréné de la tarentelle sur son jeune public amateur de “rave parties” à la fin des années 1990, Eugenio Bennato a décidé de consacrer son travail à cette tradition commune à toutes les régions du Sud de l’Italie, Sicile comprise. Son anthologie de la tarentelle, qui réunit les fruits d’un patient collectage auprès des anciens, a contribué à la reconnaissance de certains tenants emblématiques de cette tradition. Grâce à son action en profondeur, Eugenio Bennato est aujourd’hui le chef de file d’une véritable “école” du renouveau de la tarentelle.
Et c’est avec l’apothéose de cette danse qu’il qualifie de “libératoire et dionysiaque” que l’on commencera à rêver des dix ans de Métissons.

François Bensignor
[07/07/2006]

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