
Getatchew Mekuria. Le 20/12 à Saint-Denis
© 2004 - Bertrand Lasseguette
Partie intégrante de la programmation du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis durant ses douze premières années, Africolor a d’abord constitué un lieu de reconnaissance et de ressourcement pour les primo-arrivants. Très vite le festival est devenu un pôle d’imprégnation pour leurs descendants, de découverte et de rencontres interculturelles pour l’ensemble des publics. En démultipliant sa programmation dans d’autres villes de la Seine-Saint-Denis à partir de 2001, Africolor est devenu un outil culturel fonctionnant en synergie avec les lieux de diffusion qui l’accueillent. Cette nouvelle façon de travailler induisait un rapprochement avec de nouveaux publics.
Si le festival avait développé des partenariats avec des associations malienne, maghrébine, réunionnaise à Saint-Denis, la dimension départementale de sa programmation allait l’inciter à s’enrichir d’un volet pédagogique. Enseignants et médiateurs culturels peuvent aujourd’hui s’emparer des spectacles pour mener un travail avec les publics et tout particulièrement les jeunes. Africolor met à leur disposition un “Livret pédagogique”, constitué de fiches thématiques (instruments, styles musicaux, éléments de contextes historiques, etc.) reliées à la programmation musicale, offrant des pistes pour aborder celle-ci dans sa portée universelle. Orientée vers la qualité des propositions artistiques, la démarche d’Africolor s’inscrit dans une dynamique citoyenne, où la connaissance approfondie de l’autre invite à une plus grande ouverture, à un meilleur échange.

Hassan Boussou. Le 24/11 à Bondy
© Jean-Claude Fourez
À la tête du festival depuis vingt ans, son concepteur Philippe Conrath a toujours affirmé sa vigilance sur l’originalité du programme, et la prise de risques nécessitée par cette démarche a fini par jouer en faveur de la réputation d’Africolor. Pour cette édition 2007, les trois soirées successives consacrées aux musiques éthiopiennes constituent un véritable tour de force. Elles rassembleront en effet de très grands noms d’Addis-Abeba avec des groupes français (Le Tigre des Platanes, Badume’s Band) qui ont puisé leur inspiration dans la fabuleuse collection de disques “Éthiopiques” lancée et régulièrement alimentée en trésors par Francis Falceto sur le label Buda Musique. La chanteuse Eténèsh Wassié (19/12 à Pantin) et son alter ego, le chanteur, musicien Abbébé Fékadé, joueur de “messinqo”, une viole monocorde à archet, feront une démonstration de la vitalité des musiques “azmaris”. Interprétées dans les cafés par les griots troubadours de la tradition amharique, dominante en Éthiopie, elles jouent principalement sur des paroles chargées de doubles sens. Le saxophoniste Getatchew Mekuria (20/12 à Saint-Denis) usera de son légendaire vibrato sur les accords volontairement dissonants des Hollandais The Ex. Quant à Mahmoud Ahmed (21/12 au Blanc-Mesnil), dont le timbre chaud et mélodieux vogue, agile et souple, sur le mode mineur et les intervalles pentatoniques, il laissera son génie emporter son public accompagné par les Bretons du Badume’s Band.

Renata Rosa. Le 13/12 à Bagnolet
© Marc Régnier
Dans cette 19ème édition, la dynamique de création impulsée depuis de nombreuses années sera mise en valeur par trois soirées exceptionnelles. L’une en “Hommage à Amida Boussou” (24/11 à Bondy), fameux “maalem” (maître) gnawa de Casablanca disparu en février 2007, dont la mémoire sera célébrée par son fils Hassan et sa troupe, accompagnés des musiciens maliens Moriba Koïta et Ibrahima Diabaté. Aventure créative contemporaine, la rencontre entre D’De Kabal, Dgiz et Hélène Labarrière (15/12 à Tremblay-en-France) mettra en résonance les voix de deux slamers et le tempo jazz d’une contrebasse. En hommage à Henri Guédon, la soirée “Vaudou…” (22/12 à Saint-Denis) réunira une comédienne, une danseuse et deux percussionnistes béninois avec l’ensemble du saxophoniste Jean-Rémy Guédon, le fils. Puis la conteuse haïtienne Mimi Barthélémy sera accompagnée par le quartet du Martiniquais Dédé Saint-Prix.

Fanta Disco. Le 16/12 à Montreuil
© DR
La richesse du programme réserve encore bien des sujets d’enthousiasme. Le repérage de nouvelles formes mises en œuvre par de jeunes créateurs a produit d’excellents moments inattendus au cours des éditions précédentes. Ainsi les jeunes Réunionnais du groupe Lindigo, révélation en 2006, reviennent pour deux concerts (30/11 à Montreuil et 1/12 au Bourget). Le Hip-hop africain sera de la partie avec Fangfrica, Apkass et Tata Pound (15/12 Saint-Ouen). Une superbe sélection d’artistes maliens permettra d’apprécier Fakoly Percussion (5/12 au Pré Saint Gervais), Sega Sidibe, un des parrains du festival (7/12 à Bagnolet), la douce Ramata Diakité (8/12 à Clichy-sous-Bois), Djelimady Tounkara, fameux guitariste du Rail Band de Bamako (15/12 à Tremblay-en-France), la grande griote Fanta Disco et Mamani Keïta, voix d’une jeunesse moderne et internationale (16/12 à Montreuil).
La Guadeloupe aura son heure avec la tradition du quadrille perpétuée par l’accordéoniste Négoce à la tête de son groupe Signature et avec le gwoka de Cyrille Daumont & Adoumanman Pewkisyon (7/12 à Stains). Deux des talents féminins les plus en vue dans les circuits des musiques du monde, la Brésilienne Renata Rosa et la Malienne Dobet Gnahoré sont réunis pour une même soirée (13/12 à Bagnolet). Le concert de clôture (23/12 à Saint-Denis) nous conduit hors d’Afrique pour aborder le monde soufi du chanteur iranien Ali Reza Ghobani et du nomade musical Titi Robin pour un hommage au poète mystique Djalâl ud-Dîn Rûmî, en cette année du 800e anniversaire de sa naissance.