
Un Tour de France de quartiers
Association Collectif Liberté Egalité Fraternité Ensemble
Unis. Plus simplement AC-Lefeu. Prononcez Assez le feu. L'association
est née suite aux émeutes de novembre 2005 qui ont démarré
à Clichy-sous-Bois et à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis. Près
de 70 personnes, travailleurs sociaux, chômeurs, lycéens, professeurs
ou encore magistrats, tous bénévoles, ont décidé
de se regrouper pour agir. Quand on a vu ces jeunes s'en prendre à
leurs propres biens, leurs écoles, leurs gymnases ou encore leurs voitures,
on s'est dit que ne rien faire, c'était ne pas comprendre leur détresse,
explique Mohamed Mechmache, éducateur de rues et président d'AC-Lefeu.
Peu avant, des propos de Nicolas Sarkozy sur la banlieue avaient déjà
fait naître une envie de mobilisation. En plus de proférer
des jugements faux, il utilisait le malheur d'une population en souffrance à
des fins électoralistes. C'était intolérable. Les révoltes
sociales de novembre 2005 ont donné le coup d'envoi à notre mouvement,
poursuit Mohamed Mechmache.

Rédaction des cahiers de doléances
Tour de France des quartiers
Avec le soutien de l'association ANCP (Association nationale pour la citoyenneté
et la prévention), AC-Lefeu a mis en place un tour de France des quartiers.
Le but : aller à la rencontre des Français et entendre leurs revendications.
Le bus du collectif a sillonné 120 villes, de la Seine-Saint-Denis à
la province. Près des mairies ou dans les centres commerciaux, lieux
fréquentés par toutes les couches sociales, des cahiers
de doléances ont été mis disposition des personnes intéressées.
Les gens ont été surpris par notre démarche. Ils
nous ont dit 'c'est incroyable que vous soyez là alors que les élus
ne s'occupent pas de nos problèmes', raconte Mohamed Mechmache.
La tournée s'est achevée fin juin. Sur les 20 000 revendications,
des thématiques récurrentes sont apparues : emploi, formation,
logement, discriminations, pratiques policières, santé. Nous
nous sommes aperçus que les problèmes sociaux ne concernent pas
uniquement la banlieue, comme on veut nous le faire croire, insiste
le président d'AC-Lefeu.
Le nom du collectif, à entrées multiples, n'a pas été
choisi au hasard. Il va bien au delà du simple appel au calme. La
France prône les valeurs de liberté, d'égalité et
de fraternité. Sur le papier, c'est très beau. La réalité
est toute autre. Ce sont toujours les mêmes qui souffrent et vivent, voire
survivent, difficilement. Le fossé se creuse, déplore
Mohamed Mechmache. Voici donc justifiés les termes ensemble
et unis. Une manière de rappeler aux dirigeants la nécessité
de prendre en compte tous les citoyens, quels qu'ils soient et d'où qu'ils
viennent. Nous sommes convaincus que si chacun fait des efforts et
que les politiques se donnent les moyens d' agir, il est possible de bien vivre
ensemble, assure Mohamed Mechmache.

Rencontre avec des élus
Proposer et faire avancer
Le collectif, fort du réseau mis en place lors de sa tournée,
entend bien se battre sur le terrain de la démocratie. Brûler
quand on n'a aucun moyen d'être entendu, c'est compréhensible.
Mais notre combat se situe au niveau de l'expression citoyenne, rappelle
le président d'AC-Lefeu. L'association multiplie les actions : organisation
de débats auprès des jeunes pour les inciter à s'inscrire
sur les listes électorales, participation aux réunions du Conseil
général de Seine-Saint-Denis pour mettre en place des projets
et changer l'image du 9-3, rencontre avec des parlementaires au
Sénat pour les informer de ce qui se passe sur le terrain.
Le 25 octobre prochain, le collectif entend bien pouvoir remettre ses cahiers
de doléances aux députés, bien que Jean-Louis Debré,
président de l'Assemblé nationale, ait déclaré qu'il
ne pourrait recevoir les représentants d'AC-Lefeu.Les élus
ont le devoir de répondre à notre interrogation : concrètement,
qu'est-ce qu'on fait pour changer la situation et avancer ?. Et Mohamed
Mechmache de conclure Ni de droite, ni de gauche, AC-Lefeu fait de
la politique avec un grand P.