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[migrants âgés] Café social Chibanis à Belleville (Paris)
Le troisième âge migrant a son café. Il s’est ouvert à Belleville, à l’Est de Paris.

Qui s’occupe à Paris d’accompagner les vieux jours des migrants ? À vrai dire, bien peu de monde. Le Café social Chibanis, ouvert depuis le 17 janvier dernier au cœur de Belleville dans le XXe arrondissement, est le premier à le faire dans la capitale. Avant tout lieu d’accueil, l’endroit est spacieux, meublé de tables de bois autour desquelles les migrants âgés – essentiellement des Maghrébins – s’assoient pour y boire le café, jouer aux dominos ou simplement discuter. Dans cet espace, résolument moderne par ses murs blancs, ses chaises de couleurs et son atmosphère lumineuse, les anciens (les “chibanis” en arabe) évoquent le “bon vieux temps” (ou “ayyem zamen”, d’où le nom de l’association fondatrice). Mais sans doute parlent-ils aussi du moins bon vieux temps, celui donné à l’industrie du bâtiment ou à d’autres secteurs demandeurs de bras besogneux, et de leur espoir aujourd’hui déçu de rentrer un jour la tête haute au pays.

Entre le peu qu’ils ont ici et le rien qu’ils trouveront de l’autre côté de la Méditerranée, beaucoup ont choisi de ne pas rentrer”, résume l’initiateur du café, le sociologue Moncef Labidi. Auparavant, il travaillait pour l’association Saint Bruno, dans le quartier de la Goutte d’Or. Mille fois, il a croisé ces éternels groupes d’hommes âgés, en se demandant comment ils occupent leurs journées. Que font-ils, où vont-ils ? L’absence de réponse en devint une, et c’est de cette observation qu’est née l’idée de créer un endroit à leur intention. “Un lieu qui soit convivial, chaleureux, pour tenter de briser leur solitude, leur faciliter l’accès aux loisirs, leur permettre de connaître d’autres quartiers de Paris, de visiter la France autrement que dans des cabanes Algeco…” À côté du salon de thé, ils y trouvent un espace Internet, et la possibilité de participer à des ateliers céramique, mosaïque, conte, photo, etc. Expositions et événements culturels variés sont par ailleurs au programme.

Cette démarche de “tendre la main”, cette “invitation à déballer leur histoire” serait incomplète si le salon de thé n’était pas aussi une salle d’attente. Un prétexte en somme pour amener ces hommes dignes, habitués à ne jamais rien demander, à pousser la porte du bureau de l’assistante sociale. Elle est là chaque jour, avec d’autres, permanents ou bénévoles, pour les aider à résoudre leurs problèmes. Car le volet administratif de leurs histoires complexes ressemble souvent à un labyrinthe sans fin, où viennent s’additionner les déclarations de handicaps, de maladies professionnelles, de revenus et droits multiples accumulés – ou égarés – au cours d’une vie de chantiers, d’intérims et de contrats précaires. “On en a vu arriver pour liquider leur retraite avec des valises pleines de papiers”, se souvient Moncef Labidi. Les autres, ceux qui ont réussi ou que leur famille aide, sont rentrés au pays. Eux restent ici, partagés entre honte et désir de vieillir dans cette France où sont leurs repères, leurs anciens collègues et amis. Au café Chibanis, pour la première fois peut-être, des oreilles écoutent leurs angoisses. Avec respect.

Franck Petit
[15/03/2003]

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