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[cinéma] Leçon d'histoire sur écran noir
Indigènes, un film de Rachid Bouchareb
Le dernier film de Rachid Bouchareb, Indigènes, sort sur les écrans le 27 septembre. Le film retrace le parcours de cinq soldats originaires d'Afrique du Nord qui, en 1943, rejoignent l'armée française pour libérer “la mère patrie” du joug de l'Allemagne nazie. En rendant hommage à ces anciens combattants, le réalisateur espère contribuer à rouvrir une page de l'histoire. Chronique du film et interview du réalisateur.


© Mars Distribution

Sami Bouajila, Roschdy Zem, Jamel Debbouze, Samy Nacéri et Bernard Blancan. Tous les cinq figurent au générique d'Indigènes, le dernier long-métrage de Rachid Bouchareb (voir notre portrait), et ont obtenu le prix collectif de la meilleure interprétation masculine au Festival de Cannes 2006. Le film, qui sort le 27 septembre, est donc a priori placé sous une bonne étoile. “Je m'attends à un succès”, assure même le réalisateur. Une confiance qui découle sans doute de la présence des têtes d'affiche mais certainement aussi de la thématique, très actuelle.

Un propos juste et intelligent
L'action débute en 1943. Pour combattre l'Allemagne nazie et libérer la France, 130 000 soldats d'Afrique du Nord, les “indigènes”, rejoignent l'armée française. Parmi eux, cinq hommes de la deuxième compagnie du régiment des tirailleurs algériens : le caporal Abdelkader (Sami Bouajila), Messaoud (Roschdy Zem), Saïd (Jamel Debbouze), Yassir (Samy Nacéri), encadrés par le sergent Martinez (Bernard Blancan). De l'Italie à la Provence, de la vallée du Rhône aux Vosges puis à l'Alsace, ces hommes, qui pour la plupart n'ont jamais foulé le sol français, vont payer de leur sang pour “laver le drapeau tricolore” de l'affront ennemi.


© Mars Distribution

De facture très classique du point de vue de la réalisation, Indigènes ne marquera peut-être pas les esprits d'un point de vue cinématographique mais incontestablement par son propos, intelligent. Rachid Bouchareb a su éviter les écueils d'un tel sujet. Indigènes ne cède ni au manichéisme ni au pathos. Si les injustices de traitement entre Français de la métropole et soldats “indigènes” sont soulignées, le film n'est pas revanchard. “Les anciens combattants avec lesquels je me suis entretenu gardent une affection incroyable pour la France et le souvenir d'un moment de leur vie formidable, où ils étaient accueillis en héros dans les villages. Les Français les prenaient dans leurs bras. Même si ce n'est plus le cas aujourd'hui, le film se devait de montrer cela”, explique le réalisateur. Les interprétations de Sami Bouajila, de Roschdy Zem et de Bernard Blancan sont particulièrement justes. En revanche, le jeu de Jamel Debbouze, également coproducteur du film, ne parvient pas toujours à faire oublier le personnage public, d'autant plus que dans certaines scènes, l'acteur n'a pu s'empêcher de faire du Jamel, plutôt que de se contenter d'incarner Saïd.


© Mars Distribution

Rouvrir une page de l'Histoire
Entre l'idée de départ d'Indigènes et sa réalisation, vingt-cinq scénarii ont été rédigés et plus de quatre années se sont écoulées. Durant ce temps-là, Rachid Bouchareb n'a cessé de se documenter sur la période et les faits auprès de spécialistes mais aussi en allant à la rencontre d'anciens combattants et de leurs histoires. Sur le tournage, une dimension particulière est apparue. “Il y a un moment où on comprend clairement qu'on fait vraiment partie de l'Histoire de France et que rien ne sera plus pareil. D'ailleurs, avec les acteurs et l'équipe, on était dans quelque chose d'exceptionnel, qui nous dépassait. Nous l'avons tous ressenti. Cela ne m'arrivera plus jamais”, confie le réalisateur, presque déjà nostalgique.
Avec Indigènes, Rachid Bouchareb rend donc un hommage appuyé aux milliers de tirailleurs d'Afrique du Nord, et plus généralement à tous les sujets de l'“Empire”, indigènes ou français, venu combattre pour la France lors des différents conflits mondiaux. “Mes films précédents s'inscrivaient déjà dans un débat de société. Mais le propos de Indigènes est plus percutant, frontal. Il dit clairement qu'il y a un manque dans l'histoire de ce pays, qu'un chapitre a été passé sous silence, qu'il faut rétablir cette injustice et rajouter quelques pages dans les livres d'histoire. Aujourd'hui, on ne peut plus échapper à cette vérité : nos grands-pères se sont sacrifiés pour que ce pays soit libre”. La fin du film va même plus loin et interpelle presque directement les autorités nationales. Le réalisateur rappelle en effet que les pensions des soldats “indigènes” sont gelées depuis 1959 et que cette question n'est toujours pas réglée.

Interview de Rachid Bouchareb

Comment s'est décidé le choix des acteurs ?
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Il paraît que durant le tournage, vous étiez inquiet et plein de doutes. Pour quelles raisons ?
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Peu de gens savent que le corps expéditionnaire français durant la Seconde Guerre mondiale était constitué de troupes recrutées en Afrique. Comment avez-vous été sensibilisé au sujet ?
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Comment situez-vous Indigènes par rapport à vos précédents films ?
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Maya Larguet
[27/09/2006]

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