Recherche
> Recherche avancée


[festival] Métissons
les 30 & 31 juillet, Théâtre de la Sucrière, à Marseille
Pendant que le chassé-croisé des estivants juillettistes et aoûtiens battra son plein sur les plages marseillaises, les habitants des quartiers Nord fêteront eux aussi le week-end de la grande transhumance estivale aux sons des musiques métissées, des paroles d’écrivains, entourés des visions chaleureuses de photographes et de dessins humoristiques. Le festival Métissons propose deux belles soirées sous le signe du partage et de la convivialité et un salut à l’Algérie, par-delà la Méditerranée.


Vu de la mer, on est toujours frappé par la beauté du site naturel qu’est la rade de Marseille. Aux premières heures du jour, quand se dessine l’étrange promontoire de Notre Dame de la Garde, drapé d’un fin halot de brume, l’effet est saisissant. C’est l’heure où le grand ferry blanc, lancé comme une barre d’immeuble aérodynamique, surgit de la nuit aquatique. Juchés là-haut, bien au-dessus de l’eau, sur les multiples ponts séparés de rangées de fenêtres, des hommes ont le regard tourné vers cette terre aux reflets pâles dans la clarté du point du jour. Leurs visages ne laissent rien paraître de leurs rêves profonds, dont la flamme a sans doute brûlé toute la nuit, pendant que le bateau fendait sa route inexorable dans la masse liquide et sombre de la houle. Temps suspendu peut-être entre un passé révolu et une nouvelle vie… Le temps du souvenir, où les pièces d’un puzzle éparpillées par les fantasmagories de la nuit se remettent en place, une à une. Regard sans sommeil dans l’attente du quai… Et la question lancinante de savoir qui sera venu attendre le voyageur du large, ou s’il y aura quelqu’un ?

De pareilles questions se sont aussi posées à Cati Antonelli, capitaine du navire Métissons, au sortir de la nuit de tempête subie durant les deux dernières éditions du festival. Rien ne lui avait été épargné : tracasseries administratives, injustices patentes… La salle de la Friche de la Belle de Mai, où étaient régulièrement présentés des spectacles publics, lui était refusée au moment de démarrer la cinquième édition par une commission de sécurité parfaitement arbitraire. C’était à croire que l’acharnement des autorités était proportionnel à l’altruisme de l’organisatrice et à sa volonté indéfectible de présenter en spectacle un condensé à la fois de découverte et de qualité artistique. Soutenu par un collectif de structures amies — Amnesty International, Musiques Arles, EClat, Artisans du Monde, le Nomad Café, la Fecom, le Centre socioculturel La Marie, Ballakissa Arts, le Philistin, l’Alternative, Green Peace — Métissons est parvenu à surmonter toutes ses difficultés pour repartir de plus belle.

Les épreuves auront finalement eu pour effet de renforcer l’assise du festival. D’abord auprès de son public naturel : celui qui passe la plus grande part de ses vacances dans les immeubles des quartiers Nord. À celui-ci, Métissons fait cette année le grand cadeau de deux artistes, Gnawa Diffusion et Idir, qui se sont toujours donné pour vocation de rendre à leurs publics les soirées mémorables. Tous deux incarnent à merveille leurs générations respectives auxquelles ils font vivre ses rêves d’émancipation grâce à la force de leurs talents. Autant Idir paraît contemplatif et introverti, autant Amazigh Kateb, leader de Gnawa Diffusion et fils de Kateb Yacine (cf. portrait), fait figure de boute-en-train extraverti. Certes, les deux hommes ne se ressemblent pas. Pourtant à regarder de plus près la teneur de leurs textes et de leurs chansons, on peut reconnaître en eux un même engagement contre l’injustice, la contrainte et l’obstination des esprits étroits. Peu étonnant qu’ils aient choisi de chanter ensemble “Révolution” sur l’album Identités, enregistré par Idir en 1999 et qui lui a valu un disque d’or (100 000 exemplaires vendus) en quatre mois… Si leurs expressions artistiques personnelles sont finalement assez différentes, un thème rapproche indissociablement les deux hommes : la cause berbère. Et au-delà encore, ce qui les lie, c’est l’infinie tendresse qui émane de leurs cœurs.
François Bensignor
[26/07/2004]

Evénements récents
  Les soldats noirs dans les guerres françaises
Festival de cinéma Images d’ailleurs
- [08/04/2005]
 
  Semaine pour l'intégration et contre les discriminations - [01/04/2005]
 
  L'esquive d'Abdellatif Kechiche primé aux Césars - [02/03/2005]
 
  Festival international des cinémas d'Asie - [17/02/2005]
 
  Les beurs font leur chanson - [25/01/2005]
 
Archives
  Consultez l'ensemble de la rubrique "Evénement".  

     
© Cité nationale de l'histoire de l'immigration - 2007