
Awadi “Présidents d'Afrique”. Le 14 octobre au Bataclan
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Au XXIe siècle, le nouveau Monde impose sa puissance à la terre entière. Mais c’est au prix de la traite et de la mise en servitude de millions d’êtres humains arrachés à l’Afrique qu’il s’est construit. Alors que l’Angleterre fête cette année le deux centième anniversaire de l’abolition de l’esclavage - la France devra attendre 2015 pour le faire - le Festival d’Ile-de-France est largement consacré à la culture afro-américaine et à ses sources. La figure du pasteur Martin Luther King, héro et martyre de la lutte contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis, sert de génie tutélaire au concept du programme. Revisitant le parcours du commerce triangulaire, celui-ci se dessine en va-et-vient entre savanes de l’empire mandingue et collines du Mississippi, entre mangrove de la Louisiane et forêts du Kassaï.
L’originalité de ce point de vue, particulièrement en phase avec les réflexions contemporaines sur la création musicale, c’est qu’il met en valeur l’extraordinaire constante créative des cultures africaines. Celles-ci sont parvenues à générer, à partir de la combinaison de quelques référents essentiels, un florilège de musiques dans le contexte de la déportation au cœur d’un continent inconnu, de la séparation entre locuteurs des mêmes idiomes, ainsi que d’une servitude renforcée par de stricts interdits culturels. Insaisissable parce qu’immatérielle, la musique était parmi les seuls vecteurs d’affirmation de l’existence de cette nouvelle communauté humaine, privée de toute liberté et de tout droit. Or voilà que les maîtres européens commencèrent à s’enticher des musiques de leurs esclaves, leur fournissant des instruments, les faisant entrer dans leurs salons pour animer les bals. Elles s’invitèrent spontanément aux carnavals, pour en prendre le commandement…

Youssou N'Dour. 28, 29 & 30 septembre, Cirque d'Hiver
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À l’heure de l’émancipation, la musique afro-américaine élabore ses repères entre l’éclat resplendissant d’un Dieu bon et miséricordieux et l’obscure proximité d’esprits portant les masques et les voix d’ancêtres oubliés. Gospel et blues proviennent d’une même matrice ; dans la solennité du negro spiritual résonne l’écho des épopées des griots du Mandé. Mais ce qui distingue surtout ce prodigieux courant créatif, c’est qu’il a engendré les formes qui nourrissent aujourd’hui la part la plus diffusée des musiques populaires dans le monde.

Kassaï All Star. Les
4 & 5 octobre, Musée du Quai Branly
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Bien que les bénéfices issus des nouvelles applications musicales de codes culturels africains tardent à trouver le chemin de leur continent originel, certains artistes grandis avec l’indépendance ont compris à quel point ce retour est crucial pour les futures générations d’Afrique. C’est vers eux que le programme du festival d’Ile-de-France porte notre attention. Après un démarrage au son du bon vieux blues (le 8/09), puis en fanfare sur tempo cajun, jazz et défilé de carnaval (le 9/09), une plongée dans les musiques spirituelles (les 16, 22 et 30/09), le rappel du message de Martin Luther King (le 29/09), et de celui de l’épopée mandingue (les 22 et 30/09), il donne la parole à deux artistes emblématiques de la nouvelle Afrique : Youssou N’Dour (du 28 au 30/09) et Didier Awadi (le 14/10). Tous deux ont assimilé les apports esthétiques et technologiques de l’Occident. Mais ils n’ont eu de cesse de les développer afin de les mettre en phase avec la réalité de leur pays, le Sénégal. Au-delà de la tentation égocentrique, leurs ambitions respectives visent à restaurer la fierté, l’assurance, l’esprit d’entreprise d’une Afrique laissée exsangue par quatre siècles de traite, un siècle de colonisation et un demi-siècle d’indépendance chaotique. Décidés à travailler dans leur pays, à réinvestir dans l’économie locale ce qu’ils gagnent sur les scènes internationales, ils sont aujourd’hui des modèles et les porte-parole de cette Afrique décomplexée, avide de fonder les bases de nouvelles règles du jeu pour les générations futures