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[banlieue] Assez le feu
Association Collectif Liberté Egalité Fraternité Ensemble Unis
Une mobilisation citoyenne pour “rallumer la flamme citoyenne dans les cités”
Le 25 octobre prochain, le collectif AC-Lefeu, formé après les émeutes de novembre 2005 en Seine-Saint-Denis, organise une marche vers l'Assemblée nationale. Son but : faire part aux députés d'un certain nombre d'attentes et de propositions recueillies lors d'un tour de France des quartiers et consignées dans des cahiers de doléances. Retour sur une mobilisation citoyenne.


Un Tour de France de quartiers

Association Collectif Liberté Egalité Fraternité Ensemble Unis. Plus simplement AC-Lefeu. Prononcez “Assez le feu”. L'association est née suite aux émeutes de novembre 2005 qui ont démarré à Clichy-sous-Bois et à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis. Près de 70 personnes, travailleurs sociaux, chômeurs, lycéens, professeurs ou encore magistrats, tous bénévoles, ont décidé de se regrouper pour agir. “Quand on a vu ces jeunes s'en prendre à leurs propres biens, leurs écoles, leurs gymnases ou encore leurs voitures, on s'est dit que ne rien faire, c'était ne pas comprendre leur détresse”, explique Mohamed Mechmache, éducateur de rues et président d'AC-Lefeu. Peu avant, des propos de Nicolas Sarkozy sur la banlieue avaient déjà fait naître une envie de mobilisation. “En plus de proférer des jugements faux, il utilisait le malheur d'une population en souffrance à des fins électoralistes. C'était intolérable. Les révoltes sociales de novembre 2005 ont donné le coup d'envoi à notre mouvement”, poursuit Mohamed Mechmache.


Rédaction des cahiers de doléances

Tour de France des quartiers
Avec le soutien de l'association ANCP (Association nationale pour la citoyenneté et la prévention), AC-Lefeu a mis en place un tour de France des quartiers. Le but : aller à la rencontre des Français et entendre leurs revendications. Le bus du collectif a sillonné 120 villes, de la Seine-Saint-Denis à la province. Près des mairies ou dans les centres commerciaux, “lieux fréquentés par toutes les couches sociales”, des cahiers de doléances ont été mis disposition des personnes intéressées. “Les gens ont été surpris par notre démarche. Ils nous ont dit 'c'est incroyable que vous soyez là alors que les élus ne s'occupent pas de nos problèmes', raconte Mohamed Mechmache. La tournée s'est achevée fin juin. Sur les 20 000 revendications, des thématiques récurrentes sont apparues : emploi, formation, logement, discriminations, pratiques policières, santé. “Nous nous sommes aperçus que les problèmes sociaux ne concernent pas uniquement la banlieue, comme on veut nous le faire croire”, insiste le président d'AC-Lefeu.
Le nom du collectif, à entrées multiples, n'a pas été choisi au hasard. Il va bien au delà du simple appel au calme. “La France prône les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. Sur le papier, c'est très beau. La réalité est toute autre. Ce sont toujours les mêmes qui souffrent et vivent, voire survivent, difficilement. Le fossé se creuse”, déplore Mohamed Mechmache. Voici donc justifiés les termes “ensemble” et “unis”. Une manière de rappeler aux dirigeants la nécessité de prendre en compte tous les citoyens, quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent. “Nous sommes convaincus que si chacun fait des efforts et que les politiques se donnent les moyens d' agir, il est possible de bien vivre ensemble”, assure Mohamed Mechmache.


Rencontre avec des élus

Proposer et faire avancer
Le collectif, fort du réseau mis en place lors de sa tournée, entend bien se battre sur le terrain de la démocratie. “Brûler quand on n'a aucun moyen d'être entendu, c'est compréhensible. Mais notre combat se situe au niveau de l'expression citoyenne”, rappelle le président d'AC-Lefeu. L'association multiplie les actions : organisation de débats auprès des jeunes pour les inciter à s'inscrire sur les listes électorales, participation aux réunions du Conseil général de Seine-Saint-Denis pour mettre en place des projets et changer l'image du “9-3”, rencontre avec des parlementaires au Sénat “pour les informer de ce qui se passe sur le terrain”. Le 25 octobre prochain, le collectif entend bien pouvoir remettre ses cahiers de doléances aux députés, bien que Jean-Louis Debré, président de l'Assemblé nationale, ait déclaré qu'il ne pourrait recevoir les représentants d'AC-Lefeu.“Les élus ont le devoir de répondre à notre interrogation : concrètement, qu'est-ce qu'on fait pour changer la situation et avancer ?”. Et Mohamed Mechmache de conclure “Ni de droite, ni de gauche, AC-Lefeu fait de la politique avec un grand P”.

Maya Larguet
[17/10/2006]

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