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[relations interculturelles] Le pari de la paix . Une rencontre entre jeunes israéliens et jeunes de Saint-Denis.
Interview de Sarah Oussekine, présidente de l'association Voix d'elles rebelles et organisatrice de la rencontre.
Sarah Oussekine est présidente de l’association Voix d’elles rebelles. Elle a accueilli à Saint-Denis, fin août, huit jeunes israéliens juifs et arabes, pour parler de la paix avec les jeunes de la cité. Bilan de la rencontre et constat de la difficulté à créer le dialogue, faire tomber les barrières, prendre de la distance, relativiser.

C’est une histoire d’identités qui s’entrechoquent. Entre “le juif” et “l’arabe”. Le riche et le pauvre. La banlieue parisienne et Israël… “Je suis épuisée”, souffle Sarah Oussekine, la meneuse de la tribu des Voix d’elles rebelle de Saint-Denis, l’association “féministe mais pas sexiste” qui a invité une dizaine de jours, fin août, des adolescents israéliens de Neve-Shalom / Wahat al-Salam. Traduire une “oasis de paix” en hébreu et en arabe. Le seul village coopératif en Israël, situé entre Jérusalem et Tel-Aviv, où coexistent pacifiquement des juifs, des musulmans et des chrétiens. Avec une école bilingue, un lieu de culte multiconfessionnel,…

“J’ai organisé cette rencontre pour faire connaître, aux jeunes d’ici, cette initiative de paix. Pour montrer que même dans un pays comme Israël, où le conflit est violent, il est possible de s’entendre, de communiquer et de vivre ensemble”, raconte Sarah, convaincue (du moins au début de la rencontre) que les gens des quartiers “ont beaucoup de choses à apprendre d’eux”. La réaction des jeunes de Saint-Denis l’a vite refroidi. “Je pensais que cela serait perçu comme une rencontre exaltante… ”. Raté. Les jeunes ont fait la grimace en entendant parler d’Israéliens et ont fui le local de l’association. “C’est dommage. C’est exactement cette attitude que je voulais changer”. Pour que les jeunes des cités ne s’enferment pas dans le cliché selon lequel un Israélien est égal à un soldat du Tsahal arrogant et méprisant. Et pour les amener à aller plus loin dans leur réflexion sur ce qui se passe en Israël. “L’idée, c’était aussi que les gens des quartiers se penchent sur leurs préjugés. Et pas seulement à l’égard d’Israël, mais aussi à l’égard de tous ceux qui ont une identité différente : les femmes, les noirs, que sais-je encore, les Asiatiques…” s’énerve Sarah, avec ses cheveux en pétards et sa frimousse rigolote qui cache un tempérament plus proche du feu-follet que de Mahtma Gandhi.

Et quand on lui demande si elle constate une montée de l’antisémitisme dans les quartiers. La réponse est claire. Oui . Dérapages verbaux, réactions à fleur de peau… “Les jeunes s’identifient aux Palestiniens. Ils se sentent proches. Ils ont probablement l’impression de vivre le même sentiment d’enfermement et d’humiliation”. Se sentir proches des Palestiniens, Sarah n’est pas contre. Bien au contraire. “Mais je regrette que les jeunes, ici, se sentent plus à l’aise à exprimer une colère qui ne leur appartient pas, plutôt qu’une colère qui leur appartient”. Relativiser, prendre de la distance, s’informer… Une façon, d’après Sarah de remettre les choses à leur place et d’amener les jeunes des quartiers à s’ancrer dans leur réalité, à s’exprimer sur ce qu’ils vivent et, pourquoi pas, à se battre pour que le monde change à leur niveau.


Mahmoud, Hassan et Icham, les trois musulmans de Neve-Shalom, Hilal, le chrétien. Noam, Ella et Neria, les trois juives. Une bande d’adolescents en jean-basket et tee-shirt à la mode. Un anglais parfait. Des sourires discrets. Et des préoccupations allant du shopping à Euro-Disney… “Le décalage avec les jeunes de Saint-Denis est complet. Les mômes de Neve-shalom sont issus de milieux privilégiés, ils ont déjà beaucoup voyagé. Leurs parents sont des chercheurs, des ingénieurs, des diplomates… Et en plus, il y a le problème de la langue”. Des barrières, peut-être encore plus importantes que leur nationalité. “Dans ce village, j’ai l’impression que tout le monde s’entend bien parce qu’ils font tous partis de l’élite. C’est un accord de classe. Superficiel, en plus, d’après ce que j’ai ressenti dans le groupe”, résume Stanley, un jeune haïtien de 19 ans qui a partagé sa chambre avec Mahmoud, dans le foyer pour jeunes travailleurs de Saint-Denis. Le verdict est sévère. Mais pas sans appel. “J’aimerais aller à Neve-Shalom, l’année prochaine, pour aller voir comment fonctionne ce village, voir si les juifs et les Arabes arrivent vraiment à se mélanger”. Sans préjugés.

Sabrina Kassa
[11/09/2003]

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