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[mémoire] “Vous sentez-vous utile en écrivant ?”
Une rencontre entre Akli Tadjer et des collégiens de Villiers-le-bel
Au collège Léon-Blum de Villiers-le-bel, deux professeurs organisent des rencontres entre des élèves et des personnalités marquées par l’Algérie et la France pour tenter de comprendre les liens qui unissent les deux pays. Des photos de Guillaume Lecoque et des textes écrits par les collégiens garderont la mémoire de ces échanges. Aperçu d’une rencontre avec Akli Tadjer, écrivain.

“D’un visage à l’autre”
Vendredi 24 novembre, dans un collège de Villiers-le-bel, en banlieue parisienne, un écrivain, Akli Tadjer, face à douze collégiens munis de stylos, de paires de yeux et de questions déjà écrites sur leur cahier. Il est venu à la demande de Renaud Farella, leur professeur d’histoire et d’Alain Degenne, leur professeur de français, les initiateurs du projet “D’un visage à l’autre” sur l’Algérie, où il est question de rencontres, de mémoires et de compréhensions de parcours de vie (écouter l’interview audio). Les collégiens ne connaissent pas les livres de Tadjer, mais vont découvrir d’ici peu Le Porteur de cartable en cours d’Histoire quand ils étudieront la guerre d’Algérie.

“Dis papa, c’est vrai que la France et l’Algérie ont fait la guerre ?”
Pas facile d’être seul face à toute cette innocence questionneuse. Tranquille, enfin dans la mesure du possible, l’écrivain s’assoit sur le bureau et démarre. “Je m’appelle Akli Tadjer, j’écris des livres. J’ai raconté l’histoire de la guerre d’Algérie, dans les yeux d’un gamin. Cette histoire, je l’ai inventé pour répondre à ma fille qui un jour en sortant de l’école m’a demandé : 'Dis papa, c’est vrai que la France et l’Algérie ont fait la guerre ? Et au fait, qui c’est qui a gagné ?'. Il répond alors en rigolant : “C’est nous, la preuve, on est là”. Mais sa fille ne comprend toujours pas. Avec des mots d’adultes, il tente alors de s’expliquer. La réponse reste opaque. Pour ne pas la laisser trop longtemps dans le vague, il se met au travail et invente le personnage d’Omar Boulawane, enfant d’Algériens né à Paris qui pour aider le réseau FLN où milite son père va contribuer à la collecte des fonds auprès des militants du réseau Turbigo, en “fliquant” les immigrés. A hauteur d’enfant, Omar nous raconte la vie des indigènes en métropole en 1962, la frustration, les rêves de ces Algériens en devenir, la violence sociale, la guerre et la révolution à jamais inachevée.


“Prière pour le spectacle / Le danseur est dans la mer / L’ombre de la lumière / Fait comme une couronne / Comme deux soleils / Qui le protègent”
Rencontre avec Mourad Merzouki - Compagnie Käfig

Un regard occidental et une sensibilité méditerranéenne
“Bon, maintenant, je suis là pour vous, posez-moi vos questions”, propose Akli Tadjer. Une jeune fille démarre. “Qu’est-ce que vous connaissez de l’Algérie ?”. La réponse est franche et rapide. “L’Algérie, je la connais comme un touriste. Comme un immigré”. Quelques questions plus tard, un garçon insiste : “Vous sentez-vous Français ou Algérien ?”. “Si je vous dis les deux, je n’ai rien dit. La France, c’est mon pays de tous les jours, l’Algérie, mon pays de toujours. Bon, c’est une formule et puis ce n’est pas très sympa pour la France, alors que ce pays je l’aime aussi. C’est ici que j’ai mes repères géographiques et affectifs. En Algérie, je n’ai aucun repère de l’enfance. Mais mon histoire, ma mémoire, c’est aussi l’Algérie. Enfin, voilà, je suis une tchektchouka (plat à base d’oignons, poivrons, merguez… délicieux !) des deux”.
Encore une série de questions et une autre jeune fille revient à la charge sur son identité. “Ce n’est pas facile de me mettre dans une case. Parfois on me classe dans les écrivains arabes. Mais ça ne marche pas. Mon regard est occidental, même si ma sensibilité est méditerranéenne”.


“Ce que je sais, je l’apporte aux autres. Dans tout ce que je fais, j’espère être utile.”
Rencontre avec Boumedienne Bereksi-Reguig, médecin responsable santé publique (93)

“Quel est votre rêve ?”
Les collégiens cherchent aussi à percer son secret d’écrivain, son inspiration, sa méthode. “Comment vous en êtes devenu un ?”. “En écrivant”, répète-t-il. “Quand j’étais petit déjà, j’avais une tendance à la mythomanie et en écrivant j’avais l’impression de vivre dans le monde qui me plaisait”. “Est-ce que vous vous sentez utile en écrivant ?”. La réponse de Tadjer est limpide : “Non, pas quand j’écris. Au départ, je n’écris pas pour les autres. Après si ça touche des gens, j’en suis ravi. J’écris des histoires qui sonnent juste pour moi. Sinon on devient un faiseur, cela devient mécanique. Mieux vaut, d’après moi, que la réussite soit une surprise”. “Et vous étiez bon en français, quand vous étiez jeune ?”, précise un jeune homme. “Pas tout le temps. J’étais bon quand j’apprenais. J’imagine que tu ne me poses la question pour rien. La démarche, c’est de raconter une histoire et ensuite de corriger l’orthographe, la grammaire… Et surtout pas de se bloquer parce qu’il y a des fautes au départ”. Et enfin, une collégienne se lance, visant droit au cœur : “Quel est votre rêve ?”. Il rit doucement et lance une perche : “Avoir assez d’idées pour continuer à faire ce que je fais. Je sais que c’est un privilège, qui n’est pas donné à tout le monde, de venir passer du temps avec vous. Je m’en rends bien compte !”.

Interview de Renaud Farella et Alain Degenne.
- Le projet “D'un visage à l'autre” en quelques mots...
(Renaud Farella)

- Quelles sont vos motivations ? Pourquoi insistez-vous sur la guerre d'Algérie ?
(Alain Degenne)

- Qu'espérez-vous déclencher chez vos élèves ?
(Alain Degenne)

- Ce travail représente-t-il un “gros” investissement pour les élèves ? Pour vous ?
(Renaud Farella et Alain Degenne)



Sabrina Kassa
[07/02/2007]

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