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[humour] Fellag et les siens
Jusqu'au 30 avril à Bobigny
Le nouveau spectacle de Fellag, Le dernier chameau, est
une série dinstantanés. De petites tranches de vie, de lenfance
à lâge adulte. Un retour sur des souvenirs dAlgérie,
réels et imaginaires. Le public, bigarré, se reconnaît et
applaudit.

Photo © Michel GANTNER
Le rideau souvre. Pas de décor, si ce nest
un tapis sur le sol. Fellag est seul sur scène. Seul ? Pas vraiment.
La grande salle de la Maison de la culture de Bobigny est pleine à craquer
et les applaudissements sont nourris. Le public est bigarré. Des vieux
et des jeunes, des tout-petits même, des hommes et des femmes. Des Français
français et des Français algériens, comme
le dira plus tard Fellag dans son spectacle, tous réunis pour partager
un moment de bonheur. Tous là pour entendre le comédien-écrivain
raconter ses souvenirs. Et faire vivre lAlgérie, le pays quil
a dû quitter, comme des milliers dautres, 30 ans après lindépendance,
au milieu des années 90, alors quune série dassassinats
et de violences endeuillait le pays,.
Mohand Saïd Fellag, dit simplement Fellag, enchaîne plusieurs saynètes
et nous plonge dans son enfance. Il évoque la Kabylie où il réside
lorsquéclate, le 1er novembre 1954, la guerre dAlgérie.
Il fait part de sa stupeur, alors quil découvre, pour la première
fois, dans son petit village de montagne, le vrai visage des Français
: Ils étaient noirs et musulmans !. Lenfant
ne comprend que plus tard quil sagissait des tirailleurs sénégalais.
Quelle ne fût pas sa surprise aussi lorsquil a appris, de la bouche
de son père, quil était également français
- Toi aussi tu es français jusquà nouvel ordre
et le nouvel ordre est en marche - avant de redevenir arabe, un certain
5 juillet. Tu vois, tu nes plus français, tu es arabe.
Le dernier chameau du cinéma colonial... et le premier acteur algérien
Fellag évoque ensuite lécole primaire à Alger
où il doit désapprendre sa langue, le kabyle, pour sinitier
à larabe et au français. Puis le déménagement
à Tizi-Ouzou et lépoque où il se lie damitié
avec Jeannette et les autres. Lépoque où les Français
français et les Français algériens vivaient
ensemble. A travers ses yeux denfants, Fellag découvre un monde
où tendresse et cruauté cohabitent. Un monde dans lequel lHistoire
sécrit différemment, selon le côté duquel on
se trouve.
Mais, à Tizi Ouzou, la plus grande découverte de toutes fut certainement
le cinéma et ses salles obscures, propices à tous les débordements
et à tous les fantasmes. Le petit Kabyle découvre Rudolph Valentino,
Jean Gabin et le monde des héros de péplums. Il sextasie
devant Rita Hayworth, Silvia Koshina, Silvana Mangano ou encore Brigitte Bardot,
celle davant, pas celle de maintenant
. Cest
dailleurs à cette époque quil fait la connaissance
du dernier chameau du cinéma colonial. Un dromadaire en fait. Le premier
acteur algérien. Une vraie rencontre qui lui donne à jamais le
goût de la scène et du spectacle.
Je my retrouve totalement
A Bobigny, Fellag bute sur les mots, tâtonne, semmêle
mais quimporte ! Le public lui est acquis. Si la standing ovation
finale le confirme, lattitude des spectateurs, pendant le one-man-show,
latteste. Certains comparent à haute voix leur passé : Ah
bon ! Pas chez nous !. Dautres se reconnaissent dans les souvenirs
réels et imaginaires de lauteur et le font savoir. Ca,
cest vrai !, Cest exactement ça ! sexclame
une dame. A un spectateur qui manque de sétouffer de rire pendant
le sketch sur la leçon de drague à lalgérienne, Fellag
lance Lui aussi, apparemment, il a connu ça !. Autour
du spectacle et à travers le rire et les moments démotion,
cest une communauté toute entière qui partage sa tendresse
pour cette Algérie tant aimée.
Les jeunes ne sont pas en reste. Au moindre extrait musical, ils dansent, chantent
et tapent dans leurs mains. Je my retrouve totalement,
explique Souad, 30 ans, à la fin du spectacle. Cest exactement
ce que nous ont raconté nos grands-parents
en plus drôle
!, avoue Samira, 22 ans. Et sa jeune sur dajouter : Fellag,
cest nos racines. On aimerait quil y en ait beaucoup dautres
comme lui. Visiblement, tous les spectateurs sont venus chercher une
vérité.
Redonner vie à leurs souvenirs ou se créer un passé, même
imaginaire. Fellag, à Jeannette quil retrouve en France et qui
se sent algérienne, vante une Algérie prospère qui produit
beaucoup, beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup
despoirs.
Visiblement, le public aussi veut y croire.
Maya Larguet
[08/04/2004]
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