Un an après les émeutes de banlieues, “Clichy sans cliché” et “Mon Clichy à moi, c’est ça”, deux événements photographiques organisés par Ivre d’images production, invitent à changer notre regard sur les banlieues. “Et si la question du regard sur les cités était un préalable à toute autre réflexion sur l’avenir de nos sociétés ?”, s'interrogent les organisateurs.
Un regard sans cauchemar
Que s’est-il passé de nouveau à Clichy depuis les émeutes de l’année dernière ? Presque rien, disent en chœur les Clichois (et tous les autres banlieusards). “La société” est restée indifférente à leur sort. D’après Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois, pédiatre par ailleurs dans sa ville, les images de violence et de voitures brûlées, bombardées dans les médias jusqu’à donner la nausée, ne sont pas étrangères à cet état de fait. “Ces images, très négatives et très caricaturales, aggravent le rejet” explique-t-il. Elles donnent seulement l'envie de fuir cette réalité à toute jambe, comme dans un cauchemar, sans chercher à comprendre ce que vivent ces 28 300 habitants. Pour changer de regard sur les banlieues (programme ô combien ambitieux… mais salutaire) Ivre d’images production a mis sur pied “Clichy sans cliché”, à la demande de la municipalité. Un événement en plusieurs volets.
12 “grands” photographes
Le premier est une exposition de 12 “grands” photographes dont Sarah Moon, Yann Arthus Bertand… qui chacun à leur manière donne à voir les Clichois, avec amour, respect et poésie. Certains photographes ont saisi le mouvement, d’autres moins, mais finalement qu’importe, l’exposition présentée à l’Espace 93 de Clichy sous bois, jusqu’au 10 novembre puis à la Mairie de Paris du du 15 au 28 novembre est convaincante : la vie à Clichy est bel et bien là. L’injustice aussi. A l’entrée de l’exposition, la photo de Bouna et Zyed - les deux enfants électrocutés dans le transformateur EDF de Clichy-sous-Bois - nous accueille. Deux regards, l’un rieur et confiant, l’autre plus grave, inquiet, résume bien la situation. Car si l'exposition “Clichy sans cliché” est là pour nous émouvoir, elle tente aussi de nous réveiller. Elle nous invite à ouvrir les yeux sur l’injustice que vivent ces banlieusards sous-bénéficiaires des fonds publics, délaissés par l’État et exploités, sans contrepartie, par le système économique.
Photos et textes dans les rues
Le second volet de l’événement se passe dans les rues de Clichy-sous-bois : des panneaux, textes des habitants et clichés des photographes, jalonnent les rues de la ville. A plusieurs endroits stratégiques, des photos s’affichent fièrement sur les murs. Un immeuble délabré, par exemple, porte en haut de sa façade la photo de Michel Vanden Eeckhoudt avec un gros soleil... Cache-misère ou électrochoc ? Tout dépend de ce qui va se passer après. Car si notre “nouveau” regard ne s’accompagne pas de nouveaux moyens pour ces quartiers, si de nouvelles passerelles ne se créent pas pour désenclaver ceux qui y vivent, l’opération restera une belle action mais désespérément éphémère.
Clichy reprend son image en main
Le troisième volet de l’événement, “Mon Clichy à moi, c’est ça !” expose en une vingtaine d’albums des photos de la vie à Clichy depuis trente ans, produites par les Clichois. Enfin, pour l’instant, surtout par les associations, la Mairie et le Parti communiste (voir l’interview de François Hébel, directeur artistique des Rencontres d’Arles, qui a dirigé ce travail).
Un travail en profondeur sur l’image que les Clichois se font d’eux-mêmes. Son ambition ? Créer cette indispensable mémoire collective qui permet à chacun de se raconter à soi même un passé, un présent et un avenir. De se construire une conscience. Un enjeu de taille pour ces habitants, déracinés et perdus dans ces espaces vidés de sens. Présentée à l’Orangerie de Clichy-sous-Bois, sur des tables basses à hauteur des enfants, l’expo oblige le visiteur curieux à s’asseoir et prendre son temps pour regarder les albums. Et le plus pressé à se courber, car le corps, lui aussi, doit s’incliner.
Interview de François Hébel, directeur des Rencontres d’Arles qui a édité les photos de “Mon Clichy à moi, c’est ça !” - Qu’est-ce que vous exposez ?
- Avez-vous rencontré des difficultés pour collecter ces photos ?
- Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce travail ?
Clichy sans cliché
- jusqu'au 10 novembre 2006 à l'Espace 93 Victor Hugo
Place de l'Orangerie
93390 Clichy-sous-Bois
- à la Mairie de Paris du du 15 au 28 novembre 2006 Site web du projet A lire :
Clichy sans clichés, Robert Delpire/ Actes Sud, 148 pages, 30 euros
Multimedia
Interview de François Hébel, directeur des Rencontres d’Arles qui a édité les photos de “Mon Clichy à moi, c’est ça !”
- Qu’est-ce que vous exposez ?
- Avez-vous rencontré des difficultés pour collecter ces photos ?
- Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce travail ?