
Chérif Khaznadar et Françoise Gründ, fondateurs du Festival de l’Imaginaire, passent cette année la main à la jeune équipe de la Maison des Cultures du Monde. En 1974, ils lançaient à la Maison de la Culture de Rennes le Festival des Arts Traditionnels, seule manifestation en France alors consacrée à la présentation des cultures du monde. Au début des années 1980 à Paris, la Maison des Cultures du Monde était confiée à ces pionniers, dont le travail a porté de beaux fruits. Aujourd’hui, un Centre de documentation sur les spectacles du monde fonctionne à Vitré et Chérif Khaznadar, au sein de la Commission nationale française pour l’Unesco, a eu la satisfaction de voir la France adopter la charte sur le Patrimoine culturel immatériel et un nombre suffisant d’États la ratifier pour qu’elle puisse entre en vigueur. Le Festival de l’Imaginaire accueillera le 28 mars une table ronde sur ce thème.

Timbila du Mozambique
La programmation du festival déploie de nouveaux trésors musicaux, chorégraphiques et spectaculaires. Rare sous nos cieux, la musique des “timbila” (xylophones, pluriel de “mbila”) du Mozambique est particulièrement prenante. Elle fait partie des expressions culturelles inscrites comme “chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité”. L’ensemble Ta Zandamela interprète la tradition impressionnante des Chopi, qui vivent au centre du pays et sur la côte au sud du Zambèze. Certains chercheurs estiment qu’il s’agit d’une version africaine des gamelans importés par les Indonésiens, qui commercèrent sur ces côtes durant les sept premiers siècles de notre ère.
Harpes du Venezuela
Un même spectacle présente deux styles de harpes du Venezuela, dont la richesse musicale reste par trop ignorée en France. L’un est joué par les vachers des Llanos, terres basses inondées durant les crues de l’Orénoque et de ses affluents. L’autre se pratique plus au Nord, dans les États de Miranda et Aragüa sur les rythmes du “joropo” et du “pasaje”. “Rasmia”, création chorégraphique autour de la jota espagnole sera présentée par le danseur soliste Miguel Angel Berna. Elle sera précédée par le spectacle flamenco des frères Curro (chant) et Carlos (guitare) Piñana consacré à deux répertoires exigeants : l’un sacré, celui des “saetas”, l’autre profane, celui des “cantes mineros” (chants des mines).

Danses rituelles de Malaisie
L’imaginaire d’Asie, inépuisable source de traditions, promet de superbes moments. Figurines du théâtre d’ombre, voix et tambours, gongs et parures : la Malaisie lointaine et méconnue dévoilent les secrets d’un peuple héritier à la fois de l’Islam, de l’animisme et du bouddhisme. Rendez-vous rare, les danses rituelles du Kelantan, inscrites à l’Unesco parmi les “chefs d’œuvres du patrimoine oral et immatériel de l’humanité”, illuminent trois soirs le Théâtre équestre Zingaro.
L'art du “kathâkali”
Sortis tout droits de la légende du Mâhâbhârata, déesses et dieux guerriers, parés de tous leurs attributs, peints de couleurs chatoyantes, prennent possession de l’amphithéâtre de l’opéra Bastille. Trois jours pour admirer l’art du “kathâkali” tel qu’il se perpétue dans la province indienne du Kerala. Côté pakistanais, la troupe officielle des “darbâri” du sanctuaire de Data Ganj Bakhsh, saint patron de la ville de Lahore, quitte son mausolée pour venir partager, deux soirs durant, leurs chants mystiques qawwalis.
Des steppes et des montagnes
D’Asie Centrale nous parvient l’écho des épopées des steppes et des montagnes. Des Turkmènes coiffés de toques de mouton brandissent leurs luths “dotâr” et leurs vièles “qeychak”. Des bardes du Khorasan chantent en s’accompagnant au “kamanche”. Des chanteurs soufis de la province de Gilan évoquent la période de “nowruz”, le nouvel an persan. Nâdira Pirmatova déploie la beauté de son timbre sur les enluminures du “shash-maqam” ouzbek. Des “ashiks”(bardes) azéris perpétuent le répertoire de leurs ancêtres sur la terre d’Iran : voix, luths et vièles à pic, accompagnés au “daf” font surgir l’univers des ouvrages anciens ornés de miniatures, dont la profusion marquait la puissance des aghas, sultans et pachas.

Aygun Baylar
Surtout ne manquez pas le rendez-vous avec Aygun Baylar, chanteuse prodige d’Azerbaïdjan. Son visage de pleine lune, illuminé de rires, ne laisse paraître que l’enthousiasme de sa jeunesse. Et quand sa voix s’élève, sa technique prodigieuse éclate en une transe parfaitement maîtrisée. Alim Kasimov nous avait initié à l’extase du “mugam” azéri forgée par la douleur. Aygun Baylar, dont le chant mobilise chacun des muscles de son corps, exalte l’insatiable énergie de la vie.