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[esclavage] Le Comité pour la mémoire de l'esclavage s'impatiente
Reportage et interview de Maryse Condé, présidente du comité
Le Comité pour la mémoire de l’esclavage, présidé par l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé, a été officiellement mis en place le 5 janvier 200, suite à la loi Taubira-Delannon, adoptée le 10 mai 2001, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Après avoir remis, en avril dernier, son rapport à Jean-Pierre Raffarin, le comité attend toujours qu'une décision soit prise sur les propositions avancées.

Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ? Pas si sûr, tempête Maryse Condé, la présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage qui attend toujours que le gouvernement veuille bien donner suite aux propositions du Comité, regroupées dans un rapport remis en avril dernier à Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre.
10 mai 2001 : la loi Taubira-Delannon reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité est adoptée. Christian Paul, secrétaire d’État à l’Outre-Mer du gouvernement conduit par Lionel Jospin, décide de mettre sur pied un Comité pour la mémoire de l’esclavage. Un changement de gouvernement retarde le projet qui sera repris, quelques mois plus tard, par la nouvelle ministre d’État à l’Outre-Mer, Brigitte Girardin. Le Comité, regroupant universitaires, historiens et membres d'associations, est officiellement créé le 5 janvier 2004. Ses douze membres sont nommés par décret pour une période de 5 ans.

Tendances contradictoires pour un devoir de mémoire
“L'esclavage et la traite sont des notions très vagues pour la majorité des Français. Le but du Comité est de faire connaître ces phénomènes, leurs mécanismes, les dégâts humains qu'ils ont causés et le processus des abolitions”, indique Maryse Condé. Trois commissions ont été créées. Une première a travaillé en relation avec les associations alors qu'une seconde planchait sur le thème de l' éducation, dans l’idée qu’“une meilleure connaissance de la traite et de l'esclavage passe obligatoirement par une sensibilisation des jeunes”. Ainsi, le comité a, entre autres, proposé une refonte des programmes et manuels scolaires, le développement de la recherche universitaire sur ces thématiques ainsi que la création d'une bourse. Enfin, une troisième commission, baptisée “musées et lieux de mémoire”, a réfléchi à la création d’un musée et d’évènements culturels et souligné la nécessité de dresser l'inventaire des archives relatives à ces sujets, de compléter les fonds existants et de les rendre accessible.
Cependant, la mission première du comité était de proposer une date de commémoration annuelle de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions. Un choix qui n'a pas été sans provoquer des débats houleux, allant jusqu'à la démission d'un des membres du comité. “Deux tendances s’opposaient. La première, nostalgique, voulait magnifier les souffrances des esclaves. Elle optait pour le 23 mai, date d'une importante manifestation, en 1998, à Paris, d'Antillais décidés à réhabiliter la mémoire de leurs ancêtres. La seconde tendance préférait une date consensus qui relève d’un niveau historique plutôt qu’affectif. La date du 10 mai, date d’adoption de la loi Taubira-Delannon, nous a semblé capable de rassembler tous les désirs”, explique la présidente.

Un comité politiquement correct ?
Mais l’enjeu du comité dépasse ces aspects pratiques. Il y va en effet de la reconnaissance et, par là, de l’intégration à la République française, des communautés directement concernées par l’histoire de l’esclavage et de la traite. “Ces populations se sont toujours senties exclues, marginalisées voire niées. La France a reconnu son passé colonial, il faut à présent qu’elle reconnaisse son passé esclavagiste. C’est la seule manière de réconcilier métropolitains et domiens, Noirs et Blancs et de libérer les personnes qui portent encore en elles le poids d’un lourd héritage. Le Comité pour la mémoire de l’escalavage a, là, un vrai rôle à jouer”, assure Maryse Condé qui envisage le comité comme un vecteur de compréhension et d’acceptation mutuelles.
Pour l’heure, le comité attend que le gouvernement approuve son rapport afin de pouvoir passer à la phase pratique de mise en œuvre des propositions. “Je n’ose pas dire que ce comité était de la poudre aux yeux mais je ne comprends pas ce mutisme alors qu’il y a quelques mois à peine, notre action semblait si importante…”, avoue, agacée et perplexe, la présidente. Qui espère d’ailleurs que cette mise en attente n’ait pas à voir avec de quelconques priorités de calendrier imposées à certains ministres par de futures échéances politiques.

Maya Larguet
[28/09/2005]

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