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[humour] 100 % Debbouze
A l’étroit dans le rôle d’amuseur public, Jamel s’engage
Le comédien Jamel Debbouze aborde la fin d'année 2004, avec un plan de com’ étourdissant. Les 30 et 31 décembre, il boucle au Zénith parisien la tournée de son spectacle “100 % Debbouze”, après plus de 230 dates en France. Les city magazines et autres journaux gratuits en ont fait leur une depuis le 22 novembre, date de la sortie du DVD de son spectacle à 500 000 exemplaires. Le Monde 2 titre sur les “Tirailleurs de l’écran” et pour les fêtes, la star fait une apparition remarquée à la télévision. Outrepassant le rôle d’amuseur public, il s’engage dans la chronique sociale et politique.


“Indigènes” hier, “Icitiens” aujourd’hui
“C’est l’histoire des tirailleurs qui se sont battus pour la mère patrie mais qui, le jour de la victoire, n’ont pas eu le droit de défiler sur les Champs-Elysées parce qu’ils étaient arabes ou noirs”, dit Jamel Debbouze pour introduire le film Indigènes qu’il va tourner début 2005 avec le réalisateur Rachid Bouchareb. Il devrait y jouer le rôle de son grand-père, un de ses nombreux tirailleurs africains (on parle de 130 000 Maghrébins et Noirs africains) qui ont participé à la libération de l’Italie et de la France entre 1944 et 1945. C’est, dit Rachid Bouchareb, en consultant le site du Mémoire des hommes du ministère de la défense où figure la liste de tous les combattants de la première guerre mondiale, qu’il a retrouvé le nom de son grand-père, mais aussi ceux de Naceri, de Zem, et de Debbouze, dont les petits-enfants figurent en haut de l’affiche du cinéma français. Jamel aurait à cette occasion découvert une filiation historique qu’il ne connaissait pas, ou mal. Depuis, il étudie ce passé, lit beaucoup, et écoute consciencieux les témoignages des survivants rencontrés à l’Amicale des anciens combattants de Marrakech. “Je réfléchis pour être sûr”, affirme-t-il, pour mieux raconter notre histoire, d’où on vient exactement”. “Ce film va me permettre de raconter qu'on est légitimes en France, que c'est notre pays. On a appelé nos arrière-grands-parents pour défendre la France, la mère patrie. Ils l’ont fait vaillamment” répète ici et là Jamel, avant d’ajouter : “Au même titre que je n'ai pas à choisir entre mon père et ma mère, je n'ai pas à choisir entre la France et le Maroc. Je suis pleinement les deux. Comme plein de gens.” Enfin, pour ceux qui n’auraient toujours pas compris, il s’exclame:“On est né ici, on a grandi ici, on est des icitiens !”

“Ne soyez pas fiers de vos quartiers, c’est de la merde”
A l’approche des fêtes de fin d’année, place à la télévision. Le 18 décembre, Jamel Debbouze est l’invité d’honneur de Michel Drucker dans Samedi soir avec sur France 2, émission de divertissement où il chambre Laetitia Casta, Enrico Macias, Henri Salvador et Guy Bedos. Mais c’est son portrait dressé par le journaliste Mourad Aït Habbouche pour le magazine Envoyé spécial sur France 2 qui retient l’attention. Il y paraît transfiguré. Toujours aussi “trublion insaisissable” zappant sans cesse entre de multiples registres d’interprétation, il arbore par moments un masque pince sans rire, et met à rude épreuve le journaliste, ses méthodes, traquant la moindre représentation stéréotypée. Ses incursions dans le champ politique, notamment pour parler des “mecs des quartiers”, ne sont plus prises à la légère.

Fédérateur mais pas consensuel
La critique, autrefois, persiflait sur “l'improvisateur qui joue à faire le comédien”, “un comédien qui ignore ce qu'un rôle de composition signifie, mais porte naturellement en lui un nombre infini de personnages”. Elle ne s’aventure plus trop à lui reprocher d’enfiler un costume trop large pour lui, celui de l’artiste engagé. C’est que Jamel Debbouze joue désormais dans la cour des grands. Jusque-là, il pouvait sembler presque timoré afin de ne pas écorner sa stature de jeune talent consensuel, se contentant en politique de dénoncer “les cafards des cités”: les électeurs du Front national. Il aurait pu s’enferrer dans l’image de la relève caritative, suggérée un temps par l’abbé Pierre ou sœur Emmanuelle, la chiffonnière du Caire (cf. Jamel Debbouze : un coup de jeune pour l’humour français in Hommes & Migrations, n° 1242, mars-avril 2003).
Aujourd’hui, Jamel Debbouze se dit toujours “fédérateur”, “mais pas consensuel”. Il s’en prend particulièrement aux médias qui amalgament musulmans, intégristes, et Islam. Il n’hésite pas non plus à adresser ses piques aux jeunes des cités. “Ne soyez pas fiers de vos quartiers, c’est de la merde”. Il sait qu’il touche ainsi à leur amour-propre. Jouant sur l’effet de surprise, il entend faire réagir, pour ensuite argumenter, quitte à sortir de son texte pour un dialogue avec la salle. L’auto-critique vient ici expliciter une auto-dérision hilarante. S’il réaffirme que pour rien au monde il ne voudra voir ses enfants vivre dans une cité HLM, il ne supporte pas pour autant l’image abominable des banlieues renvoyée par tel ou tel reportage.
Aussi tient-il à revenir à Trappes - qu’il a quitté pour habiter dans le quartier Saint-Germain à Paris - avec une équipe de télévision, comme pour laver l’affront. “Ici, il y a des intégristes partout. Regarde!”, lance-t-il en faisant visiter les lieux, paisibles. “Et voici Mollah gymnase”, ajoute-t-il en saluant un animateur.

“Quand on a aucune chance, il faut la saisir”
Son rythme effréné conduit ensuite l’équipe de télévision chez sa maman qu’il adore. Elle a préparé le thé à la menthe et des plateaux bien garnis de pâtisseries orientales. Jamel fait mine de la gronder : “Tu as fait tout ça pour la télé ?”, puis s’adresse à la caméra : “La scène du thé, c’est un classique, comme dans tous les reportages sur les Arabes. Nous, on veut pas déroger à la règle !” On sent le comédien intarissable sur l’autoreproduction des stéréotypes.
Puis la conversation entre mère et fils aborde la foi : “Tu crois que Dieu va régler tous les problèmes. Mais tu crois que Dieu il a que ça à faire ? Aide-toi et le ciel t’aidera”, dit Jamel. “C’est vrai, il faut se bouger un peu, et Dieu nous aidera”, convient-elle. Le comédien se montre respectueux des convictions religieuses sans renier sa propre manière d’être. A propos de l’affaire du foulard, il estime que c’est un faux débat. Égal à lui-même, il le démontre lors d’une séance d’autographes, en faisant la bise à une admiratrice portant le foulard. “Si je vais en enfer et que tu vas au paradis, tu pourras parler de moi ? Tu me laisseras pas galérer en enfer ?” Il refait la bise : “Tu as des joues trop attractives, je ne voulais pas te faire la bise pour ne pas être dans l’illégalité religieuse… J’espère que Dieu me pardonnera.”
Puis, tout à coup sérieux, Jamel Debbouze évoque sa lutte contre tous les handicaps des “z” (zup, zep, zonards…) Redevenu lutin, il parle aussi à sa façon des questions de discriminations et de représentation, brandissant en modèles ses héros : Zinedine Zidane et Mohamed Ali. “Mohamed Ali, c’est le meilleur homme politique qu’on ait eu : quand il avait une caméra braquée sur lui, c’était pour parler des autres. Il s’adressait aux petits pour leur dire un truc tout bête : brossez-vous les dents ! Si vous laissez vos dents pourrir, vous n’allez jamais trouver de travail... Il a eu de l’impact. Je sais pas si tu as remarqué, les Noirs ils ont tous les dents blanches.”

Et ne parlez plus à Jamel de projets comme “Astérix chez les Beurs”. En revanche, un Arabe dans un film de science-fiction, ça oui. Il a aujourd’hui quinze ans de carrière d’artiste derrière lui. Le seul à pouvoir contester son métier, c’est son père : “Mon père avait un métier, moi je me lève en chantant ‘Mérinos, Mérinos’”, s’amuse Jamel, toujours entre autodérision, jeux de mots et ferveur familiale.

Mogniss H. Abdallah
[24/12/2004]

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