
Banderole Dîtes non au racisme déployée
avant chacun des 64 matches
© Fifa / Foto-net
Quon le veuille ou non, impossible déchapper à la
Coupe du monde de football qui se déroule en ce moment même, et
jusquau 9 juillet, en Allemagne. Le match douverture a été
suivi par 1,5 milliard de personnes dans le monde. Aucun doute possible, lévénement
porte bien son nom : le Mondial. Raison pour laquelle la Fédération
Internationale de Football Association (Fifa) mise sur lévénement
pour diffuser le plus largement possible son message de lutte contre le racisme.
Nous menons tout au long de lannée des actions en ce sens
mais la Coupe du monde est une occasion inespérée de se positionner
clairement contre le racisme. Cela donne une autre ampleur au combat,
explique Jérôme Champagne, délégué du président
de la Fifa.
Actions ciblées
Avant chacun des matches, 64 au total, le terrain est recouvert dune
banderole sur laquelle saffichent les slogans Dites non au racisme
et Le rendez-vous de lamitié. Deux journées
officielles contre le racisme auront également lieu le 30 juin et le
1er juillet, dates des quarts de finale, compétitions à forte
audience. Les huit capitaines des équipes qui disputeront ces matches
liront chacun un texte. Ils porteront sur le thème de labsurdité
du racisme et rappelleront les valeurs inhérentes au sport. Dans ce domaine,
ce qui compte cest de gagner, peu importe la couleur de peau,
précise Jérôme Champagne qui souhaite que les messages soient
relayés par le plus grand nombre de médias possible.
Tout au long du Mondial et dans le même but, la Fifa travaille en collaboration
avec certains partenaires, comme le Comité organisateur, par exemple.
Ce dernier a consacré quatre millions deuros à la lutte
contre le racisme. Des structures daccueil pour les supporters étrangers
ont été mises en place et les Allemands issus de limmigration
ont été invités à prendre part à la grande
fête du football. Lassociation britannique Fare, Football contre
le racisme en Europe, a, elle, édité un fascicule contenant des
déclarations anti-racistes de joueurs et organise des matches entre groupes
de nationalités différentes.

Début de match. En arrière-plan les messages :
Dites non au racisme et Le rendez-vous de lamitié
© Fifa / Foto-net
Assumer ses responsabilités
Déjà en 2001, lors de son Congrès annuel qui réunissait
à Buenos Aires les 207 fédérations, la Fifa, avec le soutien
de Lilian Thuram, incitait associations et confédérations à
sengager avec plus de ferveur dans la lutte contre le racisme. Du fait
dune succession dincidents dans les stades, tels que des jets de
bananes, des imitations de cris de singe adressés à des joueurs
africains, des chants xénophobes ou encore la présence de bannières
antisémites, la Fifa a décidé daller plus loin dans
la démarche.
Le 17 mars 2006, elle a révisé larticle 55 du Code disciplinaire
introduisant ainsi de sévères sanctions en cas de racisme ou de
discrimination sur le terrain ou dans les tribunes. Des amendes financières,
des matches de suspension, une déduction de points voire la disqualification
de léquipe peuvent désormais être envisagés
suivant les situations. Ainsi, la Fifa a démontré quelle
nacceptait plus que les gens se défaussent de leurs responsabilités,
insiste Jérôme Champagne. Lamendement entrera en vigueur
dès la saison prochaine.

Lilian Thuram et Joseph S. Blatter, président de la Fifa, lors du congrès
contre le racisme en 2001 à Buenos Aires.
© Fifa / Foto-net
Sisyphe sur la pelouse
Le foot est une des rares choses vraiment universelle, cest
un très fort élément de connexion entre les gens, voilà
pourquoi cest un outil formidable pour lutter contre la bêtise.
La Coupe du monde, et le mot 'monde' est important, est un élément
dinclusion. Les gens sont là pour une fête collective, heureux
de se retrouver dans la diversité, relève le délégué
du président de la Fifa. Il souligne néanmoins labsurdité
des comportements racistes dans le football alors que les équipes actuelles
sont de plus en plus multiculturelles, et que le roi de ce sport reste incontestablement
le Noir Pelé. Comment expliquer aussi, par exemple, que trois
ans après avoir célébré une équipe black-blanc-beur,
la France se retrouve avec Le Pen au second tour des élections présidentielles
? Cest absurde !
Jérôme Champagne tient cependant à une précision
: ce nest pas tant le milieu du football qui est raciste que
les personnes racistes qui trouvent dans le ballon rond un moyen dexpression
supplémentaire. Le problème est plus global. Nous
vivons dans un monde fracturé, divisé socialement et ethniquement.
Cest aux gouvernements dagir. On donne au sport trop de responsabilités
: changer le monde, trouver des solutions. Mais le sport ne peut pas tout,
reconnaît Jérôme Champagne avant de conclure Lutter
contre le racisme, cest, à limage de Sisyphe, mener un combat
permanent.