Recherche
> Recherche avancée


[musée] Le Mac/Val (Vitry-sur-Seine)
Un musée d’art contemporain qui parle aux banlieues
Placer un musée au beau milieu de la banlieue suffit-il à faire venir un public populaire ? Le Mac/Val (musée d’art contemporain du Val-de-Marne), implanté au Sud-est de Paris, à Vitry-sur-Seine, ville plus souvent citée dans la rubrique faits divers que culturelle, suscite la curiosité d’un large public. Qui va bien au-delà des traditionnelles foules amatrices d’art et d’expositions parisiennes.

Par son emplacement qui casse la barrière, physique et psychologique, du périphérique, le Mac/Val de Vitry-sur-Seine (94) donne aux habitants de la banlieue de l’Est parisien un beau sujet de fierté. Le bâtiment, assemblage de gros cubes de verre et de béton, abrite un fonds de mille œuvres d’art contemporaines, collectionnées par le département depuis 20 ans. Il propose aussi des conférences simplifiant l’approche de la création contemporaine, des débats, une programmation de cinéma originale, un centre de documentation en consultation libre et un restaurant, qui fait du goût un autre moyen d’appréhender l’art.
Depuis l’ouverture du musée, en novembre 2005, 60 000 visiteurs se sont pressés autour des 150 œuvres de la collection permanente qui couvre l’art en France des années 50 à nos jours, et de l’exposition temporaire consacrée à Jacques Monory et à son univers de polar. Mais la révolution est ailleurs : 70% du public vient du Val-de-Marne, dont 40% sont des habitants de Vitry !

Comme Francenelle, Mélissa et Maéva, trois ados de 11 à 13 ans, venues toutes seules, en voisines, des “résidences” d’à côté, désignation qu’elles préfèrent au mot “cités”. Ce dimanche après-midi de mars, elles vadrouillent dans les grandes salles pour passer le temps. “Sinon, on regarde la télé. Le dimanche à Vitry, y’a personne dans la rue, ici au moins y’a du monde”. Francenelle vient pour la quatrième fois et ne se lasse pas des peintures, des installations, des vidéos, des photos...“Je croyais que, dans les musées, il n’y avait que des tableaux et puis c’est tout. Là, je suis contente d’avoir vu à quoi ça ressemblait une chaise électrique”. Elle fait référence à, Nature morte, l’installation choc de Malachi Farrell.

“Une bonne initiation”
“L’accrochage pédagogique des œuvres échappe aux classiques références à l’histoire de l’art qui peuvent bloquer certaines personnes”, explique Stéphanie Airaud, chargé de action éducative et du jeune public pour le musée. Le parcours se décline sur des thèmes de la vie de tous les jours, qui parlent à tous : “la lumière”, “les murs”, “la vie moderne”...
Les jeunes y sont particulièrement sensibles. Dylan, 14 ans, a tiré sa mère par la manche, après avoir découvert le musée avec sa classe du collège Henri-Vallon, d’Ivry-sur-Seine. “Il y a une réelle variété d’oeuvres” estime Erica, sa maman. “Je trouve que c’est une bonne initiation à l’art contemporain pour des gens qui n’y connaissent rien. Chacun peut y trouver quelque chose.”

Des oeuvres ludiques
Si bien qu’une œuvre peut plaire à un adulte et pas à un enfant, et inversement : dérangeant, voire violent pour certains. L’ivrogne, de Gilles Barbier, un mannequin de cire au dessus duquel plane un tourbillon d’objets hétéroclites, représentant ses idées noires, captive les enfants. C’est le cas d’Alexis , 7 ans, qui après être venu avec son école de Villejuif, a lui aussi traîné ses parents, qui n’avaient jamais mis les pieds dans un musée. “Je suis surprise de voir que certaines choses sont des œuvres, alors que c’est assez simple”, lâche la mère. Le père, lui, a déjà pris la tangente pour rejoindre la sortie.

Les œuvres sont là pour surprendre, choquer, interpeller. D’autres sont plus ludiques. Pendant que ses petits de 2 et 6 ans courent dans Le Pénétrable, de Soto, rebaptisé “les scoubidous” ou “les spaghettis” par les enfants, Caterina une maman d’Alfortville, s’interroge : “C’est assez déroutant car il y a plein de choses de la vie de tous les jours. Est-ce que ça veut dire qu’on vit au milieu des oeuvres d’art ?”

“Les conférenciers s’adaptent au public”
On peut déambuler librement avec un audio-guide, ou être accompagné d’un conférencier - tous deux gratuits. “Nous essayons d’inventer des modes de visites qui ne nécessitent pas de connaissances. Ce sont les conférenciers qui s’adaptent au public”, explique encore Stéphanie Airaud. Certains parcours jouent sur la surprise. Comme les visites gustatives ou sonores : une nouvelle approche de l’art.

Pour aller plus loin, différents ateliers sont destinés aux adultes et aux enfants. Des artistes plasticiens donnent à lire une ou plusieurs œuvres de la collection à travers leur pratique. En avril, une artiste-designer va travailler sur la photographie pour interroger les œuvres, avec les petits à partir de 8 ans, avant de partager un goûter. Et comme tout le monde ne vient pas encore spontanément au musée, celui-ci va au devant de la population : dans les centres de loisirs, les comités de quartier et les points info-jeunesse. Pour que, désormais, le mot “musée” ne fasse plus peur dans les banlieues.

Sandrine Martinez
[29/03/2006]

Mots-clés : musée, art, banlieue
Initiatives récentes
  Le Mac/Val (Vitry-sur-Seine) - [29/03/2006]
 
  La voix des Dionysiens - [28/03/2006]
 
  Shouf shouf Hollanda ! - [16/03/2006]
 
  Le Refus
Le théâtre pour faire bouger les cœurs et les têtes
- [10/03/2006]
 
  Atelier cinéma à Champigny - [06/03/2006]
 
Archives
  Consultez l'ensemble de la rubrique "Initiative".  

     
© Cité nationale de l'histoire de l'immigration - 2007