
La ville de Saint-Denis a organisé, dimanche 26 mars, un référendum
sur le droit de vote et déligibilité des ressortissants
étrangers aux élections locales. Pourtant, le 13 février
dernier, sur demande préfectorale, le tribunal administratif avait déclaré
illégal le scrutin. Conscient que la conquête de ce nouveau
droit ne relève pas des pouvoirs dune ville, Didier Paillard,
maire communiste de Saint-Denis, avait malgré tout décidé
de maintenir la consultation. Comment un habitant de Saint-Denis qui
est arrivé dAlgérie dans les années 50, un Malien
dans les années 60, un Ivoirien dans les années 70 ou un Sri Lankais
dans les années 80, peut-il comprendre quil a moins de droits que
son voisin italien, espagnol, portugais ou français ?, a déclaré
le maire lors dune conférence de presse.
64,11% pour le oui
Nombreux ont été ceux qui se sont rendus aux urnes dimanche,
certains pour la première fois de leur vie, pour faire entendre leur
voix. Cest le cas de Majid Ouanass, un Marocain qui vit depuis 20 ans
à Saint-Denis. Je suis extrêmement heureux de voter aujourdhui
car moi aussi, jai un avis à donner. Je ne suis ni plus ni moins
concerné que dautres par ce qui se passe dans ma ville.Il
est anormal quun quart de la population soit exclu des décisions
qui sont prises à Saint-Denis alors que ces personnes vivent ici et participent
à la vie économique, sociale et associative de cette ville. Ils
devraient avoir leur mot à dire sur les personnes qui la gèrent
et la manière dont il le font, a ajouté pour sa part
Samb Assane, un Français dorigine sénégalaise.

Jouir des mêmes droits, resserrer les liens notamment après les
émeutes de novembre dernier, consolider le socle républicain,
favoriser le vivre-ensemble, réduire les discriminations, ont été
autant de raisons invoquées par les défenseurs du oui qui lont
emporté à 64,11%. Pour Djafar Ould Younes, cette consultation
allait même au delà. Cest une reconnaissance. Dun
coup, on a le sentiment dappartenir à une communauté. On
nous voit enfin comme des citoyens à part entière, avec la possibilité
de participer à tous les aspects de la vie locale. Les défenseurs
du non, plus discrets à la sortie des urnes, ont obtenu 35,9%.
Au total, ils ont été 11 137 personnes à se rendre
dans lun des 34 bureaux de vote de la ville, pour un taux de participation
de 30,99 %. Les organisateurs ont été satisfaits de lintérêt
suscité chez les Dionysiens par ce référendum. Depuis son
annonce, en décembre 2005, 2 500 résidents étrangers
se sont en effet inscrits sur la liste spécialement mise en place par
la mairie, alors que 2 000 Français et membres de lUnion européenne
se sont inscrits sur les listes électorales officielles.

Tout un programme ?
Le référendum était soutenu par un large comité
de parrainage composé de politiques, dartistes, de sportifs et
de personnalités de la société civile, comme, entre autres,
Mouloud Aounit, président du Mrap, Ariane Ascaride, comédienne,
Djamel Bensalah, cinéaste, ou encore Basile Boli, ancien footballeur.
Il nest pas normal que dans notre pays, ceux qui vivent ici ne
puissent pas voter aux élections locales, alors quils y travaillent
et y payent des impôts, a estimé François Hollande,
présent dimanche à Saint-Denis, aux côtés de Dominique
Voynet, dAlain Krivine et du représentant du PCF. Arlette Laguiller
a, elle, constaté le retard de la France par rapport aux autres pays
européens dans ce domaine.

Présents également à la mairie de Saint-Denis, Fadéla
Amara et Monseigneur Gaillot. Sils ont salué laction symbolique
du maire de Saint-Denis, ils nont pas manqué de rappeler que cette
promesse du droit de vote aux résidents étrangers avait été
faite par la gauche dès 1981. Je suis très attachée
dans le combat aux actions symboliques car elles participent à faire
évoluer les mentalités. Mais jespère que le droit
de vote et déligibilité des immigrés aux élections
locales, promis depuis tant dannées, fera partie des programmes
politiques des présidentielles à venir, et quil deviendra
concret lorsque la droite ou la gauche seront au pouvoir a souligné
Fadéla Amara.
Ce référendum a valeur de symbole mais il est fort. Si
dautres villes sy mettent , on arrivera peut-être à
faire avancer les choses, conclut Samb Assane. Dans les mois qui viennent,
Stains, Bobigny, La Courneuve, Le Blanc-Mesnil et lIle-Saint-Denis devraient
organiser, à leur tour, un tel référendum.