Recherche
> Recherche avancée


[beaux-livres] La banlieue, c’est fantastique !
Le livre Banlieue nomade. Carnets de voyage autour de Paris
En 280 dessins, réunis dans Banlieue nomade. Carnets de voyage autour de Paris, des carnettistes rompus à l’exercice de l’ailleurs ont réussi un pari étonnant : faire aimer les banlieues.

Au delà des portes de Paris...
La banlieue n’existe pas. Il y a bien un espace autour des centres-villes, un espace qui bouge, crie, parfois se fige, reste pépère dans son coin à l’abri du tumulte, se nourrit du centre, s’étire vers des paysages désertiques, mais LA banlieue n’existe pas. Insaisissable, elle subit tous les traitements mais elle s’en moque, elle est trop multiple pour se laisser emprisonner dans de vieilles formules. “La banlieue, c’est l’Atlantide : un continent englouti sous les préjugés et les stéréotypes” nous disent la vingtaine de “carnettistes tribulants” qui ont osé croquer, avec beaucoup d’esprit, dans Banlieue nomade, les banlieues (22 en tout) qui entourent Paris. Industrielle, artisanale, bourgeoise, cosmopolite, vibrante... Ils nous invitent à voir toutes ces identités en faisant le tour de Paris, au-delà de ses portes.

Carnets de dessins
Carnettistes tribulants, c’est quoi exactement ? Des artistes venus d’horizons divers - de l’illustration, du livre pour enfants, de la bande dessinée, de la photographie, de la peinture, de la vidéo, de la gravure, du graphisme, de l’écriture... - bien décidés à faire groupe pour affronter cet Atlantide. Pour créer des liens entre eux, maintenir le fil, le groupe a retenu un objet fédérateur : le carnet de dessins. “Nous avons travaillé à tour de rôle sur les mêmes carnets, dix en tout. Parfois on se retrouvait sur un quai de gare pour se le repasser. A plusieurs reprises, on a cru les avoir perdu...” se rappelle Gaétan Nocq, grand habitué des carnets de voyage dans les pays lointains, l’Asie tout particulièrement.

Le meneur du jeu de cette joyeuse bande s’appelle Simon. Il annonce la couleur dans le “préambulant” : “Les villes que nous aurions traversées, nous aurions en vain cherché leur unité. Les banlieues, rien à faire, sont un tissus de contrastes”. Et c’est en acceptant de laisser libre leur sujet, en se laissant porter par son farouche éclectisme, en l’épousant même dans sa démarche, certains munis de gouache, d’autres d’aquarelle ou d’encre de Chine, certains bavard(e)s et insolent(e)s avec des collages très réussis, d’autres sages voire classiques, que les carnettistes ont réussi l’impensable : faire aimer ces banlieues mal-aimées. Et rendre sympathique ces banlieues chics, et un peu calfeutrées, de Neuilly-sur-Seine ou Levallois-Perret.

“C’est intéressant d’aller en banlieue parce que c’est un territoire peu exploré, un lieu de vie, de travail, de convivialité, contrairement à ce que l’on pense, où il se passe des choses, qui évolue, qui invente...” assure Marie-Sophie André, plasticienne plutôt habituée au travail en atelier qu’aux croquis élaborés dans l’urgence de la rue. Elle dit aussi : “C’est bien de travailler avec ce qui nous dérange”. Pas forcément pour aimer ce que l’on n’aime pas, mais seulement pour l’apprivoiser, pour sortir du fantasme. Ce qui n’est déjà pas si mal !

Ré-équilibrer les regards
Le ré-enchantement de la banlieue, le regard neuf porté sur lui, nul doute, ça fait du bien. Ce regard ré-équilibre notre vision catastrophique. Les croquis étonnent, réveillent, rendent perplexes parfois. Que sont devenus les grandes tours qui attirent tant les médias ? Où est passée la violence des lieux oubliés de tous ? “Nous sommes restés dans la banlieue qui borde Paris pour des raisons pratiques et aussi pour se donner une règle sans quoi notre sujet n’aurait plus eu de limite, dit Marie-Sophie André en guise d’explication. Personnellement j’aimerais bien aller plus loin...” Le pari n’est pas simple, plus on s’éloigne, plus on s’éloigne des formes architecturales connues, que ce soit celle de la bourgeoisie ou de la classe ouvrière d’après-guerre. Et plus la résistance est forte. “La ville de Montreuil n’a pas beaucoup aimé l’image que l’on a donnée d’elle, reconnaît Gaétan Nocq. Montrer les puces, ce n’est pas assez haut de gamme ! Clichy, c’est pareil. Nous avons croqué les 'Arabes' et les garagistes. Elle aurait préféré les façades hausmanniennes. Les tags que l’on a reproduit ont, eux-aussi, beaucoup dérangé...”. Le réel, en effet, n’est pas commode.

Une place dans notre imaginaire
La fin du “préambulant” très emballant de Simon invite toutefois à se défaire totalement de nos angoisses pour redonner aux banlieues une place dans notre imaginaire : “La banlieue, ça serait l’entre-deux ; entre la capitale et la province, entre le centre et les terminus de ligne, entre le passé et le pur présent, mais aussi entre le fini et l’infini. A librement flâner parmi ces nulle part juxtaposés, nous aurions vu que la banlieue est ouverte, un territoire inachevé (...). Nous aurions découvert un territoire en chantier, propice à toutes les expériences. Et à toutes les nôtres. La banlieue se cherche. La banlieue s’interroge. Elle se pose des questions. Elle répond. Elle doute. Elle essaye. Elle se trompe. Elle recommence. Elle trouve. Elle se pose de nouvelles questions. Un lieu qui serait voisin, tout bonnement, de ce que l’on appelle la vie intérieure”.

Sabrina Kassa
[07/04/2006]

Initiatives récentes
  La banlieue, c’est fantastique ! - [07/04/2006]
 
  Le Mac/Val (Vitry-sur-Seine) - [29/03/2006]
 
  La voix des Dionysiens - [28/03/2006]
 
  Shouf shouf Hollanda ! - [16/03/2006]
 
  Le Refus
Le théâtre pour faire bouger les cœurs et les têtes
- [10/03/2006]
 
Archives
  Consultez l'ensemble de la rubrique "Initiative".  

     
© Cité nationale de l'histoire de l'immigration - 2007