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[festival] Musiques Métisses
Du 16 au 19 mai 2007, Parc des Expositions du Grand Angoulême, Espace Carat
Quatre jours de concerts, de rencontres et de débats, trente-cinq artistes, groupes et DJ venus de tous les horizons d'Afrique et de la Caraïbe, de France et d'Europe orientale. Telle est l'affiche copieuse proposée par la 32e édition des Musiques Métisses. Principale nouveauté, cette année : le festival s'installe au Parc des Expositions du Grand Angoulême.

musiques métisses 2007

Depuis son installation en 1993 sur l’île de Bourgine, bordée par la Charente calme et son bras hérissé de rapides, le festival Musiques Métisses pouvait parfois se donner des airs de rendez-vous champêtre. Du haut de sa falaise, la vieille ville, habillée de trésors d’architecture romane, observait le ballet des spectateurs fourmis entre les chapiteaux miniatures. En 2007, la manifestation prend le large. L’agglomération d’Angoulême s’est étendue et la nouvelle architecture de l’Espace Carat apporte au festival les infrastructures performantes qui lui manquaient. Ce qu’on perdra en esprit bucolique dans cette salle de 4000 places sera compensé par un équipement adapté et un confort d’écoute qui, il faut le reconnaître, n’avait jamais atteint le niveau optimum sous la grande tente aux parois réverbérantes et au gradin sommaire.

papa kourand

Que l’on se rassure, le bon esprit des scènes gratuites, la convivialité des espaces Solidarités, Littérature, Jeunesse et Télé Village est préservée autour du lieu de concerts payants. Les chapiteaux d’accès gratuit gagnent en capacité, le Mandingue et le Filaos offrant respectivement 1200 et 700 places. Ils accueilleront près d’une vingtaine de spectacles de qualité. On retiendra tout particulièrement une affiche haïtienne rare : Belo, inventeur d’un reggae original teinté de rythme haïtiens et lauréat du concours Découvertes RFI 2006 ; Brothers Posse, dont le rap se nourrit du konpa, du zouk et des musiques “rasin” (racine) de son île ; Racine Mapou de Azor, figure de proue de la musique traditionnelle héritée du vaudou. À ne pas manquer, deux légendes congolaises : Papa Kourand, l’un des plus célèbres patriarches du piano à pouce likembé, et surtout la reformation d’un des orchestres mythiques de la rumba congolaise : Les Bantous de la Capitale.

L’Afrique aux visages musicaux si différents et captivants s’octroie la part du lion d’une affiche haut de gamme à l’Espace Carat. Vingt ans après le concert qui initiait son prodigieux succès français - le public était si nombreux, qu’au dernier moment, il avait fallu le déplacer au stade municipal - Johnny Clegg présente en ouverture sa nouvelle création à la fois traditionnelle, pop et hip-hop, en compagnie des Zulus Dancers et des Soweto Street Dancers. Autre création à découvrir le 16 mai, “Acoustic Africa” rassemble la fougueuse Ivoirienne Dobet Gnahoré, entourée du maître du groove bamana, le Malien Habib Koité, et du Sud-africain Vusi Mahlasela, guitariste et chanteur à la voix de velours. Omar Pene, poids lourd de la scène sénégalaise auquel s’identifie le petit peuple de Dakar, complète le programme. Pas de temps mort dans les changements de plateaux, qui seront animés, le 16 et le 18, par l’inventif DJ Big Buddha, spécialiste des variations de groove à base de sons du monde.

gnawa

Après ce démarrage en trombe, la soirée du jeudi 17 à l’Espace Carat propose une ouverture vers un public plus jeune, tendance rap, reggae, dub. Nouveau héro du slam à la française, Adb Al Malik fera rouler son “flow” lent, aux intonations graves, sur des paroles de tolérance. Le dub de Zenzile alliera l’énergie rock et la transe électro. Quant aux Congos, ils transmettront cette sagesse jamaïcaine qui en fait un combo de légende depuis les origines du reggae soul, il y a trente ans déjà. Ce soir et le surlendemain, DJ U officie aux platines pour les changements de plateaux.

La soirée du vendredi 18 à l’Espace Carat se danse entre tango argentin et boléro cubain. Accents du tango noir de Juan Carlos Cacéres, beau ténébreux à barbe blanche ; lyrisme cinétique de Gotan Project, insufflant à la milonga des bas-fonds de Buenos-Aires une pulsation électronique portant son art musical vers les sommets de la scénographie contemporaine. Et Omara Portuondo, douce figure féminine révélée par le Buena Vista Social Club, toujours “la reine du filin” à la cubaine, malgré son demi-siècle de carrière.

lojo

La soirée de clôture, samedi 19, prend des couleurs d’Atlas et de Sahara. Place à la revendication avec le ragga trans-Maghreb de Gnawa Diffusion, qui annonce sa dernière tournée. Puis au glissement “proto lettriste” iconoclaste de Rachid Taha, gourou de la fusion punko-chaâbi. Sous la houlette bienveillante du groupe Lo’Jo, la poésie des rêves nomades se tisse au son de l’harmonium et des chœurs célestes. L’écho des galaxies sur la voûte bleu nuit du désert, dessine un crible iridescent, pendant que leurs amis du groupe Terakaft égrainent leurs blues tamashek.

François Bensignor
[12/05/2007]

Mots-clés : festival, musique
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