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[citoyenneté] La voix des Dionysiens
Un référendum sur le droit de vote des étrangers à Saint-Denis
Malgré l’illégalité du scrutin, la ville de Saint-Denis a organisé, dimanche 26 avril, un référendum sur le droit de vote et d’éligibilité de ses ressortissants étrangers aux élections locales. Un acte citoyen et symbolique dans cette ville de 95 000 habitants qui compte 71 nationalités et un quart de résidents étrangers. Notre reportage photo. et audio.

La ville de Saint-Denis a organisé, dimanche 26 mars, un référendum sur le droit de vote et d’éligibilité des ressortissants étrangers aux élections locales. Pourtant, le 13 février dernier, sur demande préfectorale, le tribunal administratif avait déclaré illégal le scrutin. Conscient que “la conquête de ce nouveau droit ne relève pas des pouvoirs d’une ville”, Didier Paillard, maire communiste de Saint-Denis, avait malgré tout décidé de maintenir la consultation. “Comment un habitant de Saint-Denis qui est arrivé d’Algérie dans les années 50, un Malien dans les années 60, un Ivoirien dans les années 70 ou un Sri Lankais dans les années 80, peut-il comprendre qu’il a moins de droits que son voisin italien, espagnol, portugais ou français ?”, a déclaré le maire lors d’une conférence de presse.

64,11% pour le oui
Nombreux ont été ceux qui se sont rendus aux urnes dimanche, certains pour la première fois de leur vie, pour faire entendre leur voix. C’est le cas de Majid Ouanass, un Marocain qui vit depuis 20 ans à Saint-Denis. “Je suis extrêmement heureux de voter aujourd’hui car moi aussi, j’ai un avis à donner. Je ne suis ni plus ni moins concerné que d’autres par ce qui se passe dans ma ville.”“Il est anormal qu’un quart de la population soit exclu des décisions qui sont prises à Saint-Denis alors que ces personnes vivent ici et participent à la vie économique, sociale et associative de cette ville. Ils devraient avoir leur mot à dire sur les personnes qui la gèrent et la manière dont il le font”, a ajouté pour sa part Samb Assane, un Français d’origine sénégalaise.

Jouir des mêmes droits, resserrer les liens notamment après les émeutes de novembre dernier, consolider le socle républicain, favoriser le vivre-ensemble, réduire les discriminations, ont été autant de raisons invoquées par les défenseurs du oui qui l’ont emporté à 64,11%. Pour Djafar Ould Younes, cette consultation allait même au delà. “C’est une reconnaissance. D’un coup, on a le sentiment d’appartenir à une communauté. On nous voit enfin comme des citoyens à part entière, avec la possibilité de participer à tous les aspects de la vie locale”. Les défenseurs du non, plus discrets à la sortie des urnes, ont obtenu 35,9%.

Au total, ils ont été 11 137 personnes à se rendre dans l’un des 34 bureaux de vote de la ville, pour un taux de participation de 30,99 %. Les organisateurs ont été satisfaits de l’intérêt suscité chez les Dionysiens par ce référendum. Depuis son annonce, en décembre 2005, 2 500 résidents étrangers se sont en effet inscrits sur la liste spécialement mise en place par la mairie, alors que 2 000 Français et membres de l’Union européenne se sont inscrits sur les listes électorales officielles.

Tout un programme ?
Le référendum était soutenu par un large comité de parrainage composé de politiques, d’artistes, de sportifs et de personnalités de la société civile, comme, entre autres, Mouloud Aounit, président du Mrap, Ariane Ascaride, comédienne, Djamel Bensalah, cinéaste, ou encore Basile Boli, ancien footballeur. “Il n’est pas normal que dans notre pays, ceux qui vivent ici ne puissent pas voter aux élections locales, alors qu’ils y travaillent et y payent des impôts”, a estimé François Hollande, présent dimanche à Saint-Denis, aux côtés de Dominique Voynet, d’Alain Krivine et du représentant du PCF. Arlette Laguiller a, elle, constaté le retard de la France par rapport aux autres pays européens dans ce domaine.

Présents également à la mairie de Saint-Denis, Fadéla Amara et Monseigneur Gaillot. S’ils ont salué l’action symbolique du maire de Saint-Denis, ils n’ont pas manqué de rappeler que cette promesse du droit de vote aux résidents étrangers avait été faite par la gauche dès 1981. “Je suis très attachée dans le combat aux actions symboliques car elles participent à faire évoluer les mentalités. Mais j’espère que le droit de vote et d’éligibilité des immigrés aux élections locales, promis depuis tant d’années, fera partie des programmes politiques des présidentielles à venir, et qu’il deviendra concret lorsque la droite ou la gauche seront au pouvoir” a souligné Fadéla Amara.
“Ce référendum a valeur de symbole mais il est fort. Si d’autres villes s’y mettent , on arrivera peut-être à faire avancer les choses”, conclut Samb Assane. Dans les mois qui viennent, Stains, Bobigny, La Courneuve, Le Blanc-Mesnil et l’Ile-Saint-Denis devraient organiser, à leur tour, un tel référendum.

Maya Larguet
[28/03/2006]

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