Lidée est séduisante de présenter
un panorama de la chanson beur plutôt actuel et non rétrospectif
à la mode des chaînes de télévision qui nen
finissent pas de revisiter chanteurs et succès du passé.
Sur cet exercice, rarement exhaustif, il est de bonne guerre de saluer certaines
présences pour aussitôt regretter certaines absences. On ne faillira
pas à la règle.
On se félicite ainsi de lhommage inaugural rendu à Karim
Kacel, véritable Petit prince beur, couronné il y a vingt ans,
dont Banlieue ou La chanson du Kabyle furent les chants de ralliement
dune génération alors baptisée nouvelle
dans la lignée des Piaf, Brassens, Moustaki, ou Maxime Leforestier auxquels
il faisait référence. Mais quest-il advenu de Rachid Bahri,
dont la voix rauque enchanta la même époque et dont Loiseau
migrateur devint un refrain emblématique ?
Même remarque dans lactualité très immédiate
pour linscription des artistes beurs dans un courant de chansons à
textes, à la française. Un style rive gauche révélé
par Pollen, Le Pop Club (sur France-Inter), les Francofolies,...
On apprécie la présence de lexcellent Ridan qui commence
à jouer dans la cour des nouveaux grands (Benabar, Delerme, Sansévérino,
),
mais on peut déplorer limpasse faite sur le talent assez comparable
de Yahia Dikkès et à plus forte raison de la grande Juliette (Nouredine
!).

Autre sélection qui présente des lacunes, celle des groupes prestigieux,
aujourdhui disparus ou connaissant des mutations, souvent au bénéfice
dun chanteur leader ayant décidé de faire carrière
en solo. Ne signalons que pour mémoire les pionniers de Rockin
Babouche, sortis du paysage mais qui firent leur temps, mais où sont
LOrchestre National de Barbès, Gnawa diffusion et son chanteur
Amazigh Kateb (fils du grand écrivain Kateb Yacine, voir notre
portrait) ? Et si Madgyd Cherfi , survivant à léclatement
de Zebda (groupe qui avec Tomber la chemise obtint les faveurs du hit
parade) est encore en bonne place, quen est-il de Rachid Taha , leader
de Carte de séjour qui marqua ,avec battements de cur et grincements
de dents, son hymne à la Douce France, en un temps ou lintégration
éclairait lhorizon ? Pourtant Rachid continue de plus belle...
Et dans un style plus consensuel, mois tout aussi pur beur (et un peu plus
pur sucre), on se demande où est passé Faudel, chantre du raï
love made in Mantes-La-Jolie ?
Sans doute de simples indisponibilités expliquent bien des choses et
puis ce nest guère ce qui nous chiffonne dans une sélection
qui garde ses prérogatives et est obligée de tenir compte de ses
empêchements. En revanche il est plus discutable davoir retenu dans
le programme, et sous le titre affiché, un certain nombre dartistes
dont le talent nest pas en cause, ni la légitimité de sinscrire
aujourdhui sur la scène française (rubrique world music).
Mais pas sous le label chanteurs ou chanson beur. A moins de considérer
comme tel, tout jeune artiste ayant des origines arabo-berbères, fût-il
venu en France pour peaufiner ou couronner une carrière largement initiée
dans son pays.
Nous ne plaidons ni pour la ségrégation, ni pour une homogénéité
des sources dinspiration, mais pour le respect des différences.
Et il semble y en avoir entre Karim du Kremlin-Bicêtre et U-cef de Rabat,
Samira étudiante à Alger, Iness Mezel couronnée à
Johanesbourg meilleure chanteuse dAfrique, ou encore Souad
Massi, diva de la world music et Anis de Cergy et des couloirs du métro
ou les divers groupes issus de lélectro-rap de banlieue.
Il existe une brochure avec le dates et les horaires des concerts. Voir aussi
sur le site
de l'Ima