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[seniors] Sortir du ghetto de l’âge
Une rencontre avec Mohammed Malki, directeur d’Accordages
Mohammed Malki, directeur d’Accordages, une association engagée dans le lien entre les générations. Son but : redonner aux plus de 60 ans une place dans la société, mettre en lien les acteurs du secteur et proposer un accompagnement sur les projets.


Gestes simples pour sortir des ghettos !

Vivre 100 ans
La France vieillit : les plus de 60 ans sont déjà 13 millions. Et ça met la frousse à tout le monde ! Il y a ceux qui ont peur des rides, ceux qui s’adonnent au jeunisme, ceux qui veulent suspendre le temps en vivant comme des “vieux”, avant de l’être... Et puis, heureusement, il y a les révolutionnaires de l’âge : ceux qui refusent de voir la vieillesse comme la fin d’un cycle mais plutôt comme le début d’une nouvelle vie. Mohammed Malki, le directeur d’Accordages, est de cette trempe-là. Sans fanfaronner pour autant. “Nous avons tous un problème avec nos âges, c’est sûr. J’ai 45 ans, un âge pivot, et j’avoue : je le vis mal… Je voudrais revenir sur mes 30 ans, voire mes 10 mais pas mes 20”, lâche-t-il en riant. Et complète, “mais en même temps je voudrais vivre 100 ans !”
Vivre 100 ans, oui, mais sans être parqué dans “un ghetto de l’âge” une fois à la retraite. Une envie pas facile-facile à réaliser tant les espaces sociaux sont aujourd’hui compartimentés entre le monde du travail et celui des personnes très âgées. Du coup, les nouveaux retraités, en pleine forme, désirant rester impliquer dans la vie collective se retrouvent le plus souvent dans un vide social. Renvoyés au groupe des “vieux” et à des activités “d’un autre âge !”.
C’est pour répondre à cette demande que l’intergénération est devenu très en vogue. C’est quoi au juste ? Tout ce qui crée des liens entre les générations “en favorisant la fluidité des parcours de vie” et en redonnant aux personnes âgées leur rôle social. La vieillesse n’est pas un handicap. “Au contraire, nous constatons sur le terrain une très grande richesse des initiatives intergénérationnelles et beaucoup de diversité”.


Mohammed Malki, directeur d'Accordages

Un foisonnement d'initiatives
Il suffit alors de demander à Mohammed Malki quelques exemples pour voir jaillir une lumière dans ses yeux. Il commence par “Croque pomme”, une initiative angevine où des retraités aident des mères isolées à travailler, en les accompagnant en voiture sur les exploitations agricoles. Il poursuit par “Relais mamie-maman” à Taverny où des grand-mères soutiennent des jeunes mamans au foyer en gardant leur enfant quand celles-ci veulent se divertir. “C’est dans le contrat. Les mamies refusent qu’elles aillent au supermarché ou qu’elles effectuent des démarches administratives. Le but c’est que les mères se fassent plaisir”. Et qu’elles évitent la dépression de la mère de famille désocialisées. Il parle aussi de “Roulâge”à Brest : des retraités de la Navale transmettent leurs savoir-faire à des érémistes, qui ont perdu pied, en retapant du matériel médical avant de le donner à des hôpitaux en Afrique ou dans les ex-pays de l’Est... “Toutes ces initiatives, c’est de la solidarité intergénérationnelle. Elles donnent des perspectives aux plus jeunes qui voient dés lors quelque chose de positif dans la vieillesse et aux retraités, une place dans la société”.

Un lien privilégié
Créé en 2000, l’association Accordages s’est donnée comme mission de faire connaître et de soutenir ces initiatives. Sur son site web, on y trouve une description de chacune d’entre elles et aussi de précieuses informations pour qui veut monter un projet intergénérationnel ( écouter l’interview). Reconnu par les institutions (il a animé pendant six ans le réseau des projets culturels en maisons de retraite dans le Mouvement de la Flamboyance), Mohammed Malki a publié récemment un guide méthodologique, L’intergénération : une démarche de proximité, publié à la documentation française, de l’idée, à la démarche, sans oublier les sources de financements “qui ne se trouvent pas là où on le pense”. Accordages propose aussi un accompagnement pour ceux qui veulent se lancer dans l’intergénération ou qui ont besoin d’un bilan, d’être recadrés chemin faisant. “Je suis en contact permanent avec les associations du réseau. Je les connais bien et j’entretiens avec certaines d’entre-elles des liens très affectifs”. Comme avec les retraités de “Roulâge”. Et quand on lui demande si ce lien privilégié avec les anciens lui vient de sa culture marocaine d’origine, il hausse des épaules, trouve le thème un peu “tarte à la crème” et répond simplement. “Les personnes âgées me disent souvent que j’ai une facilité dans la relation. C’est vrai. Mais la raison n’est pas à chercher dans ma culture d’origine. C’est tout simplement parce que ces personnes-là, je les trouve extra !”.

Sabrina Kassa
[07/06/2006]

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