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[téléfilm] Tropiques amers
Téléfilm retraçant en cinq épisodes la vie quotidienne d'une plantation à la Martinique entre 1788 et 1810
Le 10 mai 2007, journée nationale de commémoration de l’esclavage et de ses abolitions, France 3 dévoile en prime-time le premier épisode de Tropiques amers, de Jean-Claude Flamand Barny. Ce téléfilm, qui retrace la vie quotidienne d’une plantation à la Martinique entre 1788 et 1810, est présenté comme la première grande fiction française sur l’esclavage. Relatant l’évolution du milieu des propriétaires des plantations et les différentes formes de résistance des esclaves, ce film grand public met aussi en scène sur fond d’intrigues à rebondissements, d’amours et de pardons, les relations entre maîtres et esclaves de maison. Leur interdépendance semble inextricable.
“On peut souffrir tous les jours, sans pour autant haïr en permanence”
Parmi les marchandises déballées au port de Saint-Pierre de la Martinique, la dernière livraison d’esclaves noirs est entassée dans des cages. Selon le Code noir, recueil d’articles édictés sous Louis XIV réglementant dans les colonies françaises des Antilles la vie des esclaves, ces derniers sont définis comme des “êtres meubles”. Ces êtres ou “biens meubles” sont ensuite vendus à la criée. Olympe de Rochant, fille d’aristocrate fraîchement arrivée et promise en mariage à Théophile Bonaventure, riche propriétaire de plantation de canne à sucre, fait même un caprice : fascinée par la force qu’il dégage, elle réclame l’acquisition de Koyaba, un nouvel esclave autrefois chef de guerre en Afrique. Intransigeant, voire haineux à l’égard des Blancs, ce guerrier symbolise le révolté perpétuel.
D’emblée, le téléfilm Tropiques amers paraît forcer le trait. Pour autant, d’après l’historienne Myriam Cottias associée à l’écriture du scénario, “il fallait éviter de présenter une version trop manichéenne de la relation esclavagiste dans ses pires horreurs”. La co-scénariste Virginie Brac ajoute que, sans occulter la souffrance endurée, elles ont voulu démontrer que la vérité historique est bien plus nuancée que certaines constructions actuelles le laissent entendre. “On peut souffrir tous les jours, sans pour autant haïr en permanence”, dit elle. Et, s’il s’agit bien sûr avant tout d’une œuvre de réparation pour restituer l’humanité des esclaves, le maître aussi brutal soit-il, a aussi sa part d’humanité. Il peut aimer des esclaves noirs, et être aimé en retour. Ils constituent de fait sa seule vraie famille. Le cadre ainsi posé tend à récuser la représentation de deux mondes séparés, intrinsèquement antagonistes, pour mieux rendre plausible l’idée d’un destin commun et la perspective d’une réconciliation future.

Rosalie, Adèle et Amédée, ou la forte personnalité des esclaves de maison
Pour asseoir leur propos, les auteurs vont privilégier les péripéties des esclaves de maison qui partagent le quotidien des maîtres, leur intimité, délaissant quelque peu le vécu des esclaves des champs. Trois personnages centraux au caractère bien trempé campent des héros du quotidien aux ressources mentales impressionnantes : la belle et rusée Rosalie, interprétée par Thiam Aïssatou, est la maîtresse sexuelle de Théophile Bonaventure. A ce titre, elle règne avec une certaine duplicité intrigante sur “L'Habitation”. Mais elle sera concurrencée par la jeune Adèle (Fatou N’Diaye), dont s’éprend le maître. Or, celle-ci aime Koyaba, avec qui elle aura un premier enfant. Jaloux et furieux, le maître condamne ce dernier à mourir par le fouet, mais il parvient à s’enfuir et à rejoindre les Nègres marrons, ces esclaves qui se cachent dans la forêt. Tentée, Adèle ne basculera pas dans le camp des révoltés, dont le combat lui semble trop utopique et perdu d’avance. A son tour, elle apprendra à instrumentaliser sa sexualité et son sens des affaires comme armes pour s’affranchir et racheter sa liberté. Finalement enceinte du maître, celui-ci lui propose de l’épouser, le mariage signifiant pour elle son affranchissement juridique préalable. Son père Amédée, interprété avec brio par Jean-Michel Martial, est lui l’intendant du domaine et a la confiance de Théophile Bonaventure. Éduqué - il apparaît bien plus instruit que son maître - , intuitif et pondéré, il sait contrôler sa colère pour assurer la cohésion et la survie des siens. Résistant calme, digne, il cultive des liens avec tous, y compris avec les fugitifs de la forêt proche, qui bénéficient d’une complicité passive des esclaves leur permettant de se nourrir. Amédée fournira même quelques armes aux révoltés mais personnellement, il s’en remet aux promesses de son affranchissement - sans cesse différé - faites par son maître.

Héros ordinaires ou révolutionnaires mythiques, les différentes facettes de la résistance des esclaves
Les auteurs de Tropiques amers soulignent qu’historiquement, en Martinique, il n’y a pas eu de libération par les armes. En revanche, les échos des révoltes en Guadeloupe, à Saint-Domingue ou Haïti ont circulé d’une île à l’autre, tant le mouvement des colons, des esclaves et des marchandises était important dans l’ensemble des Caraïbes. D’où les tribulations du rebelle Koyaba, promu général aux côtés de Toussaint Louverture, qui fonde en 1804 à Haïti la première république noire. Clin d’œil aux jeunes d’aujourd’hui, Jean-Baptiste, le premier fils d’Adèle, abolitionniste impatient et fougueux, rejoindra Koyaba. On sent ici la patte du réalisateur guadeloupéen Jean-Claude Flamand Barny, qui dans une précédente fiction, Nèg' Marron (2004), traçait un parallèle entre les jeunes de nos jours refusant les chaînes dans la tête et la révolte de leurs ancêtres. Héros ordinaires volontairement restés dans les plantations ou révolutionnaires en déplacement incessant, les esclaves sont dans Tropiques amers les principaux acteurs de leur émancipation. Ici, en Martinique, on ne connaîtra pas la première abolition de l’esclavage décrétée par la Révolution française et la République. Théophile Bonaventure et une partie de l’élite locale au pouvoir ont comploté pour placer l’île sous protectorat anglais. Mais Théophile ne se remettra jamais vraiment de cette trahison, et sa plantation périclitera.

Le bicentenaire de l’abolition de la traite des esclaves en Grande-Bretagne
Le téléspectateur non averti pourrait en déduire que la perfide Albion, très impliquée dans la traite négrière internationale, est exempte de toute remise en cause de l’esclavage. Or l'idée d'abolition n’est pas l’apanage exclusif de la République française. Dès les années 1780, il y aura plusieurs tentatives anglo-françaises d’initiatives conjointes en faveur de la libération des esclaves. Et alors que Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage en 1802, les abolitionnistes anglais mènent une grande campagne publique et obtiennent en 1807 la fin d’une traite “immorale”, et économiquement “non rentable” (l’esclavage lui-même ne sera aboli qu’en 1834 ).
En cette année 2007, la Grande-Bretagne commémore le bicentenaire de cette abolition. Des cérémonies en présence de la reine ont eu lieu, et la plus haute autorité de l’église d’Angleterre, l’archevêque de Canterbury Rowan Williams, a reconnu l’implication de son institution dans l’esclavage et a estimé que la question de réparation se pose. Au cinéma, le film Amazing grace (La grâce du ciel), de Michael Apted, célèbre William Wilberforce, militant le plus connu du mouvement anti-esclavagiste, mais aussi Olaudah Equiano (1745-1797), un esclave originaire de l’actuel Nigéria, auteur d’une autobiographie remarquée, qui a su racheter sa liberté à force de persévérance. Son personnage, incarné à l’écran par l’artiste sénégalais Youssou N’dour, est bien connu en France, où l’on espère voir ce film prochainement.
Par ailleurs,
sur le site de généalogie ancestry.co.uk, on peut retrouver ses ancêtres, esclaves ou esclavagistes, parmi les trois millions de noms consignés dans les registres de l’ex-empire britannique entre 1813 et 1834. Avec en guise d’introduction, cette mise au point : les Antilles n’ont pas toujours été un paradis ! Une autre source d’inspiration pour se réapproprier son passé, entre mémoires privées et grande Histoire.
Mogniss H. Abdallah Agence IM'média
[08/05/2007]
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Tropiques amers, les 10, 17 et 24 mai à 20h55 sur France 3
Site internet de la série 
Racines (Roots), série TV d’après le best-seller d’Alex Haley, disponible à la Médiathèque des 3 mondes 
Paroles d’esclavage Martinique, site de témoignages d’anciens créé par Serge Bilé et Daniel Sainte-Rose
Consulter 
Exposition « La traite négrière atlantique, l’esclavage et leurs abolitions : l’exemple nantais » à Nantes du 10 au 29 mai inclus. Cette exposition, organisée par l’Inspection académique de Loire-Atlantique avec le soutien de la direction de l’Education de la Ville de Nantes, réunit les travaux des élèves de Loire-Atlantique. Salle d’exposition de l’ex-Manufacture des tabacs, boulevard de Stalingrad.
Site internet 
Bicentenaire de l’abolition de la traite négrière en Grande-Bretagne
En savoir plus 
Amazing grace (La grâce du ciel), film de Michael Apted avec Youssou N’Dour dans le rôle d’Olaudah Equiano
Site Internet 
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