
Réda et ses enfants devant l'école Vitruve
Photo. : Guillaume Robert
Stress et incertitude
Réda est soulagé : ses enfants répondront présents
lors de lappel de la prochaine rentrée scolaire. Cet Algérien,
qui vivait en situation irrégulière en France depuis cinq ans,
sait depuis cinq jours quil ne sera pas expulsé avec sa femme
et leurs trois enfants. La préfecture de Paris lui a remis un titre de
séjour valable trois mois car il remplit certaines conditions dont celle
davoir des enfants scolarisés. Manal, 8 ans, est en CE1 à
lécole Vitruve (XXe) et Rayan, 4 ans, est en maternelle à
lécole Pyrénées (XXe). Dans un mois, il devra se
rendre à lOffice des migrations internationales qui devrait lui
remettre une carte de résidence dun an. Une nouvelle vie
souvrira alors après tous ces derniers mois de stress et dincertitude,
confie Réda, délégué du Collectif des Hôtels
réunis.

Fin juin 2006. Afflux au centre de réception des étrangers de
la
préfecture de police de Paris
Photo. : Gabriel Laurent - Photothèque
du mouvement social
Rappel des faits. Automne 2005 : le ministre de lIntérieur, Nicolas
Sarkozy propose une nouvelle loi sur limmigration et lintégration
en France qui durcit les conditions dentrée et de séjour
des étrangers sur le territoire. Octobre 2005 : suite à la mobilisation
du Collectif Uni-e-s contre une immigration jetable et du Réseau éducation
sans frontières (RESF), Nicolas Sarkozy publie une circulaire qui accorde
aux familles menacées dexpulsion ayant un enfant scolarisé
un délai jusquau 30 juin. 13 juin 2006, une nouvelle circulaire
annonce pour ces familles des régularisations au cas par cas et fixe
un certain nombre de critères pour lobtention dun titre de
séjour. Réda dépose alors son dossier et se voit fixer
un rendez-vous deux semaines plus tard. Réponse positive.
La valeur du collectif
Si la démarche auprès de la préfecture sest
faite de manière individuelle, Réda ne cesse pourtant de vanter
limportance de laction collective. En fait, dès octobre 2005,
suite à des menaces de relogements, puis dexpulsions, Réda
et une vingtaine dautres familles en situation irrégulière
décident de se regrouper en collectif. La plupart des personnes qui sinvestissent
alors au sein des Hôtels réunis sont sans papiers et habitent lhôtel
meublé situé face à lécole Vitruve, où
sont scolarisés plusieurs de leurs enfants. A cette époque, léquipe
pédagogique encourage vivement ces parents à agir ensemble. Que
ce soit par rapport aux menaces de relogements ou dexpulsions, nous nous
sommes positionnés en tant quétablissement scolaire. La
question était la suivante : que pouvions-nous faire pour que les enfants
scolarisés, chez nous ou ailleurs, puisse poursuivre normalement leur
scolarité ?, explique Frédéric Lemerrer, coordinateur
de lécole Vitruve.

École Vitruve (Paris 20) Entreprendre pour apprendre
Photo. : Guillaume Robert
Létablissement met alors en relation les membres du Collectif
avec dautres associations comme la Ligue des Droits de lhomme, le
Gisti, le Dal, ainsi quavec un certain nombre délus de la
mairie du XXe et de la mairie de la Ville de Paris. Des dossiers sont montés,
un comité de soutien est créé et des liens sont noués
avec RESF. Dun point de vue logistique, lécole Vitruve prête
ses locaux pour des réunions, autorise la signatures de pétitions
de soutien devant létablissement, organise des séances de
parrainages et aide à la mise en place dévénements
festifs pour réunir de largent. Notre démarche
a toujours été claire : ne pas être dans lassistanat
mais aider ces parents délèves à se prendre en main,
à poser leurs revendications, à se confronter à la réalité
et au débat démocratique. Encourager laction collective,
cétait éviter que des gens, souvent coupés de tout
lien social, soient renvoyés à leurs propres peurs. Pour nous,
le collectif vaut plus que la somme des individualités car il favorise
lintégration, insiste Frédéric Lemerrer.
Selon Réda, laction groupée et concertée a aussi
permis à certaines familles qui nosaient pas se manifester de sortir
de lombre.

Manifestation du 1er juillet à Paris.
Photo : Patrice Leclerc - Photothèque
du mouvement social
La mobilisation se poursuit
Jusque là, le collectif des Hôtels réunis attendait
son rendez-vous du 27 juillet prochain auprès de la mairie de la Ville
de Paris afin dévoquer les questions de régularisations
mais aussi de conditions de logement. Entre temps et suite à la circulaire
du 13 juin, Réda et deux autres familles du Collectif dont les enfants
sont scolarisés à Vitruve ont été régularisés.
Si la joie est immense, le combat nest pas fini. Dans le quartier,
il reste encore beaucoup de parents dont les enfants sont scolarisés
et qui sont sous la menace dune expulsion. Nous restons vigilants et avons
mis en place, pour cet été, un dispositif de veille républicaine
avec tous les partenaires. Et puis nous noublions pas non plus les autres
sans papiers dans diverses situations pour qui cela risque dêtre
de plus en plus compliqué, souligne Réda.