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[théâtre] Le Refus
Le théâtre pour faire bouger les cœurs et les têtes
Chronique et interview de Jean Quercy, metteur en scène
La pièce Le Refus, de Jean Quercy, est une adaptation des textes de Jean Moulin, Premier combat et de Ferdinand Oyono, Le Vieux nègre et la médaille. Du dialogue de ces deux univers, ressort une pièce engagée qui tente de faire se retrouver Français et Africains autour des valeurs communes. Chronique et interview de Jean Quercy, metteur en scène.

Avant que la pièce ne débute, un griot fait la quête auprès des spectateurs rassemblés dans le hall du théâtre : “une pièce pour les soldats africains qui se sont battus pour la France”. Une manière de plonger directement le public dans le vif du sujet.

Deux voix qui se répondent
La pièce de Jean Quercy, Le Refus, est une adaptation de deux textes très différents. Premier combat, unique ouvrage écrit par Jean Moulin, est un journal de bord qui raconte les journées du 14 au 20 juin 1940. L’auteur est alors préfet de la ville de Chartres et s’occupe de l’accueil des réfugiés en attendant l’arrivée imminente des Allemands. Dans ce texte, Jean Moulin évoque l’épisode où, enfermé par l’ennemi dans une cellule avec un tirailleur sénégalais, il tente de se suicider afin de ne pas diffamer les troupes africaines. Les Allemands qui en ont massacré une partie voulaient en effet imposer au préfet de couvrir ces crimes barbares par le biais d’une mise en scène cynique.

Le deuxième texte est un roman très connu en Afrique, écrit par Ferdinand Oyono, aujourd’hui ministre de la Culture camerounais. Le Vieux nègre et la médaille, rédigé en 1955, raconte l’histoire de Meka dont les deux fils, tirailleurs, sont morts à la guerre pour la France. Un jour, il est convoqué par les autorités françaises pour être décoré lors des cérémonies du 14 juillet. L’expérience va se révéler assez amère pour Meka et rend bien compte de la réalité coloniale des années 50.

Pour mêler les deux univers, Jean Quercy va user d’un artifice : la mise en abyme. Le griot, qui veut prouver à Meka que “tous les blancs ne sont pas pareils”, va lui conter l’histoire de Jean Moulin, un blanc qui a mis sa vie en jeu pour sauver l’honneur d’hommes noirs. Il va alors donner aux personnages du texte d’Oyono un rôle à jouer dans l’adaptation du texte de Jean Moulin : le tirailleur sénégalais détenu aux côtés du résistant Moulin se révélera être l’un des fils de Meka.

Partage des valeurs
“Le but du spectacle est de montrer à des jeunes qui n’ont pas une culture historique très forte et qui sont à la recherche de leurs racines, que leurs grands-parents, africains ou français, ont mené des combats communs et ont partagé les mêmes valeurs. Cette histoire peut créer une fraternité extraordinaire”, explique le metteur en scène. La réussite de l’adaptation de Jean Quercy tient d’ailleurs au fait que les deux volets de la pièce se répondent de manière juste et intelligente. Si le metteur en scène reconnaît que son optimisme le pousse à “valoriser ce qu’il y a de bien des deux côtés”, rien ne vient excuser non plus l’épisode colonial. Le texte d’Oyono est d’ailleurs sans concessions sur ce sujet. Le problème des pensions des anciens soldats africains est également dénoncé, de même que le massacre de Thiaroye. En 1944, l’armée française exécutait des tirailleurs, revenus au Sénégal, qui, ne voyant pas arriver leur pension, avaient pris en otage un officier français.

Théâtre engagé
L’objectif affiché de la pièce est de ne pas être une simple pièce historique. Jean Quercy veut en faire un outil de réflexion. “Je n’ai pas monté ce spectacle comme un travail de mémoire pure. Je pense que si parler du passé peut-être une bonne chose, il faut que ce passé ait une résonance. Qu’aujourd’hui, on puisse en tirer quelque chose”. Ainsi, la pièce a vocation à être présentée dans le cadre d’actions menées dans le domaine de l’éducation, de l’intégration et de la solidarité. Depuis un an, la compagnie démarche donc mairies, associations et enseignants dans ce but.
“On ne donne pas assez l’occasion de mettre en relation des gens qui ont envie de bien vivre ensemble. Si le théâtre peut servir à cela, c’est ma récompense. Je m’inscris dans la tradition d’un Vilar ou d’un Vitez. Je crois fortement à cette capacité du théâtre à faire progresser et bouger les cœurs et les têtes”, conclue joliment Jean Quercy.

Maya Larguet
[10/03/2006]

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