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[festival] Africolor, 15ème édition
du vendredi 5 au dimanche 21 décembre 2003 en Seine Saint Denis (93)
Accueilli aujourd’hui dans pas moins de quinze villes du département de la Seine Saint Denis, le festival Africolor a vu sa physionomie transformée. Il a construit en trois ans une véritable dynamique de partenariats avec les collectivités publiques et les associations culturelles de tout le département. Son programme en a largement bénéficié en termes de diversité musicale et d’incitation aux rencontres artistiques.
Accueilli aujourdhui dans pas moins de quinze villes du département
de la Seine Saint Denis, le festival Africolor a vu sa physionomie transformée
ces trois dernières années. Concentré jusquen 2000
sur plusieurs soirées, dont le fameux Noël mandingue,
au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, il a construit en
trois ans une véritable dynamique de partenariats avec les collectivités
publiques et les associations culturelles de tout le département. Son programme
en a largement bénéficié en termes de diversité musicale
et dincitation aux rencontres artistiques. Ainsi sur les vingt et un spectacles
présentés lors de cette édition 2003, huit sont des créations
interculturelles.Les cultures dAfrique de lOuest et de lOcéan
Indien, principaux piliers de la programmation de la première formule dAfricolor,
en sont toujours deux vecteurs essentiels. Trois spectacles sont consacrés
aux répertoires réunionnais, Danyel Waro ouvrant symboliquement
lédition 2003 avec lharmoniciste de jazz Olivier Ker Ourio.
Cest sur lhéritage musical indien des musiques de la Réunion
que porte la création Malbar Expérience conçue
par le compositeur, musicien et chanteur dorigine indienne Ravi Prasad.
Les membres dEl Diablo, inventeurs du style ragaloya, mélange
de raga et de maloya, sont pour leur part associés à DJ Morpheus,
célèbre précurseur de la mouvance électro-loundge,
pour leur création.

Le répertoire des musiques mandingues est présenté dans quatre
spectacles. Séga Sidibé, maître percussionniste formateur
de nombreux jeunes artistes venus du monde entier et notamment de France sinitier
auprès de lui à Bamako, donnera trois concerts à ne pas manquer.
Encore peu connue des publics européens malgré ses succès
au Mali et en Guinée, la chanteuse Naïny Diabaté interprétera
les chants quelle a composés sur la base de lhéritage
de sa grande famille de griots. Douze musiciens griots et conteurs africains seront
réunis autour du Français Jean-Philippe Rykiel, pour la création
Chants de lempire mandingue. Compositeur, arrangeur et joueur
de claviers hors pair, sa sensibilité de non-voyant sest initié
aux musiques dAfrique de lOuest dès la fin des années
1970 avec la plupart des musiciens africains de Paris. Après avoir contribué
au miracle de Soro, lalbum qui révéla Salif Keïta sur
la scène occidentale, il a réalisé deux album de Youssou
NDour, avec lequel il a séjourné à Dakar. Homme de
lombre, Jean-Philippe sera pour trois soirées dans la lumière,
entouré du respect des griots.
Victime de son succès, la fameuse nuit de Noël malienne, qui fut pendant
treize ans la marque emblématique de lesprit Africolor au Théâtre
Gérard Philipe, sest transformée en Fête Mandingue à
Bagnolet. Malheureusement limportante capacité daccueil du
Gymnase Maurice Baquet (vétuste parallélépipède de
béton nu et crasseux, affreusement réverbérant et proposant
une seule et unique cabine de WC aux centaines de personnes quil est sensé
accueillir) ne fournit ni latmosphère de convivialité familiale,
ni le confort physique et acoustique auxquels avait habitué le théâtre
de Saint-Denis. La persistante impression de retour au ghetto vient démentir
les bonnes intentions affichées par les organisateurs... Qui nous fera
croire quil ny a pas déquipement mieux adapté
en Seine-Saint-Denis ?

Louverture de la programmation aux artistes du Maghreb se confirme avec
deux créations, toutes deux tournées vers la femme et la meilleure
place quelle devrait occuper dans les sociétés traditionnelles
du Maghreb et plus généralement dAfrique. La première
est issue de la rencontre dAïcha Lebgaa et les chanteuses de Timimoun
avec Amazigh Kateb et son groupe Gnawa Diffusion. Elle naura lieu quun
seul soir : donc à ne pas rater. La seconde réunit les deux grandes
voix féminines de lAlgérienne Hasna El Bécharia et
de la Mauritanienne Malouma autour du chef dorchestre, arrangeur (notamment
des albums des deux chanteuses), guitariste Camel Zekri et son groupe, le Diwan
de Biskra. Pendant quatre soir, les artistes nous convient à un voyage
mystique et musical au gré des voix splendides du désert saharien.
Lautre voix féminine que lon retrouve avec bonheur, cest
celle de Faytinga, la belle Erythréenne, dont le chant ressemble tant à
celui des oiseaux. On lécoutera dans une création avec le
duo vocal Ouï Dire, ainsi quavec son ensemble lors dune soirée
consacrée aux musiciens en lutte, où elle partagera la scène
avec les frères Samir & Wissam Joubran, exilés Palestiniens
jouant au oud une musique très inspirée, reflet des souffrances
de leur peuple.
Cette quinzième édition dAfricolor fait une place à
la danse de lHaïtienne Kettly Noël. Elle sintéresse
aux conteurs du monde noir que sont Manféi Obin (Côte
dIvoire), Mimi Barthélémy (Haïti) et Abou Fall (Sénégal).
Elle sera le théâtre de créations expérimentales. Dans
Lutherie Urbaine, le jazzman Jean-Louis Méchali invente, avec
une pléiade de percussionnistes de France et du Mozambique, une musique
faite à partir dinstruments issus de matériaux de récupération.
Dans LAfrique à luvre, lespace gigantesque
de la friche industrielle Main duvre à Saint-Ouen sert de cadre
à une formidable fête déambulatoire de salles en couloirs
où lon verra et écoutera percussionnistes, DJ, rappeurs, danseurs,
ainsi quun film. Un programme copieux, varié, inventif, ouvert à
tous les choix.
François Bensignor
[02/12/2003]
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